Livres, BD
Est-ce que ce bruit dans ma tête te dérange ?

Est-ce que ce bruit dans ma tête te dérange ?

Steven Tyler

par Gilles Roland le 2 février 2012

L’heure est à la confession pour le hurleur d’Aerosmith qui se raconte dans un livre très attendu. Attendu, car les ouvrages sur le groupe bostonien ne sont pas légion et parce que bien évidemment, le sieur est l’une des personnalités les plus fantasques du rock. Porté par un titre à la fois évocateur et énigmatique (Est-ce que le bruit dans ma tête te dérange ?), le pamphlet promettait de révéler les dessous de la machine à tube aux grandes ailes. A l’arrivée, c’est le cas, même si quelques secrets semblent vouloir rester dans l’ombre. Pour autant, le tout est suffisamment atypique pour accrocher le lecteur jusqu’à la dernière page.

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Aujourd’hui, difficile de ne pas constater l’évidence : Aerosmith a perdu de sa superbe. C’est le cas de beaucoup de groupes des années 70, mais celui du combo de Tyler est néanmoins particulier. Jamais véritablement dissout, Aerosmith vivote, entre projets solos des uns et des autres, dépendances tenaces, maladies (le cancer de Tom Hamilton le bassiste) et autres désaccord récurrents. Les rumeurs vont bon train. On annonce un nouvel album, une tournée en grande pompe, un retour au source... mais rien ne se vérifie. Le temps passe, les années s’accumulent sur le compteur et l’espoir de retrouver la hargne de Toys in the Attic ou de Rocks de sembler de plus en plus utopique. On l’attendait donc au tournant ce bouquin !

C’est le ton qui surprend en premier lieu. Steven Tyler tutoie le chaland et opte pour une verve résolument à part. De quoi différencier l’autobiographie des récents exercices similaires. Là où les autres se contentent de raconter chronologiquement leurs aventures imbibées, Steven Tyler se la joue poète naturaliste. Il s’attarde sur le chant du vent dans les branches, sur la fraicheur de l’humus et sur le pouvoir de la nature sur les hommes (« Quel bonheur se devait être de dormir sur une mousse aussi épaisse... »). Lors d’une première partie, on s’en doute consacrée à sa jeunesse, celui qui se fait alors encore appeler Steven Tallarico narre l’importance de la famille, de l’amitié et de la musique. L’histoire continue avec l’arrivée à la ville et avec la découverte des substances. Tyler adopte son fameux singe (d’après le morceau de l’album Pump, Monkey on my Back, qui parle de l’addiction tenace aux drogues) et découvre la musique. Il ne cesse de louer les talents de ses idoles les Beatles, Janis Joplin ou Led Zeppelin et baigne dans un milieu incroyablement stimulant où s’entrecroisent les légendes. Qu’elles soient affirmées ou en devenir.

S’il suit donc un ordre chronologique, le livre s’échappe à de nombreuses reprises. Steven Tyler affirme de pas tenir en place et sa prose le confirme. Passant du coq à l’âne avec une facilité déconcertante, le chanteur se perd plus d’une fois. Parle d’un truc puis passe directement à un autre espace temps, déploie des trésors de tournures sophistiquées pour parfois de pas retomber du tout sur ses pieds. Le style est dense, pas toujours maitrisé mais pourtant bel et bien rock and roll. Tyler semble vouloir trop en dire. Et malheureusement au final, le fan risque bien de penser qu’il n’en a pas dit assez.

La faculté de Tyler à survoler certaines périodes qu’il ne doit pas juger intéressante est en effet regrettable. Certains albums sont à peine cités et d’autres trop longtemps traités. La rôle de Run DMC dans la résurrection d’Aerosmith (avec la reprise formidable de Walk this Way) est minimisée et les fidèles lieutenants que sont Tom Hamilton et Brad Withford (le batteur, Joey Kramer a droit à quelques lignes de plus) salement mis de côté. Et s’il ne parle pas réellement de tous les membres de son groupe, autrement que comme des collègues de boulot, Tyler s’attarde bien plus sur le cas Joe Perry, qu’il décrit globalement comme un personnage peu recommandable.

Un aspect à peine tempéré par l’amour évident de Steven pour son guitariste. A côté, Slash, dans sa récente autobiographie, parlait plus favorablement d’Axl, c’est dire. Et si aujourd’hui, Axl et Slash semblent définitivement en froid, Perry et Tyler font officiellement toujours parti du même groupe. Ainsi, Steven Tyler, après avoir minimisé les talents de guitariste de Perry (en insistant sur l’incapacité de savoir accorder correctement sa guitare par exemple), le décrit comme un homme à femme faible, qui n’a jamais vraiment cessé de se réfugier derrière l’avis général et qui n’a jamais été là quand Tyler avait besoin de lui.
Une relation difficile donc qui surprend. Car si on se doutait que l’entente entre le vocaliste et le guitariste n’était plus ce qu’elle était, nous étions loin de se douter de l’ampleur des dégâts. Dégâts qui remontent à 1978, quand Perry quitta le groupe pour la première fois.

Depuis, Aerosmith a certes cassé la baraque, mais semble ne tenir que par un fil. Et Tyler est convainquant quand il parle du fil en question.
Sincère quand il évoque ses déceptions inhérentes au comportement de ses collègues, mais aussi quand il parle de ses motivations à maintenir la flamme Aerosmith. Quand il parle musique, Tyler est passionnant. Il trouve les mots pour traduire ses ressentis face à cette passion dévorante. Semble plus à son aise quand il évoque les frissons de la scène.

Est-ce que le bruit dans ma tête te dérange ? est donc un excellent livre. Plus qu’une simple autobiographie, il fait le choix de la différence. Une différence naturelle quand elle vient d’un artiste comme Steven Tyler. Son ouvrage est à son image. Bouillonnant, passionnant, exalté, un poil bipolaire et toujours stimulant. S’il ne convient pas de parler de déception, la surprise est par contre à l’ordre du jour.

Constellé (trop ?) d’extraits de chansons, traversé de diatribes surréalistes, joliment illustré par de sublimes photos rares pour la plupart, l’autobiographie du vieux Steven tient davantage de l’essai.
Un essai qui se doit de figurer dans la bibliothèque de chaque fan d’Aerosmith, mais qui ne manquera pas d’intéresser plus largement tout bon amateur de rock. Ce monstre fascinant et tentaculaire aux héros flamboyants...



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Est-ce que le bruit dans ma tête te dérange ?, de Steven Tyler. Publié aux éditions Michel Lafon. Aux alentours de 20€