Portraits
Genesis

Genesis

De la Genèse à la Révélation...

par Psychedd le 8 novembre 2005

Il semblerait que la mode est à la lapidation systématique des groupes progressifs des années 70. Genesis cumule cette tare avec son aspect FM années 80, qui a hélas laissé bien plus de tâches que la première période du groupe. Certes, on parlera des maquillages de Peter Gabriel, tous plus effrayants les uns que les autres, mais pourquoi ne pas aussi dire que Genesis a possédé le talent de créer un univers à la fois onirique et cauchemardesque, intemporel et innovant ? Petit historique d’une période méconnue...

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 Traditions, cricket et pop-music

L’histoire commence dans le collège de Charterhouse, en 1963, vénérable institution scolaire typiquement anglaise, où les jeunes gens sont éduqués pour devenir les membres respectables de la bourgeoisie anglaise. Cette perspective ne semble pas réjouir deux nouveaux en ce jour de rentrée : Peter Brian Gabriel et Anthony George Banks, tous deux âgés de 13 ans.
Ils ne le savent pas encore, mais quelque chose va les pousser l’un vers l’autre, quelque chose d’essentiel en ce début de décennie qui s’annonce explosive : la musique.
Les deux garçons étant issus de familles de musiciens, ils sont tous deux baignés de musique et ont le droit aux traditionnelles leçons de piano. Peter Gabriel arrête vite sous prétexte qu’il n’a plus le temps de rien faire (l’équitation et le golf, ça prend du temps aussi !), il est pourtant fortement attiré pour la musique, il compose de petites chansons à 11-12 ans (dont Sammy The Slug, Sammy la Limace) et se découvre la passion du rythme quand il achète un petit tambour au frère d’un ami. Peu de temps avant son entrée à Charterhouse, il est d’ailleurs batteur dans un petit groupe local.
Tony Banks persévère le pianotage bien que ce ne soit pas la folie totale et qu’il préfère étudier les maths. Il va redécouvrir les joies de son instrument lors de son internat, le piano devenant un moyen d’évasion plutôt qu’un instrument de torture. Avec un professeur, il apprend du Rachmaninov et décide de vraiment s’appliquer.

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Tony et Peter à Charterhouse

En 1965, Peter Gabriel est toujours batteur, mais cette fois ci dans un groupe de soul. L’envie de composer ses propres chansons commence à le démanger sérieusement. C’est que bridé par une éducation trop rigide, il a besoin de s’exprimer et puisque ce n’est pas encore avec la musique, il va faire un essai dans la mode en créant des chapeaux... Ce qui lui amène un petit moment de gloire quand il voit l’une de ses créations sur la tête de Marianne Faithfull dans l’émission Juke Box Jury, très populaire à cette époque. Il aura moins de succès avec ses T-shirts peints qui auront la mauvaise idée de déteindre sur les vêtements blancs de cricket de ses camarades.
Au moment où ils commencent à traîner ensemble, Tony Banks découvre les Beatles grâce à I Feel Fine et se rend compte qu’il joue mieux du piano à l’oreille plutôt qu’avec une partition, et Peter est plus de style à acheter les 45 T de ce qui passe en radio. Pour son premier achat de 33 T, il choisi le premier album des Beatles. Voilà qui consolide les liens avec son pianiste d’ami. Ca et Otis Redding qu’ils adorent tous les deux.
Ils passent de plus en plus de temps ensemble autour de l’unique piano du collège, un privilège que l’on obtient si l’on est un bon coureur. Peter Gabriel : « Dès que les parties [de squash ou de tennis - NdA] finissaient, c’était un véritable combat pour accéder au piano. On prenait un raccourci par le passe-plat de la cuisine, histoire d’arriver avant celui qui passait simplement par la porte. ».
Ils commencent alors à écrire leur premières compositions personnelles, très marquées par leurs influences pop et soul.

La même année, un groupe se forme dans l’enceinte du collège, Anon (qui signifie « Bientôt » et « Anonymes »). Encore un groupe né de l’amitié de deux collégiens. D’abord, Michael John Rutherford, né comme Tony et Peter, en 1950, arrivé à Charterhouse en 1964, il a passé un an seul et quelque peu désœuvré. Lui, c’est la guitare son instrument de prédilection et ses influences sont plutôt rock’n’roll, Presley, The Shadows, Cliff Richard. Il commence à taquiner l’objet de ses rêves vers 8 ans et à 10 ans, il se fait offrir une guitare électrique.
En 1965, c’est Anthony Phillips, d’un an son cadet, qui rentre à son tour au collège. Lui aussi joue de la guitare depuis ses 11 ans, et il fait alors partie d’un groupe appelé The Spiders.
Ce statut de guitariste pose quelques problèmes à Mike Rutherford, en la personne d’un professeur acariâtre qui considère cet instrument comme un outil de révolution et de dépravation et qui lui confisque tout simplement sa guitare. Rutherford n’a pas la chance d’être doué au cricket comme Anthony Phillips qui se met ainsi le professeur, cité au dessus, dans la poche et qui peut donc continuer à gratouiller peinard. Pour la peine, il forme un groupe avec un ex-membre de The Spiders, River Jobs à la basse, Richard MacPhail au chant et Rob Tyrrell à la batterie. Mike les rejoints en tant que guitariste rythmique peu après.

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Mike Rutherford et Anthony Phillips

Pour fêter leur départ définitif de Charterhouse, MacPhail et Jobs décident de monter un vrai concert au sein du collège. Stupeur et tremblements dans le corps enseignant qui s’émeut et se met dans tout ses états à l’idée que de l’affreuse musique rock puisse être jouée en cet endroit respectable. La raison leur dicte pourtant d’accepter, la peur d’une émeute provoquée par un refus les effrayant encore plus...
Un jour de juillet 1966, le dernier concert d’Anon est donné avec en première partie un nouveau groupe de collégiens, The Garden Wall, composé de Peter Gabriel au chant, de Tony Banks aux claviers et de Chris Stewart à la batterie. Sauf qu’un concert sans guitariste et bassiste, ça le fait moyen. A cette occasion, River Jobs et Anthony Phillips vont prendre ces instruments pour dépanner The Garden Wall.
Peter sait déjà se faire remarquer et fait son entrée en jetant des pétales de roses sur le public, sapé dans les plus beaux atours de cette époque, collier de perles et kaftan, sans oublier un chapeau qui appartenait à son grand-père.
Après ce concert et le départ de MacPhail et Jobs, le groupe Anon se voit obligé d’arrêter là. Mais Anthony Phillips qui a bien accroché avec Banks et Gabriel va de plus en plus jouer de la guitare avec eux, tout en continuant sa collaboration musicale avec Rutherford avec qui il va enregistrer quelques morceaux. A cette occasion Tony Banks est appelé pour jouer un peu de piano, et c’est tout naturellement que ce dernier fini par inviter Peter Gabriel pour remplacer Phillips au chant. Encore plus fort, les compositions des deux larrons écrites autour du piano, dépassent quelque peu celles des deux apprentis guitaristes en matière de qualité. Le quatuor, renforcé par Chris Stewart derrière les fûts va enregistrer une démo qui va attirer l’oreille d’un ancien de Charterhouse et sceller le destin du groupe.



[1 Sources :

Ouvrages :

  • F. Delâge, Genesis, La boîte à musique, Ed. Camion Blanc, 1998
  • A. Bayeulle, L. Berrouet, Genesis, Ed. Albin Michel, 1987
  • P. Russel, Genesis, play me my song, A live guide 1969 to 1975, S.A.F Publishing, 2004

Documentaire : Genesis, The Story So Far

Vos commentaires

  • Le 28 novembre 2011 à 10:21, par Genesis France En réponse à : Genesis

    L’intérêt de cette bio sont les témoignages recueillis par les membres-même de Genesis, pour une part lors de leur tournée d’adieu de 2007, et par le reste de TOUS les membres du groupe, ainsi que tous les acteurs de leur équipe.

    Ces récits son regroupés chronologiquement et agrémentés de photos célèbres et inédites, et replace cette histoire de 40 ans de rock dans le contexte de chaque époque.

    Tout passe en revue, la complicité de collégiens, le rêve américain d’adolescents, les premières confrontations avec la réalité du show business de la fin des années 60, l’engagement et l’ambition de musiciens exigeants à la recherche d’une identité à l’encontre de la musique commerciale à l’origine des changements de personnel, puis l’apogée d’une grande entreprise commerciale jusqu’au déclin de la réputation du groupe.

    Le groupe a aussi une grande histoire avec l’hexagone, dont il est très vite oublié par rapport à d’autres pays comme l’Allemagne, l’Italie ou la Belgique dans lesquels Genesis et leurs membres solo continuent d’établir leur carrière.

    Il existe cependant en France un petit milieu associatif qui encourage la venue d’artistes à l’origine du groupe tel que Steve Hackett ou à son développement tardif tel que Ray Wilson.
    Vous pouvez y participer ou vous informer ou y adhérer en vous rendant sur leur site : www.genesisfrance.fr

  • Le 27 septembre 2012 à 15:54, par Dan-Al Blanc En réponse à : Genesis

    Ah ! Genesis, l’essence même de la musique « British », des envolées de guitares douze cordes aux textes d’influence médiévale, du moins pendant l’ère de l’archange Gabriel. Car lorsque celui-ci ouvre ses ailes pour voler vers d’autres cieux, le petit lutin-bouffon Collins prend sa place au micro et dès lors plus rien ne sera jamais pareil au sein du groupe.
    Fini les concerts théatraux du quintet devenu quartet, à présent c’est la musique seule qui va s’émanciper au point où elle ne sera plus reconnaissable. De musique progressive, elle se transformera rapidement en musique FM et les concerts ne seront plus que des spectacles. De salles moyennes on va passer aux grands arènes où le groupe n’est même plus visibles que par ceux des premiers rangs...

    Entre « Trespass », « Foxtrot » et autres « Selling England » à « Invisible touch » et « We can’t dance », on ne reconnait plus ce groupe qui fut un des premiers dans le genre progressif... De « Cinema show » à « Land of confusion », il y a eu comme un recul, comme si on avait pris une voie qui menait nulle part... Genesis aurait-il vendu son âme pour trouver le sacro-saint succès ? ... Affligeant...

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