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Homework

Homework

Daft Punk

par Milner le 1er novembre 2005

paru en décembre 1996 (Labels / Virgin Records)

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On ne parle jamais assez d’un gars comme Richard James. A l’ombre du show-biz, poursuivant son chemin en solitaire (bien qu’il prenne le nom d’Aphex Twin par moment) sans guère se soucier de sa popularité ou de son image de marque, son contrat ne prévoie pas qu’il doive enregistrer coûte que coûte un album tous les six mois. En ce sens, sa démarche est applicable au plus célèbre duo techno français, Daft Punk. Constitué de Guy-Manuel De Homen-Christo et Thomas Bangalter, la musique a, pour ainsi dire, toujours été présente depuis l’enfance de nos jeunes gens et c’est tout naturellement que les deux amis se tournent, comme bien d’autres, vers le rock indépendant dans un premier temps au début des années 90. Mais durant leur séjour en Angleterre, leur découverte de la house music et des rave parties les emmènent bientôt à pratiquer une musique orientée vers les dance floors.

Le duo tourne dans de nombreuses raves et font même la première partie à Londres de The Chemicals Brothers. En 1996, Daft Punk signe chez Virgin Records et à la fin de l’année sort son premier album. Au moment de sa sortie, Homework a représenté une révolution musicale qu’on le veuille ou non. Cet album ne pouvait pas être pire que les disques de DJ Fred et Arnold T, dont on s’étonne seulement que leurs pochettes ne représentent pas un dollar géant. Non, décidément, Daft Punk semble avoir la main plus heureuse. Le mélange de house et de techno largement inspiré de tout un passé rock, pop, groove et disco directement issu des ghettos noirs de Detroit les propulsent rapidement sur le devant de la scène. Les morceaux les plus discoïdes (Around The World, Teachers, Indo Silver Club) montrent que les deux compères ont bien assimilé certains gimmicks de Nile Rodgers et de Cerrone. Mais, il faut bien reconnaître que les élèves ont bien appris les leçons du vieux maître. Et il est certain désormais que les gars de chez Scorpio Music (label rital de dance music) ont été pris à leur propre jeu.

En effet, alors que la dance music s’enterre petit à petit, au fil des compilations sorties au kilomètre, nos parisiens s’envolent vers le succès, un succès mérité. Pourquoi ? Parce que Daft Punk a toujours été des remixeurs de première bourre. Les vieux puristes de la house music vont grincer des dents, c’est certain, mais Daft Punk est gagnant parce qu’il a su profiter d’un moment où la musique de clubs que l’on nous proposait était d’une pauvreté et d’une tristesse affligeantes. Bien souvent, sur Homework, on est à la limite du plagiat, mais quelle importance si Teachers sonne plus Earth Wind And Fire que nature : après tout, leurs derniers albums donnaient envie de crier « Beurk ! ». Daft Punk pique un plan et l’arrange à sa sauce. Ça aussi, c’est le talent. Dans ce domaine qui est le nôtre, la musique répétitive de Revolution 909, Rollin’ & Scratchin’, Burnin’ et Indo Silver Club fait bien souvent mouche et montre enfin au monde entier que le système scolaire français est décidément bien différent et unique en son genre.

Bizarrement, alors que l’album sortait la culture techno et raviste de l’anonymat, le duo préférait s’y enfermer et la vraie réussite des deux fut de ne jamais céder aux tentations promotionnelles trop nombreuses et de conserver une barrière avec le public. La volonté de ne pas se montrer autrement qu’à visages masqués est également pour beaucoup dans leur succès car on peut y déceler un refus de se laisser marcher sur les pieds. Ultime preuve que cet album a bien été conçu dans l’ère du remixage et du collage sonore, qui d’autres que les « punks débiles » auraient pu concocter une liste de précurseurs techno pour la déclamer de façon tellement naïve (et à base de vocoders) dans un de ses titres ?

Que cet album ne soit qu’une compilation de titres dansants ne fait qu’ajouter du crédit à la culture techno, connue à la base pour ses 45 tours 7« ou 12 ». Plus complet, plus soigné, plus abouti que les productions de l’époque, Homework est un chef-d’œuvre dont on peut écrire sans grand risque qu’il appartient dès aujourd’hui à l’histoire.



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Tracklisting :
 
1- Daftendirekt (2’44")
2- Wdpk 83.7 fm (0’28")
3- Revolution 909 (5’26")
4- Da Funk (5’28")
5- Phœnix (4’55")
6- Fresh (4’03")
7- Around The World (7’07")
8- Rollin’ & Scratchin’ (7’26")
9- Teachers (2’52")
10- High Fidelity (6’00")
11- Rock’n’Roll (7’32")
12- Oh Yeah (2’00")
13- Burnin’ (6’53")
14- Indo Silver Club (4’32")
15- Alive (5’15")
16- Funk Ad (0’50")
 
Durée totale : 73’55"