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(I'm) Stranded

(I’m) Stranded

The Saints

par Oh ! Deborah le 29 septembre 2010

Paru en février 1977 (Harvest)

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Le son qui tache, l’ennemi des voisins. Le club des primitifs. Les Saints : un de ces groupes sans compromis, un groupe-éclair qui compose une espèce de trilogie cruellement méconnue de 1977 à 1978, amorcée par cet album extrême.

Brisbane, 1975. Chris Bailey (chanteur) et Ed Kuepper (guitariste) forment les Saints alors qu’ils exercent depuis deux ans sous le nom de Kid Galahad and the Eternals. Ils font des concerts bien souvent interrompus par la police dans leur ville Australienne. Là où ils donnent naissance au punk dans son acception la plus brute, au même moment où les Ramones colportent qu’ils sniffent de la colle dans un petit club situé à 16 000 km. Tandis que ces derniers publient leur premier album en juin 1976, les Saints s’apprêtent à sortir leur premier single (I’m) Stranded à 500 copies sur leur propre label, Fatal Records. Ils envoient quelques exemplaires à des magazines : stupeur dans le microcosme rock de Brisbane et tremblements jusque dans les bureaux de l’hebdomadaire anglais Sounds qui le nomme « single of this and every week ». Le groupe reste relativement inconnu cependant, avant d’être qualifié, trente ans plus tard, de fondateur et d’un des meilleurs groupes que le punk ait engendré.

EMI, venant de signer les Sex Pistols, contacte le siège de Sydney pour proposer un contrat aux Saints qui semblent avoir adopté une vision punk faite de nihilisme et d’ultra liberté ostentatoire avant même que le mouvement n’éclate en Angleterre. C’est bien sûr grâce aux pionniers du rock’n’roll (Bailey est fan d’Eddie Cochran) et du punk façon Stooges et MC5 que cette démarche leur semble possible, même en Australie. Jeune mélomane, le chanteur passe son temps à écouter des disques allant des groupes garage américains, et australiens (the Loved Ones, Purple Hearts), à Jacques Brel, en passant par les classiques anglais (Who, Small Faces, Stones) ainsi que des chanteurs irlandais dont il partage les origines. Concurrents de Radio Birdman mais réellement différents malgré des influences similaires (Stooges, New York Dolls), les Saints vont enregistrer aux windows studios de Brisbane, et le résultat est sans appel.

Sur les dix titres, huit monstres coriaces et névrotiques, noise pionnière mystérieusement mélodique, huit œuvres brutes de punk pur, enregistrées et mixées en deux jours, bien sûr. En mai 1977, à eux les Anglais. Enfin c’est ce qu’ils croyaient. Malgré le mini cataclysme du single (I’m) Stranded, quand les Saints partent sur les routes britanniques, ils se font traiter de péquenauds aux cheveux longs et de pauvres copies des Ramones. Et c’est ce que Kuepper présageait, avant de bientôt détester le mouvement punk, non seulement à cause de son homogénéisation musicale mais aussi aux vues de son consensus capillaire et vestimentaire, encouragé par la presse anglaise. De plus, la comparaison avec les New Yorkais est fatale et fainéante. Le single (I’m) Stranded fait certes preuve d’un même style que les Ramones, tant dans les structures sèches et concises que dans l’esprit, mais, fait notoire, le morceau fut écrit en 1974, n’en demeurant pas moins un single pionnier du punk au même titre que Blitzkrieg Pop. Et surtout, le morceau des Saints est tout à fait unique parmi les autres titres beaucoup plus violents de leur album, ce dernier disposant d’une production radicalement différente par rapport aux albums (cruciaux) des Ramones.

Un son qui rendit les Saints stupéfiants. Impénétrable, incendiaire, il est comme un ouragan de saturation comprimée et hautement maîtrisée par Kuepper qui opère des solos prompts et rapides, ainsi que des riffs asphyxiés, vrombissant et efficaces, soutenus par un tempo torrentiel, un vrai contraste avec le chant parlé et tranquille de Bailey qui nasille. Un paradoxe évident dont la marque de fabrique se situe au niveau des indispensables et jubilatoires awwight et autres mythiques com’on de Bailey, sans lequel la musique deviendrait quasiment hardcore (la preuve en est sur Erotic Neurotic). Un boucan inexplicablement accrocheur, un truc méchant qui libère, comme le stoogien Nights In Venice ou les géniaux Wild About You (limite Mötörheadien) et One Way Street qui fait instantanément passer le single (I’m) Stranded pour une comptine. Et toujours, la classe. Grâce à cette formule précise, le premier Saints représente l’apogée de cette année 1977 et forme le rêve de tout amateur de punk émacié, millésimé. Avec une effervescence, une authenticité et une profonde désinvolture rarement égalées de nos jours. Mais aussi une petite touche de nostalgie touchante et rêveuse dans Messin’With The Kid, qui laisse entrevoir un avenir moins palpitant et un talent sûr pour les chansons plus moroses.

Les Saints ont manifestement une éthique indépendante, une créativité individualiste et Do It Yourself combinée à une urgence nouvelle dès 1975, d’autant plus nouvelle en Australie. Effrontés, ne cherchant pas à copier le look des Anglais et déçus par la scène punk, ils s’en éloigneront musicalement à travers l’album suivant, incorporant cuivres et ballades rhythm’n’blues sublimes en 1978. Ils signeront la même année leur troisième album désenchanté, convoitant soul et rock, avant que Kuepper ne plaque tout pour retourner en Australie. Après quoi Bailey poursuivra tantôt sous le nom des Saints (provoquant l’aigreur de Kuepper), tantôt sous son propre nom.



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Tracklisting :
 
1- (I’m) Stranded (3:32)
2- One Way Street (2:56)
3- Wild About You (2:35)
4- Messin’ with the Kid (5:54)
5- Erotic Neurotic (4:07)
6- No Time (2:48)
7- Kissin’ Cousins (2:00)
8- Story of Love (3:11)
9- Demolition Girl (1:41)
10- Nights in Venice (5:41)
 
Durée totale : 32:25