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Invisible

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Bérurier Noir

par Cypher le 2 janvier 2007

1,5

paru le 4 décembre 2006 (Folklore de la Zone Mondiale)

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Alors avant toutes choses, un petit rappel des faits d’armes du groupe s’impose. Bérurier Noir, groupe phare du mouvement alternatif français dans les années 1980, groupe initiateur de toute une sous-culture, autant enragé qu’engagé. Un groupe intègre et sincère jusqu’à son suicide programmé en 1989 car trop de succès notamment. Pendant quinze ans, il reste un des modèles du punk politisé, pendant que les trois membres continuent leur chemin. Puis arrive 2003, la reformation (déformation qu’ils disaient...), les festivals, les DVD et enfin un nouveau CD qui a fait couler pas mal d’encre, en bien comme en mal, reste à savoir qui avait raison.

Bon, on doit bien reconnaître un truc : la musique est superbe. Chaque membre ayant évolué de son côté, et ça s’entend. Les riffs de Loran qui a officié notamment dans Tromatism pendant l’hibernation du groupe (un super groupe, Tromatism, au passage), reconnaissable entre milles fonctionnent toujours aussi bien, en sonnant peut être un tout petit peu plus metal ou hardcore par moment (peut-être est-ce la mode qui veut ça, mais bon ça s’entend pas trop hein, rassurez vous !). Mais, on entend quand même bien l’évolution du jeu de guitare tout en gardant cette « béru’s touch » si unique, bref rien à redire côté guitare. Masto et son saxo (qui étaient dans cet OVNI musical de Lucrate Milk) est bien plus présent qu’avant, et plus recherché, il apporte vraiment quelque chose à la musique désormais. D’autant que s’ajoutent souvent d’autres petits trucs ici et là, guimbarde ou samplers qui font perdre au groupe sa simplicité légendaire, comme ça s’amorçait peu a peu au fil des albums. Et c’est tant mieux parce que même si Macadam Massacre (le premier album) est formidable ; dix fois Macadam Massacre de suite, on se serait très vite lassé. La boîte à rythmes aussi est bien plus évoluée et heureusement parce que bon, avant c’était plus un métronome qu’autre chose, leur boîte à rythmes. Autre nouveauté, le groupe qui avait toujours été touché par la cause du peuple Khmer massacré au Viêt-Nam et par les différents peuples asiatiques, une petite influence musique asiatique dans les intros ou les samplers, ça surprend un peu mais c’est cool de voir un groupe qui la ramène pas juste Chiapas-Palestine comme si c’était les seuls peuples opprimés de la Terre et soutient un peu les autres. Un parcours presque sans faute au niveau des instrumentaux donc, seul problème, il y a du chant aussi.

Bin oui, c’est important les paroles dans un groupe punk. Les bérus, ce n’est pas un bête groupe, c’est le messager de tout un mouvement, « drapeaux noirs au vent en criant en avant ! ». C’est important le chant dans un groupe dont l’une des particularités était de gueuler comme des putois plus que de chanter. Manque de pot, bin c’est pas ça le chant quoi. D’une part François -rebaptisé Fan-Xoa pour l’occasion- à force de chanter de la varièt’ sur MCM (spéciale dédicace à François béru et les anges déchus), il a appris à chanter. Bon alors, c’est pas de l’opéra c’est sûr mais du chant quand même, j’exagère sûrement, et c’est pas tous les morceaux le chant, ça gueule encore pas mal, mais ça choque quoi. Et si le chant n’avait changé que sur la forme, pourquoi pas, mais c’est aussi le fond. Les textes sont creux, fades, entre On En A Marre remake de Salut À Toi version « on en a marre de ça, ça et ça », ou La Pluie qui aurait dû rester un fond sonore de dvd, parce qu’une chanson pour s’émerveiller de la pluie... Les thèmes ont changé par rapport à avant, fini le social, l’antifascisme, place à l’écologie et l’alter-mondialisme (enfin bon, si c’est pour faire du primitivisme et proposer de vivre dans une grotte...).

Mais la critique n’est pas construite, quand les textes parlent de quelque chose, c’est déjà entendu et réentendu partout ailleurs. Ah ! Il est bien loin le temps de Noir Les Horreurs ou de Manifeste ! Et enfin, les Bérus qui avaient toujours été de fervents défenseurs de la langue de Lorie nous livrent ici une chanson en anglais et même du franglais et du « Brice de nice’s touch » (« prend le contrôle de ta life/ pour lutter contre les injustaïces »), on touche le fond là... Seul point positif, le morceau anglais, même si il est en anglais Fan-Xoa, partage le micro avec une chanteuse et ça rend plutôt pas mal. Bref, si on approchait du sans faute niveau instru, le chant gâche vraiment tout même si certains morceaux sont moins pires, ça reste très décevant.

En résumé, un excellent album, pour quand la version instrumentale sera sortie ! D’autant que le « poster » n’est que le livret en A3, les paroles, les remerciements, quelques dessins et c’est tout... On se rendra peut-être compte qu’il est finalement pas si mal que ça, mais on avait vraiment placé trop d’attente et d’espoir dessus, les Bérus ne pouvaient pas avoir arrêter quinze ans et revenir avec la même rage, le même engagement, la même intégrité qu’avant, alors renard, ta rage est bien perdue. Dommage.



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Tracklisting :
 
1. Le Cerf, Le Druide Et Le Loup (3’52")
2. Coup D’État De La Jeunesse (2’50")
3. Dans Un Rêve Flamboyant (2’45")
4. Love In Laos (4’15")
5. ESB (Empire State Bulldog) (3’16")
6. L’Enfant Bleu (3’26")
7. La Pluie (3’28")
8. On En A Marre (4’31")
9. La Fille Du Delta (3’31")
10. Liberté (3’15")
11. Sur La Piste Inconnue (4’03")
12. Quelque Part (3’26")
 
Durée totale : 42’40"