Concerts
Jeffrey Lewis

Paris (showcase à Ground Zero)

Jeffrey Lewis

Le 20 octobre 2005

par Béatrice le 28 novembre 2005

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Certains pourront dire qu’un showcase ne constitue pas un concert à proprement parler, mais il n’empêche que cela vaut parfois aussi bien, voire mieux, et que l’occasion de voir gratuitement un artiste seul avec sa guitare dans un cadre nettement plus intime qu’une salle de concert, si petite soit-elle, ne se présente pas si souvent... Or justement, à l’occasion de son premier anniversaire, le disquaire indépendant Ground Zero (12 rue de Crussol, dans le 11e, métro Oberkampf, un peu « hype-magic » sur les bords mais très agréable et rempli de vinyles et de CDs fort intéressants) a eu la riche idée d’organiser une semaine de showcases d’artistes tout aussi indépendants : Final Fantasy, Herman Düne, Hushpuppies et notamment, on y vient, Jeffrey Lewis.

Pour situer un peu l’affaire, Jeffrey Lewis est un songwriter new-yorkais qui verse dans l’anti-folk (non, ne me demandez pas ce qu’est l’anti-folk, je ne saurais pas l’expliquer clairement, vous n’avez qu’à écouter ce que fait Jeffrey ou son ami Adam Green si vous voulez vous en faire une idée), mais aussi dans le dessin et la poésie, et qui est à l’origine de plusieurs albums (dont le dernier, très récent et intitulé City & Eastern Songs, a été réalisé avec son frère Jack).

Le magasin quant à lui est, donc, un disquaire très clean, lumineux, mais tout petit : on se demande où le chanteur va se mettre, le public occupant déjà tout l’espace... Apparemment tout le monde se connaît, ou presque, et tout le monde connaît Jeffrey Lewis, aussi : le type avec deux pulls, les cheveux en pétard, et qui parle en américain avec quelques clients, c’est lui. Pas vraiment une gueule de rockstar, encore moins de « new-hype-next-big-trendy-thing », simplement l’allure d’un type sympa, modeste et légérement décalé.

Il se trouve un coin au fond du magasin, va chercher sa guitare (qui, à elle seule, justifie la review : elle est à peu près aussi débraillée que son propriétaire, recouverte de ruban adhésif, d’autocollants, de papiers collés...)et commence à chanter, sans micro et sans ampli (enfin, à la chanson suivante, il branchera quand même l’ampli et à celle d’encore après, il montera dessus pour que tout le monde puisse le voir un peu mieux). Il ne sait pas trop quoi jouer et demande donc aux spectateurs ce qu’ils veulent entendre, construisant son set au gré des désirs du public.

Ses chansons sont des sortes de comptines urbaines désabusées, racontées avec énormément d’humour et de sens de la dérision, mais pourtant profondément tristes et mélancoliques... Avec sa voix pas forcément toujours juste, Jeffrey chante ses déambulations solitaires dans New York et ses questionnements métaphysiques ou philosophiques, le tout teinté d’une bonne dose d’absurde, ce qui n’empêche pas n’importe de s’en sentir plus ou moins proche : dans l’une de ses chansons, il parle de croiser Will Oldham dans le train, tout en fustigeant le statut d’artiste-songwriter, dans une autre, il nous décrit toutes les étapes de sa vie, depuis ses 4 ans jusqu’à ses 106 ans, ou nous explique qu’il « ne veut pas entendre les cadavres parler dans le cimetière » ni « savoir ce qu’il y a après la mort, parce qu’(il) aime être surpris »... Evidemment, tout cela perdrait beaucoup de son charme aux oreilles de quelqu’un ne comprenant pas un mot d’anglais, mais pour quiconque capable d’apprécier, ne serait-ce que partiellement, les textes, c’est un régal.

Et ce contexte chaleureux de concert presqu’improvisé, dans un petit disquaire, était peut-être bien le meilleur moyen de le savourer. D’ailleurs, cela avait l’air de pas mal plaire à M.Lewis, qui terminera son set sur un « Maintenant, achetez des disques ! »..



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