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Les Tortures Volontaires

Les Tortures Volontaires

Arman Méliès

par Psymanu le 27 juin 2006

3,5

paru en mai 2006 (Remark Records/Warner)

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Jan s’appelle Arman Méliès, depuis 2003. Entre cet hier et aujourd’hui, un EP, Le Long Train Lent & Les Beaux Imbéciles, et un premier LP : Néons Blancs Et Asphaltine. Arman Méliès publie son second album, intitulé Les Tortures Volontaires, titre masochiste qui d’une certaine façon décrit bien le geste qui fait que l’on pose le disque sur la platine en pressant le bouton « play ».

Parce qu’on n’écoute pas Les Tortures Volontaires avant d’aller faire la fête. Il n’est pas dans la liste de ces choses que l’on s’envoie dans les oreilles lorsque l’on croit sombrer et que l’on cherche à s’en sortir. Il n’y a pas de joie dans ce disque. Juste de la mélancolie, cet état qui nous est si doux, si douloureux. On prendra Arman Méliès avec soi pour s’enfoncer. On l’écoutera chevroter doucement, les trémolos dans sa voix sont un peu les notres lorsqu’on tente avec la bouche l’impossible catharsis de nos états d’âme. On se tait parce qu’il le dit mieux. C’est un plaisir que l’on s’inflige autant que l’on s’octroie.

Il y a cette chanson d’amour morte, Entre Les Lames, poignante comme Manset seul sait empoigner. Oui mais il n’est plus seul. Arman Méliès a la bouche pleine de mots dont il fait une poésie réellement belle, et, ça n’est pas si courant, très personnelle. Pas de rimes faciles, pas de rime du tout souvent. Juste une prose privilégiant la justesse du mot face à l’émotion. Sur un écrin de guitare acoustique, secondé de claviers divers et même d’un banjo, comme sur Les Alizés. Certains morceaux sont plus électriques, tel le bilingue et planant Low Cost, ou l’éprouvant (pour les tripes) Fuir (la belle échappée), ou encore le presque prog-rock instrumental final Géopolitique Des Brumes. Sur Nos Fronts possède un petit charme à la Nick Drake, mais qui aurait trop enfumé ses cordes vocales, ou trop tiré dessus. On pourrait danser sur Ivres, une valse onirique. Encore du banjo sur le Morriconien Roma Troma, court instrumental au potentiel filmique évident (pure logique lorsqu’on choisis de rappeler Georges Méliès par son pseudonyme), Arman Méliès varie les climats tout en conservant une certaine unité de son : Le Retour Des Caravelles est de la même veine, complété de quelques choeurs minimalistes.

Il y a des défauts, sur Les Tortures Volontaires, bien sûr. L’émotion est là, quelque chose passe, et très fort mais toujours la même chose. Il convient d’être dans un état d’esprit propice à son écoute. Quitte à s’enfermer dans une bulle, ce disque s’écoute loin des sollicitations du monde. Il faut se le mettre directement dans les oreilles, comme d’autres drogues ne s’absorbent que par intraveineuse. C’est la musique d’un instant, d’une heure où l’on aurait décidé de ruminer seul, comme on cuve un excès d’alcool qu’on s’est envoyé la veille. C’est du mal qui fait du bien, parce qu’après on n’en peut plus de mal aller. Et alors on sort, refaire le plein de mauvaises ondes. Et puis un jour on y revient.

Oui, on y revient parce que Les Tortures Volontaires est un bon disque. Fouillé, soigné. Plein d’arrangements léchés qui se mettent au service des mots et de la voix particulière, tellement touchante et mal assurée, de Jan. La suite promet d’être belle.



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Tracklisting :
 
1- Les Alizés (5’53")
2- Low Cost (4’34")
3- Sur Nos Fronts (3’13")
4- Roma Troma (1’59")
5- Fuir (La Belle Échappée) (5’19")
6- Ivres (4’37")
7- Entre Les Lames (4’25")
8- Le Retour Des Caravelles (2’09")
9- Dora (7’46")
10- Géopolitique Des Brumes (5’21")
 
Durée totale : 45’21"