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Lie Down In The Light

Lie Down In The Light

Bonnie « Prince » Billy

par Aurélien Noyer le 27 mai 2008

4

Paru le 20 mai 2008 (Drag City Records)

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Avec en moyenne un album par an (sans compter les EPs) depuis quinze ans, il est difficile de parler d’évènement pour la sortie de ce nouvel album de Will Oldham alias Bonnie « Prince » Billy. De même, il serait vain de débattre pour savoir si ce nouvel opus baptisé Lie Down In The Light est meilleur ou moins bon que, au hasard, le sombre I See A Darkness, le punktry There Is No-One What Will Take Care of You ou l’aérien The Letting Go. Quant à une éventuelle tentative de désigner les meilleurs morceaux de cette prolifique discographie, elle ne manquerait pas de tourner à l’intromission rectale de diptères tant les différents albums n’offrent que peu de variations dans le style (exceptions faites de ceux enregistrés en collaboration de Tortoise ou Matt Sweeney).

A la rigueur, on pourra remarquer que Easy Does It, la chanson ouvrant Lie Down In The Light, sonne un peu plus enjouée que la plupart des titres auxquels nous avait habitué Will Oldham et continuer en déclarant que globalement Lie Down In The Light semble plus léger que les précédentes livraisons du chanteur. Mais fondamentalement, rien de ressemble plus à un album de Will Oldham qu’un autre album de Will Oldham. Aussi se gardera-t-on bien de se lancer dans une étude comparative des différents albums, vaticinant à propos d’albums dont le néophyte n’aura sans doute jamais entendu parler et dont les différences qualitatives avec l’album qui nous intéresse importent peu.

Cependant, il n’est pas superflu de rappeler que Will Oldham est à plus d’un titre le plus grand chanteur actuel d’americana et que Lie Down In The Light en donne une nouvelle fois la preuve. Car si la sensation éprouvée à l’écoute de ses efforts studios n’est pas à la hauteur du frisson provoqué par les concerts du bonhomme, cet album n’en est pas moins largement au-dessus du niveau de la concurrence et personne (si ce n’est à la rigueur Mark Lanegan) n’atteint l’intensité émotionnelle de la voix de Bonnie « Prince » Billy.

En contrepartie, certains auditeurs pourraient relever le manque d’originalité du chanteur. On retrouve, sur Lie Down In The Light comme dans le reste de la discographie de Will Oldham, les habituelles références bibliques (la pochette semble évoquer le combat biblique qui opposa Jacob à un ange), très présentes dans l’œuvre du chanteur et dans la country en général, l’instrumentation dépouillée et dénuée d’effets et quant aux mélodies, elles semblent sortir de traditionals du XIXe siècle. Mais c’est justement là que se trouve tout le paradoxe de Bonnie « Prince » Billy. Avec sa barbe hirsute de prophète, il incarne la tradition de la musique populaire américaine tout en inscrivant l’air de rien ses chansons dans une modernité discrète car si l’émotion véhiculée de ses chansons semble tenir essentiellement à leur simplicité et à cette voix fragile, Lie Down In The Light offre surtout une démonstration magistrale dans le domaine de la pertinence des arrangements. En faisant intervenir tour à tour et pendant quelques mesures seulement un orgue, une lap-steel guitar puis des choeurs dans la chanson I’ll Be Glad, Oldham introduit une dynamique simple mais terriblement efficace et il semble ingrat de parler de minimalisme tant cet album contient des instruments variés. Mais leur usage parcimonieux (on est pas chez Arcade Fire) sert avant tout à accentuer certains passages de la chanson au lieu de masquer les carences du song-writing comme c’est le cas bien souvent.

On saluera également l’idée d’inviter une partenaire féminine en la personne d’Ashley Webber qui compte pour beaucoup dans le charme des titres où elle apparaît, You Want That Picture en particulier. Cette valse délicate fait partie de ces chansons mystérieuses qui attirent l’attention de l’auditeur distrait sans qu’il sache trop pourquoi et provoquent une agréable impression de déjà-entendu comme si vous écoutiez un de vos morceaux favoris que vous n’auriez pas écouté depuis longtemps.

Evidemment, toutes les chansons ne sont pas d’un intérêt majeur et des titres comme Missing One ou For Every Field There’s A Mole ne sont même pas sauvés par la voix de Will Oldham. Mais c’est le lot des fans de Bonnie « Prince » Billy d’accepter que le chanteur préfère enregistrer très vite sans réfléchir, presque sans répéter. Néanmoins, même si cette méthode produit immanquablement du déchet, tant qu’elle permettra d’enregistrer des petits bijoux comme Lie Down In The Light (la chanson), on reprochera difficile à Will Oldham d’y avoir recours.



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Track-listing :
 
1. Easy Does It (3’53")
2. You Remind Me of Something (The Glory Goes) (3’56")
3. So Everyone (4’01")
4. For Every Field There’s A Mole (3’19")
5. (Keep Eye On) Other’s Gain (4’35")
6. You Want That Picture (3’50")
7. Missing One (2’47")
8. What’s Missing Is (4’27")
9. Where’s the Puzzle (3’50")
10. Lie Down in the Light (4’09")
11. Willow Trees Bend (4’08")
12. I’ll Be Glad (2’43")
 
Durée totale : 45’38"