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Live In London : Drury Lane '74

Live In London : Drury Lane ’74

Captain Beefheart & His Magic Band

par Aurélien Noyer le 29 avril 2008

3,5

Enregistré en 1974 et paru en 2006 (Virgin)

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Depuis 1974, une énorme erreur s’était glissé dans l’esprit des fans de Captain Beefheart. A cause de deux albums sortis coup sur coup, 1974 était l’année maudite, non seulement parce que le Captain s’est vendu en édulcorant sa musique pour toucher un large public, mais parce que les deux albums qu’il a ainsi produits n’ont intéressé ni le grand public ni les fans. Avec son titre sans équivoque et sa pochette représentant le Captain brandissant des billets de banque, Unconditionally Guaranteed promettait à la fois à l’acheteur et à la maison de disque d’en avoir pour leur argent. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les deux ont été floués, tout comme l’ont été une fois de plus les membres du fameux Magic Band accompagnant Don Van Vliet depuis ses débuts. Excédés par l’habitude récurrente de Beefheart à apposer sa seule signature sur des morceaux auxquels ils ont largement contribué, les musiciens désertent en masse à peine l’album sorti. Sans doute avaient-ils déjà compris l’ampleur de la déroute que représentait le disque.

C’est donc dans l’urgence que Beefheart recrute des musiciens pour pouvoir se lancer dans la tournée promouvant son petit dernier. Dans la foulée, il enregistrera un autre album avec ce « new faux Magic Band », comme le baptisera Michael Smotherman, clavier fraîchement recruté. Cet album, Bluejeans & Moonbeams, ne connaîtra pas plus de succès que ce soit auprès du grand public ou des fans. Il marque en outre la fin du contrat qui liait Don Van Vliet à Virgin et on peut se demander si cet album n’a pas été enregistré uniquement pour mettre fin au contrat, les relations entre le chanteur et son label s’étant détériorés suite à l’insuccès de Unconditionally Guaranteed. En tout cas, Beefheart ne mettra pas longtemps à renier ces deux albums, proposant même aux acheteurs de renvoyer leur exemplaire contre remboursement. Et les fans de s’empresser de surnommer cette nouvelle version du Magic Band le Tragic Band.

Pourtant, ce live pourrait faire changer d’avis quelques-uns des fans les plus intégristes du Captain. Enregistré en Angleterre peu après la sortie de Unconditionally Guaranteed, il offre une vision nouvelle sur cet album mal aimé ainsi qu’une lecture alternative des classiques du Captain repris avec ce tout nouveau groupe. Recrutés dans l’urgence, devant apprendre les morceaux presque sur le tas, les musiciens formant ce nouveau Magic Band n’avaient aucune chance de parvenir à la précision métronomique nécessaire pour interpréter les titres les plus barrés de la carrière du Captain.

Nécessité faisant loi, les arrangements présents sur ce live possèdent une orientation ostensiblement rock voire boogie. Là où le Magic Band était rompu à l’exercice de comprendre et d’interpréter les idées musicales les plus saugrenues de Don Van Vliet, le nouveau groupe ne connaît que très peu la musique du Captain et ne peut assimiler le langage musical très particulier de celui-ci. D’où ces versions un peu brutes de décoffrage des titres de Unconditionally Guaranteed, ici majoritairement représenté.

Et finalement, là où cet opus pêchait par trop de polissage, au point d’en devenir insipide, ce live rétablit un peu d’énergie dans des titres qui en avaient bien besoin. A défaut de retrouver la folie du Magic Band, on appréciera au moins Captain Beefheart et son originalité vocale retrouvée. Sur Peaches, il récupère les accents décalés de son blues si particulier, alors qu’à l’écoute de la version originale, c’est tout juste s’il évoque mieux qu’une mauvaise copie de Joe Cocker.

A côté des (trop ?) nombreux titres tirés de Unconditionally Guaranteed, on trouve quelques classiques de Beefheart. Mais ceux-ci font bien pâle figure. Les versions de Mirror Man et Crazy Little Thing, sans être vraiment mauvaises, manquent cruellement d’éclat, réduites à un reflet édulcoré et le mythique Abba Zabba perd totalement son côté « incantation tribale » pour s’enfoncer dans un boogie pataud et sans relief. Heureusement, le Tragic Band se retrouve tout de même lorsqu’il s’agit d’interpréter quelques standards de blues : Sweet Georgia Brown et Keep On Rubin’ (aka Mighty Crazy), mélange de deux versions du même thème, l’une par Lightnin’ Slim et l’autre par Lightnin’ Hopkins. Sans atteindre des sommets de blues sauvage, les onze minutes de la piste offrent leur lot de groove salace porté par le rocaillement grave de la voix du Captain.

Si on oublie donc les quelques malheureuses versions des vieux morceaux de Beefheart, ce live assez particulier de par son histoire se conçoit comme une intéressante alternative à Unconditionally Guaranteed, cette galette promise aux gémonies dès sa conception par la volonté de Don Van Vliet de s’offrir un succès commercial.



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Track-listing :
 
1. Mirror Man (4’46")
2. Upon The My-O-My (4’06")
3. Full Moon, Hot Sun (3’27")
4. Sugar Bowl (2’53")
5. Crazy Little Thing (3’58")
6. Keep On Rubbin’ (aka Mighty Crazy) (10’58)
7. Sweet Georgia Brown (5’52")
8. This Is The day (7’44")
9. New Electric Ride (3’19")
10. Abba Zabba (3’13")
11. Peaches (6’06")
12. Capital Radio Concert Ad (0’32")
 
Durée totale : 56’54"