Sur nos étagères
Strictly Personal

Strictly Personal

Captain Beefheart & His Magic Band

par Aurélien Noyer le 10 juin 2008

3,5

Paru en octobre 1968 (Blue Thumb)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Certains albums ont une place particulièrement ingrate dans la discographie de leur créateur. Parfois parce qu’ils sortent à un moment où il est en plein creux de la vague et passent donc inaperçu (c’est le cas du « Zombie Birdhouse » d’Iggy Pop), parfois parce qu’ils se retrouvent à l’ombre d’un album majeur qui les éclipse. Dans le cas de Strictly Personal, il n’est pas éclipsé par un, mais par deux albums majeurs. Deuxième album de Captain Beeefheart & His Magic Band, il succède au génial Safe As Milk, dont il passe pour la version dévoyée, et précède le mythique Trout Mask Replica, dont il est en partie la cause. Conséquence de l’influence de ces voisins, Strictly Personal est souvent déconsidéré dans la discographie du Captain...

Il faut dire que les raisons ne manquent pas. Après un premier album exceptionnel où il renvoyait dans les cordes tous les wannabe bluesmen blancs en destructurant le blues, le réinventant en un tableau cubiste, le Captain voulait faire encore plus avec un double album intitulé It Comes To You In A Plain Brown Wrapper. Mélangeant pistes studios et interprétations live, l’album était quasiment écrit et enregistré quand Buddah Records, déçus par les ventes de Safe As Milk et effrayés par le côté peu commercial des premières pistes , annulent la production de l’album, et conséquemment leur contrat avec Captain Beefheart. Ce dernier sans contrat avec des titres à moitié fini trouve donc refuge sur le label de son producteur Bob Krasnow pour sauver ce qui peut l’être, mais pour des raisons contractuelles semble-t-il, les pistes enregistrées pour Buddah Records ne sont pas exploitables. Il faut donc tout réenregistrer, et le budget du petit label Blue Thumb ne permet pas d’espérer sortir le l’ambitieux double album que le Captain avait en tête. It Comes To You In A Plain Brown Wrapper reviendra donc à un format simple. En outre, craignant des ventes aussi faibles que celles de Safe As Milk, Krasnow persuade Van Vliet de moderniser un peu le son du groupe ; voulant profiter de la mode psychédélique du moment, il va donc rajouter du phasing et d’autres effets à la post-production, et non seulement les chansons de Beefheart ne s’y prêtent que moyennement, mais Bob Krasnow se révèle un piètre George Martin et use sans retenue d’effets mal placés. L’album sortira donc en octobre 1968 et s’intitulera Strictly Personal, un nom bien ironique pour un disque qui ne correspond finalement que très peu à ce que Beefheart espérait à l’origine.

Bien sûr, même avec les bidouillages post-prod, l’album ne connaîtra pas plus de succès que le précédent et restera même considérer comme un rejeton indigne de Don Van Vliet. Pourtant, tout n’est pas à jeter sur cet album. Ah Feel Like Ahcid est un étrange blues sous acide, relativement épargné par la post-production, où le Captain raconte son trip avec sa voix à la Howlin’ Wolf. Les compositions, écrites pour It Comes To You In A Plain Brown Wrapper, sont dans la lignée de celles de Safe As Milk, à l’instar de On Tomorrow ou Gimme Dat Harp Boy, et s’inscrivent dans une veine très blues. C’est d’ailleurs les titres les plus blues qui sont épargnés par la post-production et on peut se demander si Trust Us ou Beatle Bones ’n’ Smokin’ Stones n’aurait pas été des classiques sans les effets foireux de Bob Krasnow (les pistes jouées à l’envers de Beatle Bones ’n’ Smokin’ Stones sont une véritable plaie).

Dépité par le music-business, Don Van Vliet trouvera alors refuge vers un autre original de l’époque, son ami d’enfance Frank Zappa, qui l’invitera sur son label et lui offrira une liberté artistique totale. En réaction à ses mésaventures précédentes, Beefheart enregistrera Trout Mask Replica, mélange foutraque de styles déstructurés qui traumatisera les tympans pendant des générations. Strictly Personal sera alors relégué au second plan de la discographie de Don Van Vliet... C’est un peu compréhensible.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Track-listing :
 
1. Ah Feel Like Ahcid (3’05")
2. Safe as Milk (5’27")
3. Trust Us (8’09")
4. Son of Mirror Man - Mere Man (5’20")
5. On Tomorrow (3’26")
6. Beatle Bones ’n’ Smokin’ Stones (3’17")
7. Gimme Dat Harp Boy (5’04")
8. Kandy Korn (5’06")
 
Durée totale : 38’57"