Interviews
Nelson

Nelson

par Oh ! Deborah, Yuri-G le 15 mai 2007

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Le quatuor parisien nous reçoit dans leur loge, plein de bonne volonté, de bonnes références et de mousse à raser.

Passage au crible : Revolving Doors, look, découvertes musicales, Scarlett Johansson.

Survol géographique : New York, Paris, Londres, Manchester. Leur tournée.

Inside Rock : Pouvez-vous vous présenter tout en citant le titre d’un album qui vous ressemble ?

JB : JB Devay, bassiste, guitariste, chanteur et claviériste. Pour l’album qui me ressemble, je dirais... Walking With Thee de Clinic.

David : Ouais en fait il l’a écouté y’a une demi-heure (rires). Bon sinon, David, tout pareil que JB pour les instrus et Transformer de Lou Reed.

Greg : Gregory, guitare, chant, clavier, basse. Reckoning de R.E.M..

Thomas : Thomas, je suis batteur mais aussi un peu guitariste et chanteur. Je dirais Kid A de Radiohead.

Inside Rock : Vous avez fait une école d’ingénieur du son. Dans quelle mesure aviez-vous le contrôle de la production de Revolving Doors ? Quelle relation avez-vous développé avec Julien Trimoreau (le producteur) ?

David : On va demander à Julien Trimoreau de quitter la salle ! (rires) (en fait il était présent depuis le début dans la salle NDLR)

Inside Rock : Il peut se présenter aussi.

Julien Trimoreau : Julien, ingénieur du son du groupe Nelson. Et je dirais... Spiderland de Slint.

JB : Le travail s’est fait pas mal en amont, quand on est arrivés en studio en juillet dernier pour enregistrer l’album. Mais ça faisait déjà huit mois, peut-être dix, qu’on travaillait avec Julien. Il avait déjà réalisé notre premier EP, Bangkok Riot, dans lequel on s’était beaucoup investis. Nous sortions tous d’une école d’ingénieur du son donc nous avions tous des velléités à devenir les plus grands producteurs du monde ! On a essayé de rajouter nos petites touches, peut-être un peu trop influentes de temps en temps. C’était une première expérience on va dire. On est arrivés à l’album avec Julien qui nous avait suivis sur pas mal de répèt’. Il avait vraiment pris part au processus d’arrangements et de création de l’album. Puis, nous sommes allés en studio à Vega dans le sud de la France. On avait donc un réalisateur qui contrôlait tout, qui contrôlait nos quatre egos. Au niveau de la réalisation, je pense qu’on s’est tous amusé, avec un esprit qui guidait vraiment la chose. C’était assez serein.

JPEG - 8 ko
© Yuri-G

Thomas : En fait, avec le premier maxi, à l’époque, on avait essayé de beaucoup contrôler, donc on lui a laissé plus de liberté sur l’album. Une relation de confiance s’est installée, et on lui a laissé faire son boulot de réalisateur tandis qu’on était derrière. En tant que musiciens, on faisait ce qu’on avait à faire, tout en donnant évidemment des idées. On a beaucoup discuté, c’était un vrai dialogue. Mais il avait le contrôle, il prenait le dessus finalement.

Inside Rock : Revolving Doors reflète un grand soin apporté au son, à la fois maîtrisé et très puissant, comment vous situez-vous par rapport à la nouvelle scène parisienne qui mise plutôt sur une énergie live ?

Thomas : Ils ont une approche différente de la musique. Pas mal de groupes parisiens c’est : « on prend une guitare, on fait du bruit, on fait quelques chansons et on s’amuse avec ». Ce n’est pas la même approche que la nôtre.

Greg : A Paris, cette scène teenage-rock est vachement mise en avant (Naast, Plastiscines, etc). Mais il y a des tas d’autres groupes qui eux, ont une approche différente. Nous au départ, on a travaillé dans un club qui s’appelle le Bar 3 où pas mal de ces groupes ont commencé. JB était programmateur, David faisait le son, et c’est vrai que c’était des gamins de seize ans, qui avaient deux répèt’ dans les jambes et qui se lançaient sur scène, et ça c’est incroyablement frais. Ça a apporté pas mal au rock français en général, puisque les salles se sont mises à s’intéresser à tous ces groupes et à d’autres, et que le clubbing rock s’est développé, ainsi que les programmations de concerts rock. Après, comment on se situe par rapport à eux ? Nous ne faisons pas la même musique qu’eux, on ne l’apprécie pas non plus énormément, mais on trouve qu’il y a une fraîcheur qui n’est pas inintéressante en France. Certains arrivent à être programmés en radio. Beaucoup sont passés au chant en français au moment de la signature, c’est un peu dommage. Mais il y a quelque chose d’assez nouveau en France. Il y a un buzz dont tout le monde profite, et dont nous profitons aussi.

Inside Rock : Pourquoi croyez-vous que les médias français ont soudainement accordé plus de place au rock ces derniers temps ?

JB : Parce qu’on est beaux ! (rires)

Greg : On est dans la bonne tranche d’âge. Et puis c’est vrai que c’est parce qu’on est beaux aussi ! (rires)

David : Le rock depuis quelques années est revenu à la mode, avec des groupes super lookés, depuis les Strokes et les Libertines par exemple. À Paris tout le monde s’est mis à se looker, il y a eu un truc mod-rock qui a coïncidé avec plein de groupes qui ont commencé à se construire et à apparaître. Tout ça s’est mélangé et a créé une scène.

Inside Rock : Pensez-vous qu’une bonne partie de la scène française réussira à vendre à l’étranger ? Pourquoi n’a-t-elle que peu réussi jusqu’à présent ?

JB : Je pense qu’une infime partie de la scène rock française réussira à vendre à l’étranger. Par contre, toute la clique EdBanger, Justice par exemple, eux, ils vont exploser. Ils sont sur la même ligne que Daft Punk il y a quelques années, ça va ouvrir des portes. Au niveau de la nouvelle scène rock, je crois que 80% des nouveaux groupes qui signent aujourd’hui chantent en français. Alors qu’il y a trois ans quand on a commencé, ils criaient tous contre le chant en français. Il n’y avait que des anti-Noir Désir et des anti-rock français, alors qu’aujourd’hui quand j’écoute les BB Brunes, j’ai l’impression qu’on est pas si loin de ce qu’ils décriaient... Avant de signer sur Diamondtraxx, on avait envie d’être signés en Angleterre ou à l’étranger. Mais ils nous ont très vite compris, très vite expliqué que pour un label comme eux, la France ne représentait pas le marché le plus intéressant. Avec des artistes comme Benjamin Diamond, la France c’est assez ridicule au niveau du nombre de ventes. Quand tu vas en Allemagne, au Japon ou aux Etats-Unis, les ventes sont forcément beaucoup plus importantes. L’initiative avec Diamondtraxx c’était aussi de trouver des partenaires avec l’étranger. On a déjà joué sept fois à Londres, avec DDD d’ailleurs, donc mi-juin ce sera la huitième fois. C’est très aventureux comme déplacement. Tu te retrouves face à un public qui est assez blasé. Le cliché d’une salle londonienne, c’est vraiment de te retrouver avec personne au milieu de la salle, plein de gens au bar, mais ces gens peuvent être Bobby Gillespie, des poivreaux qui sont de temps en temps des pontes de la musique. (rires) Quoiqu’il arrive, t’as intérêt à être parfait parce que tu sais jamais quel genre de mec est en train de draguer une fille au bar.

David : Il peut y avoir Noël Gallagher (rires).

JPEG - 16.1 ko
© Yuri-G

Inside Rock : Revolving Doors affiche sans détours l’influence du post-punk. Quels albums ou quels groupes vous ont marqué dans ce courant ?

Greg : Il y en a plein : Joy Division, les deux albums et les lives. Avant qu’on se rencontre, on écoutait plein de choses différentes, on a tous un background différent. Lorsqu’on s’est rencontré il y a trois ans, Joy Division a été une vraie découverte. Certains y sont arrivés par leurs albums live, d’autres par le studio, parce que Joy Division avait deux conceptions bien distinctes du live et du studio, qu’on considère intéressantes. Mais il y aussi Bauhaus, Wire, PIL, Suicide, Gang Of Four.. On écoute pas tant de post-punk que ça non plus, on écoute plein de trucs différents.

David : C’est vraiment des groupes qui nous ont marqué mais j’écouterais pas Bauhaus tous les jours. Belle And Sebastian c’est pas mal non plus !

Greg : Quand on a commencé, on avait tous une approche punk de la musique. Pas des grands techniciens, on s’échangeait nos instruments... et le post-punk conservait l’énergie du punk mais avec en plus le travail du son, l’intellectualisation, un nouveau message, les visuels, l’esthétique. C’était positif.

Inside Rock : Vous avez déclaré vous sentir proches de groupes comme les Liars, TV On The Radio ou Animal Collective...

David : Oui ! Toute la scène new yorkaise qu’il y a depuis quatre ou cinq ans, avec le label DFA.

JB : Il y a une vraie culture de la production qui revient avec un mec comme David Sitek, avant TV On The Radio, le mec était quand même responsable des Liars, des Yeah Yeah Yeahs etc... Mine de rien, quand on parlait du post-punk tout à l’heure, on parlait autant d’esthétique que de culture du son. C’est la même chose qui revient, mais avec beaucoup d’influences digérées, avec une vraie volonté d’être sincère dans ce qu’ils font. En France, notamment à Paris, on est pas très loin de Londres ou de toute la scène anglaise, ça sent vraiment beaucoup le réchauffé, et ça, ça nous passionne autant qu’une partie de foot dans le camion (rires). Mais sur la scène américaine, il y a vraiment quelque chose de fort et de nouveau, surtout New York. Et au Canada aussi avec Arcade Fire et Wolf Parade.

Inside Rock : Donc, à leur image, vous sentez vous animés par la volonté de pousser un genre dans ses retranchements et de faire quelque chose de nouveau ?

JB : En fait on a une grande chance dans Nelson, c’est que d’une certaine manière, on fait tous les quatre une musique personnelle, qui devient une musique communautaire. Il y a quatre egos, quatre personnalités vraiment différentes, et personne ne tente de se mettre en avant, même si ça fait cinq minutes que je monopolise la parole là (rires). Quand on commence à composer, on essaie vraiment d’être sincère et d’écouter ce que font les autres. Il faut que chacun y trouve sa place, trouve une sorte de force pour avancer. Faire une musique personnelle, oui et non donc, mais pousser un style dans ses retranchements, forcément, car on est obligé de s’adapter à la personnalité de l’autre. Et donc de cibler tout ce qu’on fait pour qu’à quatre, chacun ait sa place et que les choses se passent bien. Je me suis vachement bien compris moi intérieurement, mais je sais pas si j’ai été très clair (rires).

Inside Rock : Comment envisagez-vous le fossé qu’il peut y avoir entre l’approche personnelle des groupes précités et les nombreux groupes dominants qui préfèrent reproduire un certain son (Bloc Party, autres) ?

Thomas : Il y a pas mal de groupes qui reproduisent un « schéma anglais ». L’Angleterre est très fermée sur elle-même, sur sa propre culture. Elle ressasse un peu ce qu’elle a déjà fait en pensant que c’est neuf, nouveau, que c’est ce qu’il y a de mieux à faire... Il y a plus d’humilité dans ce que font Liars ou Animal Collective, c’est vraiment de la sincérité. Il ne font pas forcément des chansons au sens de songwriting pur, mais s’attachent plutôt à trouver des sons, des mélodies. Ils expérimentent et arrivent à construire des choses différentes et personnelles.

Inside Rock : Des projets, des idées pour un nouvel album ?

Greg : On commence à plancher sur un nouveau titre. Faut savoir que c’est assez long pour nous d’écrire car nous composons tout à quatre, là on est en tournée donc c’est difficile de trouver le temps.

David : Il y a des groupes, comme disait Thomas, qui ne savent pas écrire des chansons dans le terme « songwriting » et on fait absolument partie de ces gens là. Aucun de nous n’est virtuose, même si Thomas est un batteur exceptionnel, aucun de nous ne sait écrire une chanson. Donc on arrive en répèt’, on jamme et on essaie de sortir le meilleur d’un moment où on est tous derrière notre instrument, en train de buffer, de faire quelque chose d’honnête et de sincère. Et donc, faire un morceau, ça prend beaucoup de temps puisqu’on est à quatre et que si quelqu’un est trop fatigué ou indisponible, ça n’avance pas. Donc là, on est sur un morceau, ça met du temps, en plus ça fait six mois qu’on avait pas composé, donc il faut un peu se remettre dedans. On a pas envie de répéter le premier album, donc c’est beaucoup de choses qui font que c’est... LONG. (rires)

Greg : Pour un second album, la direction à avoir, c’est de ne pas avoir de direction.

Thomas : En fait on a super envie de composer, c’est juste qu’on a pas vraiment le temps en ce moment, car on prépare les concerts et on profite de ça. Mais c’est pas l’envie qui manque, on se retient en fait des fois. On aimerait composer plus, ça va venir.

Inside Rock : L’album que vous attendiez le plus en 2007 (déjà sorti ou non) ?

JB : LCD SOUNDSYSTEM !! Interpol aussi. On attend tous pas mal de choses... Le nouveau Blonde Redhead est assez étrange, on sait pas trop quoi en penser. On attend le Björk à fond, avec Timbaland derrière. Y’a aussi quelque chose de nouveau pour nous cette année, c’est que c’est notre première grande tournée mondiale de la France ! Mais on va aussi tourner en Espagne, Allemagne, Angleterre et dans le même temps, on rencontre des groupes, donc il y a pas mal de nouvelles découvertes. Dernièrement, on a découvert Alamo Race Track, un groupe qu’on attendait pas du tout du tout, avec qui on a joué et au final, on est tous absolument convaincu par leurs chansons, par les personnages... On a découvert la musique d’une autre manière cette année. Autour de nous, il y a une scène qui commence à avoir un peu de poids parce que ça a dépassé le côté buzz. Ça fait maintenant trois ans qu’elle est sensée buzzer cette scène, c’est considérable, et il y a toujours des nouveaux groupes qui arrivent comme : Soko, Sourya, Brooklyn... On attend les albums internationaux avec impatience, mais on attend aussi de voir qui va sortir LE grand album de 2007, en France.

JPEG - 16.6 ko
Nelson : David, Thomas, Greg et JB
© Yuri-G

Inside Rock : Rapidement, à choisir entre :

Joy Division ou The Cure ?

Tous : Joy Division.

Strokes ou Libertines ?

David, Greg, Thomas : Strokes.

JB : Libertines.

Can ou Neu ! ?

JB : Je ne connais pas assez Neu !.

Greg et David : Neu !.

Scarlett Johansson ou Kirsten Dunst ?

(exclamations et temps de réflexion NDLR)

Greg et Thomas : Kirsten Dunst.

JB : Non, moi...Scarlett.

David : Vous êtes nuls, Uma Thurman !

Ramones ou Sex Pistols ?

JB et David : Pistols.

Greg et Thomas : Ramones.

Alcool ou cigarettes ?

Tous : Alcool !

JB : Je m’allume une cigarette et je vais réfléchir.

Londres ou Manchester ?

David : Manchester.

Greg : Je connais mal Manchester mais pour ce que ça représente, oui Manchester.

Massacre à la Tronçonneuse ou L’exorciste ?

Tous : L’exorciste.

Dandy Warhols ou Brian Jonestown Massacre ?

Tous : BJM.

Blur ou Oasis ?

JB : Oasis.

Thomas : On est obligé de choisir ? Les deux.

David : Moi je dis pas les deux, certainement pas les deux ! Il y en a qui sont doués et d’autres pas...

Rock’n’Folk ou Les Inrocks ?

Tous : Les Inrocks.

C’est terminé.

JB : Y’a même pas eu de Beatles ou de Stones ?

On remercie les quatre Nelson pour leur accueil et leur sympathie.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom