Interviews
Rien

Rien

par Lazley le 9 octobre 2007

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Ils sont mystérieux, mystifiants, mystiques (?), mais surtout, chaleureux et intelligents... Ladies & gentlemen, voici pour vous, interrogés from Radio Campus Grenoble... Rien !

Inside Rock : Si vous nous faisiez une rapide présentation de cette énigme Rien ?

Yugo Solo : Alors, qui est quoi dans ce groupe... Depuis le deuxième album, on est cinq, puisque Coco Fruit ici présent , alias Francis Fruit, alias l’enfant de putain de la récréation, nous a rejoint pendant l’enregistrement pour des ajouts de percussions et de synthés, et s’est intégré à l’équipe . Y’a aussi le batteur Aka, Goulag à la basse, Dos. 3 à la gratte, et moi - même à la guitare. On vient de Grenoble, on a commencé à jouer ensemble en décembre 1999, et notre premier album Requiem Pour Des Baroqueux est sorti en 2003, suivi d’une tournée qui nous a conduit un peu partout dans le pays . Le 18 juin dernier est sorti Il Ne Peut Y Avoir De Prédiction Sans Avenir, notre deuxième album, qu’on espère défendre sur scène le plus longtemps possible !

IR : Depuis votre formation, vous avez dû avoir votre lot de plaisanteries plus ou moins bonnes sur ce confondant patronyme. Lassés, où ça vous amuse encore ?

Francis Fruit : Ah, tu sais, j’ai dû m’inscrire dans un centre de méditation pour pas péter les plombs en interview ou avec mes amis, mais depuis ça va mieux ! (rires)

YS : Face aux journalistes un peu en manque d’inspiration, ou à la recherche d’une accroche facile, c’est sûr que ça offre un bon nombre d’opportunités. Personnellement, le nom Rien me semble assez représentatif de notre état d’esprit, de la personnalité du groupe ; après, chacun assume ses jeux de mots, on écrit pas les articles à la place des gens ...

IR : Deux albums, des tournées qui vous emmènent loin dans l’hexagone, un parcours solide ... À quand les light-shows démentiels et le Stade De France complet ?

YS : Le Stade De France était réservé pour 2014, je crois ...

FF : (rires) Comme Bigard, on était censé bourrer le SDF non ?

YS : Plus sérieusement, on a nos propres petits trucs qui collent le plus possible à notre musique , mais on s’arrange pour rester le plus éloigné possible de la « musique de stade »

FF : On a quand même prévu de faire des lâchers de soucoupes volantes pour les prochains concerts !

IR : C’est vrai que, sur disque ou sur scène, Rien pratique plutôt une musique axée sur l’ambiance, sur les instruments en eux même plutôt que ceux qui en jouent ...

FF : Ça va changer, ça ! (rires)

YS : C’est vrai qu’avant juillet 2007, on nous voyait pas sur scène, on jouait assis , pour que les gens écoutent et regardent ce qui est vraiment important ...mais bon, c’est dans la logique de notre démarche, on fait pas dans la mode tout simplement !

IR : De même que votre précédent album, Il Ne Peut Y Avoir De Prédiction Sans Avenir est ultra référencé cinématographiquement, l’exemple le plus marquant étant cette citation du passage de la « story of Love & Hate » de La Nuit Du Chasseur, sur le titre éponyme. Comment abordez-vous le matériau cinématographique pour l’intégrer à votre démarche ?

YS : On dit souvent « musique sans paroles est cinématographique ». Entre nous, pour se comprendre mutuellement, nous utilisons beaucoup l’image, les films, ce qui permet de nous mettre une ou des idées communes en tête . Dans les groupes à chanteur, quand le type au micro cause de la mort, les instrumentistes savent où ils vont. Bien sûr, dans notre cas, c’est différent, Le matériau cinématographique, par exemple le court passage d’Apocalypse Now en début d’album, ou le monologue de Mitchum, nous met dans le même « sens créatif », et donne une ligne directrice qui parle à chaque membre du groupe .

IR : Vous vous servez de ce procédé pour donner un poids plus évocateur aux morceaux, plus d’hypothèses d’écoutes ?

YS : Nous laissons le soin à notre public de se faire lui-même ses propres hypothèses, ce qui me semble être un avantage de la musique dite « instrumentale ». On y trouve plus de pistes que de sujets précis, fermés. Rien essaye toujours , entre autres choses, de préserver une place à l’imagination de l’auditeur.

IR : Et pour les personnages plus ou moins réels qui peuplent l’album, Humpty Dumpty, Hallier, Cobain ...?

YS : Humpty Dumpty, cette vieille fable...Le texte du morceau, écrit par Apolline, évoque le monde d’Antonioni, qui était déjà très présent sur notre premier album. Humpty Dumpty Was Pushed s’inspire surtout du Reporter avec Jack Nicholson, de cette ambiance lancinante qui parcourt le film, et bien sûr de la fable anglaise originelle d’Humpty Dumpty, métaphore sur le passage de l’enfance à l’adolescence .

IR : À propos de Cobain... Vu la difficulté du sujet, This Is Our Grunge est un vrai tour de force, un rare dépassement du « traumatisme Kurt » ...

YS : Ah, tu trouves ? En fait, la thématique générale du disque est surtout celle du grand complot, sorte de religion réapparue récemment, avec les théories échafaudées autour du 11 septembre, les nouvelles thèses sur JFK, la mort de Cobain.... Nos chansons, et les textes qui les illustrent, ne traitent pas uniquement de ce thème, mais on a essayé d’évoquer un de ces « moments du grand complot » par morceau. Histoire d’aboutir à un tout, d’appréhender cet objet mystique, plein de significations bizarres... Mis bout à bout et couplés avec le visuel (la pochette pyramidale de l’album), le rapport entre notre musique et les sujets développés gagne en évidence.

FF : Personnellement, j’ai pas grand chose à dire là dessus, vu que je suis arrivé un peu après la mise en place de ce processus-là. Je me suis « posé » sur les enregistrements existants, je me suis « intégré » à cette démarche-là.

IR : Partout où l’on parle de Rien, deux mots reviennent, qui ne semblent pas refléter très fidèlement votre musique : « post -rock ». On vous sent tout de même assez éloigné d’une copie francophone d’un Godspeed You ! Black Emperor ou d’un Tortoise...

YS : Disons que c’est surtout un mot fourre tout qui a permis a un certain nombre de journalistes et de poseurs d’étiquettes de grands magasins de nous classer assez rapidement. Pas de parole, éthique plutôt indie/ pop rock.... donc c’est « post-rock » ! Mais pour moi, Godspeed, Tortoise, Battles, ce sont des univers complètement différents ! Dans mon cas, j’apprécie beaucoup plus Tortoise que Godspeed, bien que notre nouvel album soit assez éloigné de cette référence-là. Pour la blague, j’écris souvent à côté du nom du groupe « post-rock » avec le « post » barré. Un petit clin d’oeil sans prétentions à Lacan, plutôt que d’en rajouter et de mettre « post-post-rock » ou ce genre de trucs.... Un peu comme les « post-rock... mais presque » de nos affiches de concerts . C’est pas forcément un pied de nez, juste un besoin de dire qu’on veut faire de la MUSIQUE avant tout.

IR : Les guitares sont assez proche du son floydien d’Atom heart Mother, non ?

YS : Mmmh, c’est pas bête. C’est vrai que dans mon cas, j’aime bien rapidement me référer à cette période là du « son Gilmour »...

IR : Quel genre de disques passaient le plus pendant l’enregistrement ?

YS : Des disques qui sonnent bien ! On a pas mal écouté le boulot d’Albini sur les Pixies ou Nirvana, le dernier Herman Düne, quelques Nigel Godrich... On a essayé de se rapprocher de ce son là, même si on partage pas tous les points de vue musicaux de ces groupes ou de ces producteurs... C’est marrant, je m’étais promis de pas craquer, mais finalement j’ai acheté pendant l’enregistrement un Beyer MC 60 (micro pour enregistrement de guitare principalement utilisé sur In Utero), et finalement le groupe a refait toutes les parties de guitares avec ce micro. Ça te fera une petite anecdote !
Sinon, le titre éponyme a un peu puisé dans le TNT de Tortoise, mais surtout dans le Gainsbourg de Requiem Pour Un Con ; Cortès, c’est en quelque sorte notre version de trucs comme GrandMaster Flash, Cowboys Don’t Cry, ça ressemblerait plutôt à du Graham Coxon manqué, Loisirs Sports Détente se rapprochant des Liars ou d’un Animal Collective qui ne sonneraient plus...(rires)

FF : Finalement, je me demande si c’est pas les arrangements de Histoire de Melody Nelson qui constituent la plus grosse influence de cet album. Quand je réécoute nos morceaux, je trouve vraiment que c’est le repère le plus marquant...

IR : Une petite pensée, un mot pour les lecteurs de Inside Rock ?

YS : Rappeler notre démarche, peut-être ... On a mis notre musique en libre téléchargement sur le net, pour qu’elle se diffuse, ce qui est vraiment le plus important pour nous. Nos deux albums sont disponibles gratuitement sur le site www.amicale-underground.org. Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez toujours vous procurer ce très bel objet qu’est la pyramide designée par Denis, via le même site et un petit chèque, qui nous permettra... d’enregistrer d’autres disques !

IR : Qui se dévoue pour le mot de la fin ?

FF : Vas-y, toi !

YS : « C’est quand on pique son chien qu’on dit qu’il a la rage ».

FF : Pas mieux !

Inside Rock et Ramblin’ Man remercient Rien pour cet aimable entretien.



Vos commentaires

  • Le 11 septembre 2012 à 18:04, par Lee R. En réponse à : Rien

    Merci pour cet entretien avec ce groupe passionnant, que je découvre seulement, mais il n’est pas encore trop tard ! « Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir » est déjà un album majeur dans mon expérience d’auditeur et de musicien.

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