Portraits
New Order, dreams never end

New Order, dreams never end

par Oh ! Deborah le 4 janvier 2011

Naissance et meilleures chansons de New Order.

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New Order fait partie des groupes incontournables aux œuvres imparfaites. L’art d’écrire une chanson se heurte souvent aux expériences nouvelles et propres au tournant d’une époque. Logiquement, New Order, en tant que premiers anglais à faire de la pop électronique en 1981 (aux cotés de Human League ou Cabaret Voltaire), sont capables du meilleur comme du pire et sont en partie responsables des groupes dance totalement pourraves et éphémères des débuts 90’s. Les pires horreurs innommables commises par New Order sont entre autres Sub Culture (voix-karaoké, synthé Coronna), Shellshock ou pire, Fine Time (ouvrir un album,Technique en 1989, avec ça n’est pas autorisé...). Jusque là, on aurait plutôt envie de se repasser Atrocity Exhibition. Mais passons.

A l’écoute de leurs cinq albums sortis dans les années 80, des chansons se détachent très distinctement, pour graver un moment, une époque, un esprit. On y revient et toujours, elles demeurent. Des éclairs de génie, des comètes qui ne s’éteindraient jamais. Ce contraste, entre chanson pop et électronique, entre tradition et inventivité, est notoirement mis en jeu chez New Order, et représenté par la pochette de Power Corruption and Lies, qui nous invite à juxtaposer l’ancien et le nouveau monde. Et c’est lorsqu’ils rendent cette cohabitation musicalement possible que New Order fait le plus de miracles.

New Order se forge très vite une identité purement musicale, pas de message au-delà, un no-look total qui ferait passer Kurt Cobain pour un grand couturier, aucune photo sur les pochettes (parfois pas le nom du groupe, seulement le numéro du produit Fact.), juste des visuels formels et basiques, des « emballages » qui révèlent un monde factice vu par Factory Records et plus précisément le designer Peter Saville. A ce titre, voir l’analyse de la pochette du maxi Blue Monday. Une volonté de simplifier les apparences, de s’inscrire dans une esthétique à la fois simple, précise et marquante, formant à elle seule l’univers spontané de New Order, qui, autrement que par son sobre univers musical, ne fait pas parler de lui. Et tant qu’à faire, le groupe décide d’emblée de ne pas inclure ses singles dans les albums.

Vu sous cet angle, on a là un groupe « indé ». Le plus indé des groupes populaires, et donc loin des clichés élitistes. Si New Order conçoivent une certaine éthique, rendue possible uniquement grâce à la Factory, et s’ils n’agissent pas exactement dans le sens des majors, ils se comportent néanmoins de façon simple et festive, créant rapidement des hymnes mélodiques et accessibles qui s‘inscrivent aux sommets des charts britanniques.

Issu d’un milieu prolétaire et d’une petite sphère garage-punk (Warsaw) à Manchester, la formation passe d’un mode DIY quasi révolutionnaire en matière de production et de représentation musicale (Joy Divsion) à un groupe pop et populaire (New Order), tout cela en quatre ans. Quelque chose nous (leur ?) échappe. Car s’il y eut le mystère Joy Division et toutes les circonstances de cette fusion inimaginable, il y eut un tout autre mystère New Order. Alors que Ian Curtis disparait en mai 1980, le groupe se relève et triomphe instantanément, totalement nouveau et divertissant. New Order s’empresse de composer de nouvelles chansons, fait des concerts en juillet 1980 et accueille la petite amie de Stephen Morris (batteur) aux claviers à la fin de l’année, sans jamais surfer sur le culte morbide d’un chanteur suicidé. L’illusion que de Joy Division à New Order, deux univers diamétralement différents, il n’y a qu’un pas.

Ceci laisse penser à la fois que Ian Curtis faisait, en grande partie et parfois malgré lui, l’identité du groupe, et que les autres membres étaient capables d’avoir une démarche artistique différente et tout aussi respectable, ce qui est plutôt rare au sein des groupes de rock. Il n’est pas question d’imaginer le sort de Joy Division si le leader avait été encore vivant. Par nature, les membres du groupe, beaucoup moins torturés que Ian Curtis (aux vues des différents documents, il s’agit même d’un décalage flagrant entre lui et eux) et dégoutés d’avoir loupé la tournée américaine à cause du décès, ont donc préféré laisser le point noir sur un ancien tableau et écrire une nouvelle histoire. Il était ainsi convenu au sein de Joy Division de ne pas continuer sous le même nom de groupe, si un des membres disparaissait.

Après un séjour de New Order à New York et la découverte de différentes musiques électroniques, une transition s’opère et s’incarne de façon évidente dans les premières compositions du groupe, notablement sur le single Everything’s Gone Green (décembre 1981). Celui-ci débute sur quelques secondes d’une basse rauque et répétitive rappelant l’album Closer, rapidement déviée par une tournure entrainante qui préfigure la dance music. Un nouveau départ qui est aussi incroyablement personnalisé dans les toutes premières notes du bien nommé Dreams Never End, premier morceau sur Movement (premier album de New Order, 1981). Même si l’album recèle encore de sonorités glacées (il est produit par Martin Hannett, producteur des deux albums de Joy Division) et que Bernard Sumner (guitariste de Joy Division et chanteur de NO) s’octroie un ton plutôt grave par réflexe, de nouvelles tournures s’engrangent, et surtout, de nouveaux singles improbables tels que Ceremony (mars 1981, sublime et dernier morceau dont les paroles sont écrites par Curtis), ou encore Temptation (mai 1982). Si on y ajoute Age Of Consent et Leave Me Alone (Power, Corruption and Lies, 1982) on remarque nettement qu’elles ont toutes une même vigueur, une fuite commune et irrésistible, une tendance à définir clairement les contours de nouveaux horizons teintés de cette nostalgie légère tellement propre à New Order.

Ces compositions sont toutes des chef d’œuvres de la pop. A cela peuvent s’ajouter quelques balades kraftwerkiennes et planantes du genre Your Silent Face (Power, Corruption and Lies) ou Elegia (Low-Life, 1985), parfaites plages ambiantes et hypnotiques.

Une résurrection, dont la plus saisissante illustration est Blue Monday (1983), plus kitsch (puisqu’exclusivement synthétique) mais cataclysmique pour l’électronique ou tout simplement pour la musique populaire de Grande Bretagne (meilleure vente de maxi de l‘histoire, ce qui obligera la Factory à mettre des stickers « DOES NOT CONTAIN BLUE MONDAY » sur la pochette de l’album Power Corruption and Lies). Une nouvelle brèche s’ouvre rapidement, soutenue par la Hacienda (célèbre club de Manchester dirigé par Tony Wilson et bientôt par les membres de NO), ainsi de nouveaux tubes synthétiques voir house vont naître. De toute évidence, c’est durant cette période que New Order va publier le plus de grossièretés. Rappelons que la voix de Bernard Sumner n’est pas exactement séduisante, tant au niveau du timbre que de la justesse (écouter Age of Consent, pourtant magique…), que New Order use de sons parfois superficiels et caoutchouteux, sans oublier des textes volontairement ordinaires, une poignée de chansons un peu banales ainsi que leur fameuse image sans fioriture. Et pourtant. Quelque chose d’universel, d’attachant et de symbolique entoure le groupe ainsi que certaines chansons (en prenant les plus kitschs) mélodiquement jouissives telles que Bizarre Love Triangle ou A Perfect Kiss. Totalement datés, ces tubes contiennent une essence pop, une structure évidente et bien construite ainsi que des ambiances aussi divertissantes que nostalgiques. En ne faisant rien d’extraordinaire ni de tellement étudié, le groupe tisse son langage, un langage commun et vivant. Et surtout, il créé parfois des mélodies intemporelles, touchées par des sentiments simples, ainsi qu’un style global reconnaissable entre mille, en partie basé sur le jeu de basse mélodique, claire, dansant, le son unique de Peter Hook.

New Order est alors un des seuls groupes commerciaux des années 80 à faire des chansons de qualité. En jouant sur les deux terrains (popularité assumée et indépendance) avec une certaine cohérence, New Order est un groupe fédérateur et essentiel de cette époque, avec un public complètement hétéroclite. Encore aujourd’hui, tout le monde aime bien les mecs de New Order (n’exagérons rien), de Télérama à L’Equipe (Manchester oblige) en passant par Inside Rock.

— Petite sélection personnelle des meilleurs titres de New Order (dans le désordre) :

Temptation*, Ceremony*, Blue Monday*, Age Of Consent, Dreams Never End, Leave Me Alone, The Village, Your Silent Face, A Perfect Kiss*, Bizarre Love Triangle*, All Day Long, All the Way**, Love Vigileantes, Elegia, Dream Attack, Vanishing Point, Truth, The Him, Murder*, Procession*.

* Les versions de la compilation Substance 1987 sont vivement recommandées.
** Jumelle de Just Like Heaven des Cure.


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