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Not Accepted Anywhere

Not Accepted Anywhere

The Automatic

par Aurélien Noyer le 9 janvier 2007

2

paru le 19 juin 2006 (B-Unique Records)

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Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais autour de l’année 2001, au moment où le rock est revenu sur le devant de la scène médiatique grâce à des groupes comme The Strokes, The Vines, The Libertines, The White Stripes, pas mal de monde (notamment les amateurs de rock les plus âgés et souvent les plus réactionnaires) s’étaient gaussés de cette vague de groupes en « The », arguant que ce n’était qu’une mode passagère qui s’évanouirait dans le néant, entraînant avec elle ses représentants. Mais les Cassandre ont eu tort. Nous sommes en 2006 et la vague des groupes en « The » continue à amener sur le rivage du rock de nouveaux groupes : on aura eu The Rakes, The Others, The Kooks, The Zutons et voilà qu’arrivent The Automatic, fraîchement débarqué du Pays de Galles avec son premier essai, Not Accepted Anywhere.

Bien que peu représenté dans le rock britannique, le Pays de Galles a tout de même fourni à la cause quelques-uns de ses meilleurs soldats : on pense à John Cale, Badfinger, Manic Street Preachers ou Super Furry Animals. C’est donc quelque part au milieu de ce pays très pop qu’ont grandi les quatre jeunes gens de The Automatic. Alors forcément, lorsqu’on se demande à quoi ressemble leur musique, le terme « pop » vient immédiatement à l’esprit (bien qu’eux-mêmes décrivent leur musique comme de « l’electro-disco-metal-rock »)... Pas de la pop à la Britney Spears, bien sûr... Plutôt une sorte de britpop bâtarde entre Pulp, Blur, Kaiser Chiefs et Keane (pour les côtés les plus énervants du groupe). Alors forcément, le problème d’un tel croisement, c’est qu’il est capable de trousser des mélodies efficaces et accrocheuses (le côté Pulp/Blur, même si on est loin du niveau de Jarvis Cocker et de Damon Albarn) tout comme des titres horripilants et qui agacent à la première écoute (You Shout You Shout You Shout You Shout en est un très bon exemple). Du coup, on a vraiment affaire à un album assez médiocre, qui ne parvient pas à décoller réellement, notamment à cause d’effets électroniques totalement superflus et qui engluent le songwriting. Ainsi, la chanson Recover (et ce n’est pas la seule) aurait sans doute mérité une production plus fluide, libérée d’un beat définitivement trop rigide. La faute incombe également au batteur dont le jeu monolithique (peut-être dû aux influences « disco » dont ils se vantent) est un poids mort pour les autres.

En plus de ça, The Automatic cumule un autre handicap : une voix (vraisemblablement celle du clavier, Alex Pennie) perdue dans les aigus et criarde qui s’incruste en arrière-plan de quasiment toutes les chansons et atteint souvent l’insupportable et surtout l’inutile, ce qui est sans doute pire. On se demande décidemment ce qu’avaient The Automatic dans la tête quand ils ont enregistré cet album. Il y a donc deux hypothèses : soit ils ont été mal conseillés par leur producteur qui est alors une vraie baltringue, soit ils ont vraiment voulu ces arrangements foireux (effets electro mal maîtrisés, batterie mécanique et backing vocals irritants) et dans ce cas-là, ils ont vraiment mauvais goût. Personnellement, je penserais plutôt pour la deuxième solution.

Cela dit, tout n’est pas à jeter dans l’album et c’est presque dommage, tant j’aurais préféré que Not Accepted Anywhere soit un album réellement mauvais. Au lieu de ça, on a un album de britpop standard de plus avec ses deux ou trois chansons correctes ou, du moins, efficaces qui serviront de singles à l’album, le reste n’étant que du remplissage sans éclat ni saveur. Mais vu le succès de cette « formule » (Monster est devenu le générique du Grand Journal de Canal +), il y a peu à parier que les labels accepteront de la remettre en cause. Il faut donc s’attendre à trouver dans les prochains mois d’autres avatars, d’autres groupes dont on sent qu’ils ont été signés trop tôt, avant qu’ils aient eu le temps de se forger un répertoire et une personnalité dignes d’un album. Ajoutez à cela une production sans doute bâclée dans le but de rentabiliser l’investissement au plus vite et vous obtenez un album comme Not Accepted Anywhere, dans toute sa flagrante médiocrité. Alors The Automatic a beau jeu de chanter « So much trash on the radio today » sur You Shout You Shout You Shout You Shout, il n’empêche qu’à l’heure actuelle, la véritable plaie radiophonique, c’est la profusion de ces groupes trop vite catapultés sur les ondes avec un ou deux singles sympatoches mais pas de véritables compositions. La plaie, ce sont les groupes comme The Automatic... Et ceux qui prévoyaient une mort rapide pour tous ces groupes en « The » se seront trompés. Au lieu de cela, on assiste plutôt à une lente dilution dans la banalité, les formules et les redites. Et The Automatic n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette agonie.

Cela dit, la pochette de l’album avec la petite BD qui occupe l’intérieur du livret est pas mal du tout, bien qu’un peu sybilline.



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Tracklisting :
 
01. That’s What She Said (3’15")
02. Raoul (3’53")
03. You Shout You Shout You Shout You Shout (3’06")
04. Recover (2’52")
05. Monster (3’41")
06. Lost At Home (3’26")
07. Keep Your Eyes Peeled (3’01")
08. Seriously... I Hate You Guys (3’27")
09. On The Campaign Trail (3’01")
10. Team Drama (3’13")
11. By My Side (3’46")
12. Rats (3’39")
 
Durée totale : 40’26"