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Weezer (The Blue Album)

Weezer (The Blue Album)

Weezer

par Parano le 8 avril 2008

Paru le 10 mai 1994 (DGC)

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Mai 1994. Un mois après la mort de qui vous savez, Geffen sort un album discret, qui va rapidement consoler les kids, et mettre un vent au Live Through This de la veuve joyeuse, Courtney Love Cobain. Un album qui va se vendre à plus de 3 millions d’exemplaires, et décrocher la 4ème place du billboard. Un album bleu, sobre, contrepoint parfait à la noirceur grunge, résurgence inespérée de la power pop naïve et légère. Cet album, c’est le « Blue » de Weezer. Aux commandes, quatre nerds au look improbable, sans autre charisme que leur musique. Sur la pochette, on peut découvrir leur tronche d’étudiants ringards, à mille lieux des poses ébouriffées et des mimiques sexuelles, auxquelles le rock nous a habitué. Le groupe est à l’image de son leader, Rivers Cuomo, compositeur introverti, fan de Kiss, de Quiet Riot, et des Pixies.

Mais, soyons sympa, rembobinons la bande du Weezer History, jusqu’au 14 février 1992, date officielle de la création du groupe. Rivers Cuomo a posé ses valises (légères) à Los Angeles depuis 3 ans. Il a quitté New York pour devenir une star, et s’est entouré de musiciens solides : Patrick Wilson à la batterie, Matt Sharp à la basse, et Jason Cropper à la guitare. Après quelques concerts, sans grand succès, le groupe enregistre The Kitchen Tape, une démo artisanale, qui atterrit sur le bureau des gros pontes de l’industrie du disque. A&R flaire le bon coup, mais c’est Geffen qui remporte le morceau. Le 23 juin 1993, Weezer signe un contrat avec le label de Nirvana et Sonic Youth.

Le temps de choisir un producteur (ce sera Rick Ocasek, ancien leader du groupe New Wave The Cars), et le groupe s’enferme dans les locaux de l’Electric Lady Studio, à New York. Un grand album doit nécessairement comporter une part de mystère, une péripétie ésotérique, ou, du moins, une bonne engueulade. Ici, c’est le départ, toujours inexpliqué, de Jason Cropper, qui entoure le Blue d’une aura dramatique. Le guitariste est rapidement remplacé par Brian Bell, bassiste (!!) de Carnival Art. Il semble que le Padovani de Weezer soit resté en bons termes avec le reste du groupe, puisqu’il sera présent au mariage de Cuomo, douze ans plus tard. Quoi qu’il en soit, la participation de Cropper à l’album se résume à un crédit pour l’intro de My Name Is Jonas. Toutes ses parties de guitares sont réenregistrées par Rivers himself. Sa voix disparaît également, remplacée par celle de Brian Bell. C’est ce qu’on appelle sauter du train en marche.

Les sessions s’étalent d’août à octobre 1993. Le premier boulot d’Ocasek, est d’évaluer les compositions. Dégraisser l’une, étoffer l’autre, bref, faire le tri, pour ne retenir que le meilleur. 14 titres sont ainsi couchés sur bande en pré-production. Trois passent aussitôt à la trappe : Lullaby For Wayne (trop proche de Surf Wax America), I Swear It’s True, et Getting Up & Leaving, jugés trop faiblards. Sur les 11 titres retenus, seul Mykel & Carli restera inachevé, faute de temps. Il sera réenregistré courant 94, et deviendra une B-Side très prisée des fans. Cette chanson, composée en hommage à deux sœurs, fans hardcore du groupe, connaitra un destin funeste : Mykel et Carli se tueront en effet dans un accident de voiture, en juillet 1997, en suivant la tournée américaine du groupe. L’hommage se fera alors posthume.

Dans le studio new-yorkais, le travail avance vite. Chaque chanson est jouée 4 ou 5 fois. Ocasek sélectionne les meilleures pistes de batterie, n’hésitant pas à coller les bandes entre elles. Ensuite, la basse, les guitares, et le chant sont réenregistrés, selon une technique très prisée des Beatles. Pour parfaire les harmonies vocales, Weezer s’est mué en Barbershop quartet (groupe de chanteurs a capella, comprenant soprano, basse, ténor, et baryton). Le résultat est probant, et la voix de fausset de Matt Sharp vient parfaitement soutenir les lead vocals de Rivers Cuomo. My Evaline, tirée des sessions « Barbershop », sera publiée sur le single Undone. Justement, ce titre phare de Weezer inquiète les juristes de Geffen. Le collage sonore qui sert d’introduction, où l’on reconnaît, entre autre, Humphrey Bogart et les Peanuts, pose un problème de droit. Pour le remplacer, Rivers enregistre la fameuse « conversation de fête » sur son magnétophone, avec les voix de Matt Sharp, et Mykel, soutenues par un bruitage de foule. L’album peut enfin sortir.

C’est chose faite le 10 mai 1994. Les critiques sont bonnes, et Geffen décide de financer un clip, à moindre frais. Le label fait appel à un jeune réalisateur, encore peu connu : Spike Jonze. Le clip, où l’on voit Weezer déjouer sa chanson sur fond bleu, avant que le plateau ne soit envahi par une meute de chiens, plait à MTV. Undone et Weezer commencent à faire parler d’eux. Mais c’est le second clip du groupe, Buddy Holly, qui rafle la mise. Spike Jonze à l’idée géniale d’insérer Rivers, Matt, Patrick et Brian, dans un épisode d’Happy Days. Il met dans le mille. Buddy Holly se retrouve en rotation lourde sur MTV, et le clip remporte 4 prix aux Video Music Awards. Dès lors, la carrière de Weezer est lancée.

The Blue Album s’ouvre sur un arpège délicieusement rétro, rapidement balayé par un mur de guitares, aussi compact qu’un menu super size au Mc Do de Seattle. My Name Is Jonas sonne comme un hymne guerrier. Le genre de truc qui transcende les stades de foot, et fait battre des mains les milliers de fans massés sous la pluie. La force de Weezer est de rendre digestes les mélodies aigres douces à la Beach Boys, coincées entre deux tranches de saturation. Les Ramones, ne sont jamais loin. Les Pixies non plus. Sur No One Else, on imagine Rivers gratouillant sa guitare acoustique dans une chambre bordélique, caressant quelques harmonies faussement évidentes, avant de tripler le tempo lors des répétitions avec son groupe. La recette n’est certes pas révolutionnaire, mais elle a produit quelques-uns des chef œuvres de la musique populaire. The World Has Turned and Left Me Here est probablement le titre le plus sous-estimé du répertoire de Weezer. Il est co-écrit par Pat Wilson, le batteur débonnaire, mais aurait pu l’être par McCartney, sans que personne ne s’offusque. Les harmonies vocales sont ciselées comme jamais, et on comprend pourquoi ce titre n’a jamais été un must en concert. Trop difficile à chanter. Vient ensuite le bulldozer Buddy Holly, indissociable de la dégaine petite frappe de Fonzy, grâce au clip de Spike Jonze. Il est cool Fonzy ? pas autant que Weezer ! grosses guitares, aux accents hard rock, pour évoquer l’icône aéroportée des 50’s, il fallait oser. Il est temps de s’en rouler un sur Undone. Laissons passer l’intro, bla bla bla, avant d’être porté par la nonchalance électrique de Rivers. Ce titre fonctionne comme My Name is Jonas, sauf qu’ici, les guerriers font tourner.

Ensuite, Weezer lève un peu le pied. Il faut savoir négocier les virages, et la principale qualité de Surf Wax America, c’est certainement son titre. Le genre de morceau qu’on est fier de balancer en concert, mais sur disque, c’est une autre histoire. On notera tout de même l’incursion Barbershop entre deux pilonnage de caisse claire. Quant à savoir pourquoi le groupe a préféré cette chanson à Lullaby For Wayne , ça reste un mystère. On leur pardonne tout avec le titre suivant : Say It Ain’t So. Une des meilleures chansons rock jamais écrite. Un éclair de génie, à la rage contenue. On en frissonne. Après un tel choc, l’album termine sa course en roue libre. In The Garage, c’est un peu le Garageland des Clash. Weezer claque ses valeurs à la face du monde, avec l’espoir secret d’être compris. Holiday (après les Clash, les Sex Pistols ?) fleure bon le coupé cabriolet, les drive-in et le bal de fin d’année. Sympa et décalé. La fête s’achève sur la basse lancinante de Only In Dreams. Les deux pieds sur le frein, le tempo ralenti, et le temps passe à l’orage. Les guitares pèsent de tout leur poids, pour nous faire ressentir l’oppression d’un amour virtuel. Les fans raffolent du final de cette chanson : une lente ascension chromatique, qui culmine dans une explosion de sperme (de quoi d’autre, sinon ?). Il ne manquait plus que la masturbation pour achever l’évocation bruyante d’une Amérique fantasmée. Celle de Marty Mc Fly plutôt que celle de Kerouac, mais qu’importe. Quand c’est bon, on chipote rarement.

A noter : une édition « Deluxe » du Blue Album est sorti le 23 mars 2004. Cette édition offre aux fans un CD supplémentaire (Dusty Gems and Raw Nuggets), composé de B-sides, de lives, et de raretés.



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Tracklisting :
 
1- My Name Is Jonas (3’24’’)
2- No One Else (3’04’’)
3- The World Has Turned and Left Me Here (4’19’’)
4- Buddy Holly (2’39’’)
5- Undone - The Sweater Song (5’05’’)
6- Surf Wax America (3’06’’)
7- Say It Ain’t So (4’18’’)
8- In the Garage (3’55’’)
9- Holiday (3’24’’)
10- Only in Dreams (8’00’’)
 
Durée totale : 41’17’’