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Petite ode aux disquaires...

Petite ode aux disquaires...

par Aurélien Noyer le 16 avril 2011

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Aujourd’hui, 16 avril 2011, c’est le « Disquaire Day » ou, si vous détestez cette expression franglaise particulièrement moche et digne d’un animateur de Fun Radio, « Record Store Day ». Il s’agit donc de célébrer les disquaires indépendants. Pour l’occasion, plusieurs artistes (Gorillaz, Foo Fighters, My Morning Jacket et tous ceux listés ici) sortent ou ressortent des albums collectors, vendus uniquement chez des disquaires indépendants. On remarquera la très forte proportion de vinyles, ce qui est assez logique quand on sait que le vinyle est passé en 3 ans de 15 à 70% du chiffre d’affaire de certains disquaires, d’après le président du Calif.

L’idée d’une opération qui permet à la fois de faire rentrer de l’argent dans les caisses des disquaires (aux USA, le Record Store Day a généré plus de chiffre d’affaire que la période de Noël) et de forcer les amateurs à retourner chez un disquaire pour trouver l’objet rare est évidemment de fort bon aloi. Profitons-en donc pour rendre un petit hommage aux disquaires... en commençant peut-être par rappeler que les difficultés des disquaires n’ont rien à voir avec le téléchargement illégal mais qu’elles sont bien antérieures et datent de l’avènement des grandes surfaces culturelles que sont la FNAC ou Virgin, qui sont parmi les premiers à se plaindre du téléchargement illégal.

Personnellement, j’y vois une sorte de justice, presqu’un retour de bâton karmique, dans la mesure où ces mastodontes sont ravis d’accepter n’importe quelle merde pour alimenter leurs gigantesques rayonnages. Vous imaginez un disquaire mettre René la Taupe en vitrine, vous ? Les disquaires pouvaient donc agir comme garde-fou aux délires de directeurs artistiques pas franchement concernées par la direction proprement artistique de leur label.

Et même si parfois ils étaient forcés de mettre quelques produits peu ragoûtants dans leurs étalages (soit par les clients, soit par la pression promotionnelle des labels), ils pouvaient en général conseiller leurs clients, partant du principe que le conseil est une valeur ajoutée permettant de fidéliser un minimum la clientèle... Bien sûr, il ne s’agit pas de faire du rentre-dedans pour obliger n’importe quel client à acheter quelque chose, mais de faire en sorte que quelqu’un qui hésite entre deux disques (et qui n’en achètera qu’un seul) reparte avec celui qui le satisfera le plus.

Transposez maintenant cette situation à l’heure d’Internet et comparez. D’un côté, vous êtes dans une FNAC avec vos deux albums entre les mains, vous ne savez pas lequel choisir et ce n’est pas les pathétiques bornes d’écoute qui vont vous aider... il y a de fortes chances que vous ne préfériez pas tirer au hasard et que vous décidiez de n’en acheter aucun pour télécharger les deux. Du moins, c’est ce que je ferais ! De l’autre, vous avez en face de vous quelqu’un qui vient de vous expliquer pourquoi vous devriez acheter ce disque-ci et pas l’autre. Non seulement vous avez des arguments un minimum éclairés pour faire votre choix, mais en plus, vous vous voyez difficilement dire à la personne en face de vous « merci bien, mais finalement, je ne vais rien acheter », avec tout ce que cela implique à l’heure d’Internet : en gros, « t’es sympa, je t’ai bien écouté, maintenant je vais rentrer chez moi et fouiller The Pirate Bay et RapidShare ». Et puis, il y a de fortes chances pour que vous écoutiez ce disque plus de fois que n’importe quelle piste de la célèbre compilation Groupe_ayant_sorti_une_chiée_d’albums_Complete_Discography.torrent.

Mais alors, nos merveilleux disquaires seraient-ils la solution-miracle à la terrible Crise du Disque ? Si on entend par là qu’ils pourraient faire revenir le chiffre d’affaire des labels aux niveaux historiques de 2002, évidemment que non ! Mais si on considère que la diminution du CA de l’industrie musicale correspond plus à l’éclatement d’une bulle, à la diminution de volume d’un marché qui était sur-exploité, sur-évalué et qui reprend donc sa taille légitime, alors les disquaires sont sans doute une partie de la solution permettant au marché du disque de retrouver un modèle économique pérenne. Et même si j’idéalise sans doute la réalité du boulot des disquaires, vingt disquaires dont seulement trois vraiment bons seront toujours plus bénéfiques qu’une seule FNAC.

En attendant, si vous êtes intéressé par l’idée d’aller récupérer un ou deux inédits, la liste des disquaires participants se trouve sur le site du Disquaire Day.



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