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Considérations sur une chronique de The King Of Limbs

Considérations sur une chronique de The King Of Limbs

par Aurélien Noyer le 18 février 2011

Disclaimer : cet article n’est pas une chronique de The King Of Limbs, mais une réaction à la chronique de Thomas Burgel parue le 18 février 2011 sur le site des Inrocks. Si vous cherchez un avis sur l’album, passez votre chemin, je ne l’ai pas encore écouté...

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Vu que c’est le buzz du moment, je pense que vous en avez entendu parler. Le nouvel album de Radiohead est sorti... aujourd’hui même... vendredi 18 février 2011. Dès lors, la toile s’est naturellement enflammée à la recherche des mp3s fatidiques qui lui permettront de découvrir le nouvel opus du groupe et dont on échangera les liens sur Facebook ou Twitter. C’est donc dans cette agitation qu’apparait dans mon Google Reader un article des Inrocks intitulé Radiohead, The King Of Limbs : tout ça pour ça ?? Dès lors, je m’étonne... une critique de l’album, déjà ?! Cette vélocité est en soi suffisament intriguante pour qu’on aille y jeter un oeil.

Bon, n’y allons pas par quatre chemins. L’article est très mauvais.

Il commence par des considérations stériles sur le business-model de Radiohead qui se résument à « c’est cool, l’idée de se passer d’intermédiaires... mais bon, en même temps, faut aussi penser aux petits magasins de disques... et puis même, les majors c’est des emplois et des petits coeurs qui battent (sic) », en passant par un manque total de rigueur intellectuelle permettant d’associer la démarche de Radiohead à celle de Méluche puis d’invoquer les mânes de Hannah Arendt pour annoncer que ces démarches mênent au totalitarisme. Et il se conclue par un compte-rendu ultra-minimaliste et purement subjectif... bref, sans aucun intérêt lorsque n’importe qui peut télécharger lui-même l’album et se faire son propre avis.

N’eût-il contenu que ces deux parties-là, l’article aurait été un mauvais article de plus sur la toile, pas de quoi se lever la nuit, et le lecteur aurait pu à juste titre m’accuser de faire de l’Inrocks-bashing primaire.

Sauf que... entre les deux parties décrites précédemment, l’auteur s’est trouvé pris du besoin de se justifier, d’expliquer pourquoi il a décidé d’écrire et de publier cet article. Et s’il s’éloigne carrément de la chronique du disque, l’article soulève, bien malgré lui, des points intéressants. Mais avant toute chose, je me permets de recopier le paragraphe en question.

« Même chose pour nous, médias et journalistes. Quelques évidences. Nous avons, industriellement, besoin de Radiohead. Tout comme Radiohead a besoin de nous : pas de phénomène sans relais, pas d’audience sans phénomène. On rabâche du Radiohead depuis lundi ? C’est ce que vous voulez, c’est donc ce dont nous avons besoin –et ça tombe bien, c’est aussi notre métier. Une chronique du disque, presque aussi vite qu’il est mis à la disposition du monde entier ? Nous le devons, vous le voulez, aussi. Pas simple, mais impératif : au même point que tous, on doit juger en quelques heures d’un disque qui prendra peut-être une forme très différente, en positif ou négatif, dans les prochains jours ou semaines. »

A priori, ça commence pas mal. les médias et les journalistes ont besoin de Radiohead (entre autres) pour avoir des sujets d’articles. Mais déjà, la réciproque demanderait une nuance... Radiohead, ou un quelconque autre groupe, a-t-il vraiment besoin des médias et des journalistes ? Certes, ces derniers relaient à grande échelle des informations et permettent aux artistes de toucher des publics assez larges, mais on constate de plus en plus que l’influence de ces médias diminue régulièrement et, comme le remarquait récemment Télérama, il ne suffit plus de s’assurer la Une de la presse culturelle pour faire de bonnes entrées ou vendre beaucoup de disques.

Sur ce point-là, je veux bien avouer que je pinaille un peu, mais attendez... c’est ensuite que ça devient intéressant, quand l’auteur déclare de but en blanc que les lecteurs veulent que les Inrocks (et probablement la presse en général) rabâchent du Radiohead depuis lundi et qu’ils veulent une chronique de disque disponible en moins de quelques heures, fût-elle complètement à côté de la plaque... ça en serait même « impératif ».

Je suis bien conscient que de publier un tel genre d’article en plein buzz doit générer un très grand nombre de visites supplémentaires (j’ai moi-même contribué à ces visites) et je n’aurais eu aucun problème si l’auteur nous avait expliqué que le fait d’augmenter l’affluence sur le site est un argument suffisant pour mettre en ligne un article aussi mauvais. C’eût été d’une franchise irréprochable. Mais prétendre que cela répond à une demande de ses lecteurs témoigne d’un mépris profond du lectorat... en effet, cela ne revient même pas à croire que les lecteurs ne verront pas la vacuité de l’article en question (l’auteur lui-même avoue qu’il faudrait du temps pour faire une chronique digne de ce nom) mais carrément à postuler que les lecteurs ne demandent rien d’autre que de lire un mauvais article, guère différent d’un post sur un quelconque forum. On peut aussi rappeler que l’accès à l’article étant gratuit, une forte affluence ne suffit pas pour supposer que l’article correspond à ce que demandaient les lecteurs... comme disait mon prof’ de Maths Sup, « cela va sans dire... mais mieux en le disant. »

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le culte du buzz, de l’audience, du page-rank et de la vélocité qui frappe le web culturel et surtout sur son impact sur la qualité des articles proposés (l’article en question en est un bon exemple) et on pourrait même porter un regard nuancé qui comprendrait le choix qu’ont fait certains de vivre de leurs écrits avec tout ce que cela entraîne de besoin de recettes publicitaires, donc d’audience, donc de compromis. Mais lorsque je lis un journaliste (des Inrocks, en l’occurence, mais on aurait pu lire un article similaire dans quantité d’autres webzines ou blogs) qui n’ose pas assumer la qualité de ses articles et tente de se justifier en accusant son lectorat de demander des mauvais papiers, je me dis que la presse culturelle mérite réellement de mourir à petit feu, la culture n’y perdra pas grand chose.



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