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Playlist rap US années 90

Playlist rap US années 90

par Emmanuel Chirache le 17 mai 2010

Parce qu’à Inside Rock nous ne sommes ni snobs ni Nabe, voici une petite playlist rap s’étalant de la fin des années 80 à la fin des années 90. Une époque où cette musique en pleine explosion commerciale et artistique passe peu à peu du statut de prolétaire révolutionnaire à celui de vieux bourgeois réac’, des dollars plein les poches et une pute à chaque bras. Un temps béni finalement, où le rap devait encore tout prouver et tout inventer à la fois.

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Magic Number - De La Soul (3 Feet High And Rising, 1989)

A une époque où le rap commençait à végéter un peu hors Run DMC et Beastie Boys, les De la Soul font partie des groupes qui vont le réveiller. Voilà que les beats sont soudain sautillants, le flow rayonnant : on reste dans la lignée de la soul justement, à savoir une fierté noire ultra positive. Avec 3 Feet High And Rising, le crew donne sa meilleure contribution à l’histoire du rap, jouissive, dansante, bourrée de samples soul et funky.

Real Niggaz - NWA (Niggaz4Life, 1991)

A la même époque, les Niggers With Attitude inventent quant à eux le gangsta rap, vindicatif, violent, rapide. Comme on peut l’entendre, les « niggaz » commencent à fuser de partout, dans chaque titre, chaque strophe, chaque apostrophe. Les deux premiers disques du groupe sont des petites merveilles, des classiques qui brillent par leur vélocité et une production particulièrement léchée pour le début des années 90. Sur ce Real Niggaz, on constate combien chaque MC a de la verve à revendre, sur fond de guitare wah wah et de cuivres samplés délectables. Les querelles d’ego et la bêtise de certains membres des NWA auront hélas vite raison du talent de l’équipe.

The Infamous Date Rape - A Tribe Called Quest (Low End Theory, 1991)

Voici les intellos du rap. Loin du vacarme ambiant, les A Tribe Called Quest se la jouent plus expérimental, plus jazz, plus cool. Le rythme est hypnotique, le phrasé davantage posé, lancinant, tandis que la mélodie est jouée par des synthés, des cuivres ou une basse formidablement jazzy. Le résultat se veut minimaliste mais d’une efficacité redoutable. A l’arrivée, cela donne probablement l’un des cinq meilleurs disques de l’histoire du rap US. Il faut savoir se laisser bercer par les voix tout en subtilité de Q-Tip et ses acolytes afin d’apprécier pleinement cet objet unique et envoûtant.

Jump - Kriss Kross (Totally Krossed Out, 1992)

Enorme tube international pour ce morceau chanté par deux gamins portant leur blouson et leur fute à l’envers (encore une bonne idée du dir com). Bref, au-delà du carton intergalactique, force est de reconnaître l’excellence de ce Jump dansant et survitaminé. Au micro, les deux boutonneux assurent carrément, en tout cas mieux que Jordi, et on serait bien bête de bouder une réussite pareille. Bien sûr, on n’entendra ensuite plus jamais parler d’eux.

Know The Ledge - Eric B. & Rakim (Don’t Sweat The Technique, 1992)

Plus funky tu meurs. Le morceau commence sur les chapeaux de roue, emmené par une basse virevoltante, instrument caractéristique du rap de ces années-là, et une boîte à rythmes déchaînée. Mais il ne faut pas attendre bien longtemps avant d’entendre le flow dévastateur des deux comparses Eric B. et Rakim, suivis par quelques cuivres, flûtes et scratchs de bon aloi. A l’écoute d’une tuerie pareille, même Eric Zemmour ou Marc-Edouard Nabe se mettrait à breakdancer sur le parquet de leur appartement cossu en faisant tournoyer leurs maigres gambettes. Agressif et véloce, Know The Ledge est la bande-son idéal pour du street dancing, alors à vos marques...

Fishin’ 4 Religion - Arrested Development (3 Years, 5 Months & 2 Days in the Life of..., 1992)

Un fabuleux disque pour un fabuleux groupe. Rien à jeter en effet sur ce 3 Years, 5 Months & 2 Days etc., opus placé sous le signe du déhanchement et de l’invention musicale. Pas un morceau qui n’ait sa petite originalité, son petit truc à lui. Ici, quelle basse ! Quel beat ! même les scratchs s’apprécient sans rechigner, c’est dire la qualité de la bestiole. Les voix rayonnent un peu partout pendant la chanson, la mélodie est au rendez-vous, et le final termine de nous mettre par terre devant autant de talent. Album à posséder absolument.

The Good, The Bad (Le bien, le mal) - Guru et MC Solaar (Jazzmatazz vol.1, 1993)

Souvenez-vous, 1993, MC Solaar en pleine bourre. Le garçon s’est fait connaître grâce au sympathique Qui sème le vent récolte le tempo et s’apprête à sortir sa pièce maîtresse Prose Combat en 1994. Entretemps, il en profite pour rapper en duo avec Guru (ancien de Gang Starr ici en solo) sur cet extrait de Jazzmatazz vol. 1. Fer de lance de la fusion hip hop et jazz, Guru fait péter saxos, trompettes, flûtes et claviers sur ce disque particulièrement apprécié dans une Europe plus fanatique de jazz que le public américain. Le clip nous promène donc de Brooklyn à Paris à travers le métro, les grafitis et les clichés incontournables (Arc de triomphe, pont de Brooklyn). Les deux MCs se renvoient la balle avec une joie non dissimulée tout au long de cette excellente chanson au refrain irrésistible (vive les trompettes !). Après leur collaboration, MC Solaar entamera la partie la plus fructueuse de sa carrière alors que Guru entamera un long déclin. Ce dernier est décédé en avril 2010 des suites d’un cancer.

Catch a Bad One - Del The Funky Homosapien (No Need For Alarm, 1994)

Si vous ne connaissez pas déjà Del l’homo sapiens funky, attendez-vous à découvrir l’un des joyaux méconnus du hip hop. En effet, ce cousin d’Ice Cube n’a rien à envier aux meilleurs représentants du genre. Son No Need For Alarm est une petite perle d’audace au tempo chaloupé, un truc lumineux dont on ne se lasse pas d’écouter les chansons. On a choisi Catch a Bad One et ses violons, sa basse et son flow déterminé, mais on aurait pu tout aussi bien vous faire écouter le génial Don’t Forget ou l’excellent No More Worries, forgé dans le même métal précieux. Oui, Del est vraiment funky et passer à côté de lui serait une monumentale erreur.

Time’s Up - O.C. (Word...Life, 1994)

Tout comme Del, O.C. n’attire pas les foules. Pourtant, son Word...Life affirme un rappeur talentueux à l’image de ce Time’s Up encore une fois articulé autour d’une basse hypnotique ponctuée par des virgules de guitare ou des scratchs opportuns. La basse : décidément incontournable dans cette période où un certain hip hop underground fait dans le minimalisme brut et pourtant superbement funky. 1994 : le rap américain connaît son âge d’or, et les bons albums se multiplient. Profitons-en, ça ne durera pas.

Shimmy Shimmy Ya - Ol’ Dirty Bastard (Return to the 36 Chambers : The Dirty Version, 1995)

Même en dehors du giron du Wu Tang Clan, Ol’ Dirty Bastard garde sa faconde venue tout droit de Brooklyn. Avec son étrange mélodie jouée au piano et la voix singulière d’ODB, Shimmy Shimmy Ya va son bonhomme de chemin pour le plus grand plaisir de l’auditeur. Le disque entier vaut d’ailleurs le détour. Amateur de films de Kung Fu, le rappeur a hélas un peu trop souvent confondu sa vie avec un mauvais polar, puisque sa carrière sera régulièrement interrompue par des soucis avec la justice. En fait, ODB a passé plus de temps au mitard qu’en studio. Tout ça pour finir mort d’une crise cardiaque en 2004. C’est toujours mieux que 2Pac.

No Diggity - BLACKstreet (Another Level, 1996)

Au milieu d’un disque de lovers plutôt casse-couilles, un éclair de génie : No Diggity. Faut-il vraiment présenter l’une des dix meilleures chansons de rap de tous les temps ? Ce titre drague carrément l’auditeur, lui fait les yeux doux, le fait rêver, l’attire dans ses filets pour lui faire l’amour. C’est un coït en musique, une saillie mélodique, du romantisme en sampling. Sur fond de « hmm - hmm »,
les MCs - avec Dr Dre en featuring - enchaînent chacun leur tour sans faiblir, dans une espèce de virtuosité à la fluidité géniale. Pas de doute, on tient ici la plus grande ballade rap jamais composée.

Turn It Up - Busta Rhymes (When Disaster Strikes, 1997)

Comme Ol’ Dirty Bastard, Busta Rhymes possède une voix et un flow reconnaissables entre tous, marque de fabrique personnelle et signature artistique. Nous voici donc en présence d’un Busta au top de sa forme pour un titre parfaitement réussi, ponctué de « haaa ouw », de « turn it up ! » et de cuivres rutilants. La guitare et le synthé plaquent une légère mélodie dansante, tandis que Busta assure un max. Il ne sera sans doute plus jamais aussi bon.

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