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Playlist rap années 2000

Playlist rap années 2000

par Emmanuel Chirache le 14 juin 2010

Dans les années 2000, le rap est devenu une grosse machine commerciale, vidée de son âme et de sa substance. Dans un cortège de pétasses, de rolex et d’autotune, les daubes succèdent aux daubes. Mais tout n’est pas perdu, car la grande révolution de ces années-là passe par l’electro et l’exil. Oui, le hip hop moderne sera international ou ne sera pas. Anglais, Français, Canadiens, Américains et Berlinois ont décidé de copuler joyeusement au-delà des chapelles et des genres. Pour le meilleur, souvent.

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Jaw Gymnastics - Del The Funky Homosapien (Both Sides of the Brain, 2000)

On vous avait déjà dit le plus grand bien de Del l’homo sapiens funky lors de la playlist Rap Us années 90. A l’orée de la décennie suivante, notre ami Del continue de faire des siennes et de s’imposer comme un cador de l’underground américain en sortant Both Sides of the Brain. On ne compte plus les excellents morceaux sur le disque, à l’image d’un Jaw Gymnastics percutant. La mélodie est brute, boîte à rythmes simple et violons tout droit sortis d’une musique de films, le chant volontaire et puissant.

Things You Can Do - Deltron 3030 (Deltron 3030, 2000)

Deux extraits de Del pour le prix d’un. Il s’agit ici d’un supergroupe composé constitué par Del, Dan the Automator et DJ Koala (une coalition de « D »... heureusement que Diam’s était prise ce jour-là). Dotés d’un cerveau, contrairement à la majorité des rappeurs américains, nos amis décident un jour de réaliser ensemble un album concept dans lequel Del évoque une cité futuriste et totalitaire. Critique sociale, humour, ambition sur le fond, inutile de dire que ce ne sont pas Snoop Dog, Dr Dre ou X-Zibit qui sortiraient un truc pareil. Musicalement, le disque est énorme, grâce au flow de Del et aux ambiances de Dan The Automator. On appréciera aussi les superbes scratchs d’opéra effectués par DJ Koala durant tout l’album. Un grand classique méconnu.

Ya’ll Be Warned - Wu Tang Clan (Iron Flag, 2001)

Sur un instru particulièrement monotone qui donne un caractère obsessionnel inquiétant à l’ensemble, le Wu Tang nous offre l’un de ses morceaux de bravoure. Au niveau du texte, rien d’intéressant comme d’habitude (une soupe à l’autosatisfaction à base de « hé nigga, mon flow est meilleur que le tien, je te botte le cul, tu peux sucer ma teub, qui est d’ailleurs plus grosse que la tienne... »). Ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher le génie du Wu Tang, mais bien dans cette transe verbale soutenue par une boucle musicale fabuleuse. On ne s’en lasse pas, et on essaye d’oublier le texte écrit par un enfant à la maternelle.

Fit But You Know It - The Streets (A Grand Don’t Come For Free, 2004)

Gros carton dans les charts, Fit But You Know It est l’œuvre du britannique Mike Skinner, dit The Streets. En bon petit blanc de Birmingham, Skinner a soudain mis du rock dans son rap : guitares punk, accent cockney bidon (on dit « mockney » dans ces cas-là) à trancher au hachoir, ambiance football et fish & chips. Et il y a ce refrain qui part en sucette. Ce n’est pas génial mais c’est franchement agréable.

I Like Cash - Beat Assailant (Hard Twelve, 2005)

En 2005, le rappeur américain Beat Assailant sortait ce single produit à Paris par Maxime Lebidois, brillant arrangeur qui oriente le chanteur vers le jazz et l’electro. Résultat, un titre à la classe distinguée et au swing imparable, démonstration qu’il est possible de mêler les nouvelles technologies aux rap sans tomber dans la caricature (fuck l’autotune). Après ce premier essai, Beat Assailant se tournera vers des ambiances davantage funky tout aussi sympathiques bien qu’un peu monotones.

Ridin’ - Chamillionaire (The Sound Of Revenge, 2005)

Parce que c’est bon de rire, parfois, souvenons-nous de Chamillionaire, l’homme au patronyme de félin fortuné. Le temps d’un single amusant et débilissime, ce 50 Cent du pauvre (25 Cent ?) a connu la gloire de passer sur MTV en boucle. A tel point qu’il sera parodié par le maître du genre Weird Al Yankovic dans un hilarant White And Nerdy (au lieu de « riding dirty »). Score : Weird Al vainqueur par K.O. En 2010, Chamillionaire va sortir un nouveau disque d’où est tiré Good Morning, sorte d’easy listening hip hop.

Do The Swamp - Puppetmastaz (Creature Shock Radio, 2006)

Puppetmastaz, sans doute le meilleur groupe de rap des années 2000, est berlinois. A la réflexion, il n’y a aucun doute là-dessus. Des morceaux variés, des mélodies toujours intelligentes et réussies, un flow énorme, des shows uniques, un concept délirant, du second degré à foison, je vous défie de trouver mieux dans le paysage hip hop. Les sceptiques n’auront qu’à jeter une oreille sur ce Do The Swamp démentiel (osons le mot, parfait) qui cloue au pilori Jay-Z, Eminem, Snoop Dog et tous les autres. Je ne citerai pas de groupes français, restons polis.

Sun Moon Stars - Mos Def (True Magic, 2006)

Quand il est au top, ce qui n’arrive pas tous les jours, Mos Def est irrésistible. La preuve avec ce Sun Moon Stars au tempo jazzy plus que délectable, surtout quand arrivent ces cuivres chaleureux, ce petit solo de trompette, cette flûte traversière sifflant comme un merle. Un « back to basics » fort appréciable. Tiens, c’est marrant, pas d’autotune ou de gros beats electro à la Usher.

Eddy Fresh - Kid Acne (Romance Ain’t Dead, 2007)

Attention, la suite de cette playlist est presque exclusivement anglaise. Pas un hasard, quand on voit les daubes que nous servent les rappeurs US depuis pas mal d’années, à quelques exceptions près. Grafeur à l’origine, Kid Acne a inauguré sa carrière à l’orée de la décennie en sortant le gentil Rap Traffic. Son dernier opus est bien plus réussi, dans une veine funk-rock qui se la joue old school années 80. On reconnaît ici ou là des clins d’œil évidents à Afrika Bambaataa ou KRS One, ce qui n’est pas pour déplaire.

Paper Planes - M.I.A. (Kala, 2007)

Ouuuuh, le gros tube. Du hip hop alternatif de fabrication anglaise, qui lorgne vers l’électronica. Le morceau avait tout pour réussir, une rythmique lancinante à la gratte en fond sonore (réminiscence lointaine des Cure façon 10:15 Saturday Night), le chant super accrocheur de M.I.A., un refrain dévastateur entonné par une flopée de gosses qui sèchent les cours, des bruitages de flingues et de caisse enregistreuse pour marquer le tempo. Sont forts, ces engliches.

Let The Spirit - Roots Manuva (Slime & Reason, 2008)

Rappeur anglais d’origine jamaïcaine, Roots Manuva symbolise bien la bonne santé du rap anglais des années 2000. Malgré un statut d’outsider, le garçon a sorti d’excellents disques (notamment Run Come Save Me en 2001), un peu électronique, un peu dub, très malins. Du tout bon, comme ce Let The Spirit cool et entraînant. Allez, on chante en chœur : « let the spirit move you ! »

The Beat That My Heart Skipped - Dan le Sac Vs. Scroobius Pip (Angles, 2008)

Encore des Anglais ! décidément, le rap d’outre-Manche a connu une décennie fertile en talents. A chaque fois, le mélange avec le rock et l’electro fait bon ménage, comme illustré par ce brillant duo entre un producteur et un rappeur. Loin des crétineries dans le texte américaines, le chanteur Scroobius Pip fait parler sa verve drolatique - déclamée avec cet accent qui nous est si cher - tout au long d’un single décapant. Moderne, subtil, racé, le hip hop électronique des deux larrons propose une alternative intéressante au formatage de son homologue américain qui s’empêtre depuis plusieurs années dans la sclérose et la redondance.

Shame on Me - Amanda Blank (I Love You, 2009)

Est-ce vraiment encore du rap ? Bof, aujourd’hui le rap est partout et nulle part à la fois. Mix d’electro et de rap donc, ce Shame On Me d’Amanda Blank est plutôt réussi, comme tout le disque d’ailleurs. La petite brune séduit son monde à coups de hip pop (non, non, aucune faute d’orthographe), c’est-à-dire de chansons super girly qui ont bien digéré l’apport de Peaches, Uffie et autres nénettes fluos et libérées. C’est sucré et onctueux comme de la Häagen-Dazs. Attention juste à l’indigestion.



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