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Ratatat

La Machine (Paris)

Ratatat

Le 23 novembre 2010

par Emmanuel Chirache le 25 novembre 2010

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Tiens, Ratatat. Du jamais vu sur ce site. Trop branché pour nous autres rédacteurs d’Inside, gentils schizophrènes alternant entre un visage de gros bourrins metal/stoner et une attitude d’esthète mal embouché fans de perles méconnues ? Ou simple hasard ? Nous ne trancherons pas et agirons à la place. Voici donc mesdames, messieurs, (roulements de tambours) UNE CHRONIQUE DE RATATAT SUR INSIDE. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce duo new yorkais au patronyme onomatopéeien, il s’agit d’un groupe d’électro-rock instrumental prisé par la jeunesse occidentale post-post-post moderne, celle qui superpose toutes les couches d’histoire récentes au lieu des les accumuler comme on le faisait autrefois, ce qui donnait lieu à un vague sentiment d’évolution tandis que nous avons désormais droit à un collage.

Le public de Ratatat donc, peut effrayer, mi-dickheads (pour une définition éloquente du dickhead, cf. cette vidéo), mi-minettes, en somme beaucoup d’ados à la tendance de la pointe. Le groupe, lui, a réussi de belles choses, on pense notamment à certains morceaux de Classics et de LP, 3, le dernier album LP4 restant dans la lignée des autres, très intéressant mais un brin lassant. Car rien ne ressemble plus à une chanson de Ratatat qu’une autre chanson de Ratatat. Et pourtant, c’est un plaisir indéniable de se laisser bercer par ces petites mélodies étranges aux sonorités suraiguës, boucles répétitives et changeantes qui étire leur volubilité monotone avec délicatesse. Il existe un son Ratatat, l’affaire est entendue, que beaucoup pensent fondé sur les synthétiseurs et la production du bidouilleur en chef Evan Mast. Ils ont en partie tort, car le groupe rappelle souvent que la majeure partie de la musique est en réalité jouée à la guitare.

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drôles d’oiseaux, ces Ratatat.

Alors comment le duo obtient-il ce son si singulier ? Simple, le groupe a eu l’idée de jouer les parties de guitare à l’envers (par exemple, si la mélodie fait mi-la-sol, le groupe joue sol-la-mi), puis de les passer dans le sens inverse lors du mixage, ce qui donne cet effet étrange et unique sur la guitare, sans oublier les niveaux de volume inhabituels, qui commencent doucement et finissent fort alors qu’en général un son jaillit pour s’évanouir peu à peu. Ajoutez à cela une bonne dose de saturation, une grosse pédale whammy dans ta face et une autre pédale Tonebender Fuzz pour t’en mettre plein les dents, et le tour est joué ! Avec un tel arsenal technique pour parvenir à leurs fins, il était légitime d’imaginer le douillet confort du studio comme le meilleur ami du Ratatat. Transposer la même sophistication en concert s’annonçait plus périlleux. Pourtant, Mike Stroud et Evan Mast n’abdiquent pas et emportent leurs pédales en voyage, bien au chaud dans les valises. Mais ce n’est pas tout.

Recréer en live le son qu’ils ont inventé dans leur cuisine réclame en effet un certain nombre de gadgets technologiques, dont une pédale de volume Dunlop (qui permet de jouer sur les volumes comme décrit plus haut) et un EBow, appareil électronique qui produit un champ électromagnétique capable de mouvoir les cordes. Le résultat ressemble au frottement d’un archet, voire aux notes d’un synthétiseur. Une fois qu’il a enfourché son Epiphone Wilshire et bu sa rasade de whisky, Mike Stroud est par conséquent équipé pour balancer du Mirando ou du Seventeen Years pendant une heure et demi sans sourciller. Et il faut avouer que ça dépote bien plus qu’on ne l’aurait imaginé. Sur scène, la production s’estompe au profit des instruments, basse et guitare, qui emplissent tout l’espace de façon plus rock et moins électro. D’une certaine façon, les Ratatat sonnent en live comme un long solo inépuisable. Ce n’est pas Mike Stroud qui dirait le contraire, lui qui se comporte quasiment en guitar hero durant le spectacle, secouant ses cheveux dégueulasses de néo-grunge, ou courbant les jambes dans une posture qu’on croyait réservée aux amateurs d’air guitare. On lui pardonne d’autant plus qu’il assure bien et fait le show sobrement.

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Pendant Mirando, le clip défile avec ses extraits désynchronisés du film Predator

Bref, les Ratatat « envoient du lourd » selon l’expression consacrée (quelle bande de losers oseraient envoyer du léger ??), et la foule ne perd pas une seconde pour bouger son popotin et sortir son putain d’iphone. Tiens, à ce propos, vous les regardez souvent, les gars, les daubes que vous avez filmées avec cet engin ? ça se passe comment, vous les passez en boucle pendant vos dîners ? Non, vraiment, ça m’intéresse. Le trentenaire branché profite donc par média interposé des clips vidéos délirants que le groupe diffuse derrière lui et qui se fondent parfaitement avec les chansons. Niveau setlist, le concert fait la part belle aux nouveautés, même si les meilleurs morceaux des disques précédents sont aussi là, notamment le superbe Shempi, le formidable Mirando, le doux Falcon Jabs, le dansant Loud Pipes, Wildcat et ses rugissements (mille fois plus puissant en concert), ou encore l’épatant Lex. Les titres de LP4, eux, passent globalement pas mal du tout (surtout Neckbrace et Grape Juice City, qui rappelle méchamment les Birdy Nam Nam), et le seul défaut de la soirée sera finalement la longueur de la performance. Ratatat : l’auditeur moyen tient une heure maxi en conditions extrêmes (chaleur, foule, extension physique d’un iphone 4 sous la forme d’un coude indésirable). Après, c’est l’endormissement fatal.

Quoi qu’il en soit, le duo réussit son pari de reproduire sa musique sur scène et de s’approcher au plus près des albums, avec une touche rock bienvenue. On pourra toutefois leur reprocher dans le même mouvement d’avoir un peu trop cédé à cette ambition mimétique et du coup délaissé l’aspect plus expérimental du live. Trop de bandes passantes, peu de débit novateur. Une bonne soirée malgré tout.



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