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Rebecca

Rebecca

Dirge

par Béatrice le 1er mai 2007

3,5

Paru en janvier 2007 (Another Record)

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Dirge, trio rouennais associant un chanteur guitariste, une violoncelliste et un batteur, a sorti en janvier dernier son second LP - un sept titres, sobrement baptisé Rebecca, et enregistré pendant l’été précédent près des ports du Havre. Pourtant, à en juger par la pochette, simple et mélancolique à souhait, le groupe semble plutôt lorgner vers les sensibilités et influences qui caressent l’autre rive de l’Atlantique plutôt que les charmantes côtes normandes. Il faut l’avouer, cette préférence marquée pour les ambiances musicales anglo-saxonnes n’est pas une maladie orpheline dans nos contrées et tiendrait bien au contraire plus de la pandémie. On ne sera donc guère surpris de « découvrir » que le trio normand chante en anglais (un coup d’œil aux titres au dos de la pochette suffit de toute façon à s’en assurer). Encore un groupe français qui a choisi la voix minée du tout V.O. qui rend les percées radiophoniques tellement plus difficiles - mais les caresses mélodiques plutôt moins.

A l’image de sa pochette et de la jeune fille qui en est la protagoniste (et dont on peut supposer qu’elle est celle qui donne son nom à l’album), Rebecca est calme, voire un peu lasse, songeuse, un peu nostalgique peut-être, et plongée dans de sombres abîmes de mélancolie et d’ennui. Elle est aussi vêtue de la façon la plus simple possible, car à peine quelques cuivres et basse se sont-ils immiscés dans l’instrumentation qui s’enroule, au fil de l’album, lentement et doucement, en arpèges cycliques et légères nappes de litanies du violoncelle. D’assez longues plages homogènes se succèdent, pleines de la noirceur et du spleen du post-rock, absorbants et mélangeants différentes teintes de gris jusqu’à brouiller les contours des souvenirs et les faire se confondre avec les silhouettes qui s’y meuvent, entravées par le poids de la nostalgie. S’incrustent dans ce mélange quelques extraits de power-pop, tendance anxieuse, emprunte de sonorités pouvant rappeler du Radiohead ou du Smashing Pumpkins, par exemple, ce qui, force est de le reconnaître, n’est pas le meilleur moyen d’égayer un disque qui ne l’était déjà pas tellement, gai.

Mais le spleen bien manié, exacerbé juste ce qu’il faut (c’est à dire pas trop) et étouffé par des mélodies lancinantes et des arpèges simples mais emprunts d’un charme sombre et doués d’une capacité à s’enrouler en boucles souples, c’est un matériau musical qui a déjà fait ses preuves, et redemande à être mis au défi régulièrement. Voici donc qui est fait, le long de six chanson et d’un drôle d’instrumental, The Brass Band In My Head, qui dépeint une fanfare déconstruite et mise sur les rotules par ses défilés permanents ; un des rares instrumentaux dont on peut être à peu près sûr d’interpréter le titre comme il faut qui plus est, ce qui ne fait pas tout, certes, mais ajoute plus qu’il ne retire à son charme. Sur les autres, le chants se cantonne généralement dans une noirceur sobre, et marmonne quelques phrases désenchantées d’un ton désabusé, s’étranglant très discrètement par instants, s’étirant doucement pour faire peser chaque mot de son vrai poids (voire un peu plus). Sobre et constante tout du long, elle rappelle Archive sur le titre d’ouverture You’ve Grown Away From Me, puis se décide à laisser un pan de sa timidité au placard et se laisse aller à des envolés lyriques suppliantes et désespérée sur Bottles Of Memory, mais ces accès ne durent jamais, et sont vite tempérées par la constance de l’instrumentation, lancinante, monotone comme une vieille douleur qui peine à s’en aller.

Posée et, quelque part, une peu résignée, Rebecca prend son temps, de dramatiser, de s’immiscer et d’infiltrer, à coup de ritournelles discrètes mais efficaces, des volutes grisâtres dans l’atmosphère qui tout d’un coup se sent bien assombri, et se paye même le luxe d’une très joli Summer Single (en duo avec Cyann de Cyann & Ben), qui d’estival n’a guère que le nom... Ce n’est sûrement pas sur ce disque, ni sur aucun de ses cousins d’affinités approchante, que se trouve le prochain tube de l’été (tant mieux pour eux, le contraire eût été fort inquiétant), mais quiconque recherche un îlot à spleenivores sera ici assez bien servi, avec la douveru et la délicatesse en assaisonnement, ce qui n’est jamais un mal.



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Tracklisting :

1. You’ve Grown Away From Me (5’43’’)
2. Summer Single (3’27’’)
3. Bottles Of Memory (5’13’’)
4. Tourette (3’22’’)
5. The Brass Band In My Head (1’40’’)
6. My North Eye (5’14’’)
7. The Smithdown Ten (2’58’’)

Durée totale : 27’37’’