Concerts
Robert Hancock & Microclimate

Tucquegnieux (54)

Robert Hancock & Microclimate

Le 1er septembre 2007

par Le Daim le 11 septembre 2007

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Votre cervidé shooté aux Stooges saisit l’occasion d’un des concerts de la rentrée de Robert Hancock & Microclimate pour vous narrer la suite des aventures du néo-zélandais chez les froggies. Hancock nous avait déjà accordé une longue interview et nous en avions profité pour dire tout le bien que nous pensions de sa dernière livraison, simplement intitulée Microclimate. L’homme, aussi intéressant que sa musique, mérite vraiment le détour. Malheureusement, en ce triste premier jour de septembre à Tucquegnieux, peu avaient fait le déplacement... Récit d’une soirée heu, rock’n’roll ?

La veille du soir fatidique j’étais au télephone avec Robert et il tentait quelque peu de me dissuader de faire le déplacement de Paris à Tucquegnieux (Meurthe-et-Moselle). Mael, joyeux homme-orchestre du groupe, serait absent et Microclimate se réduirait donc à Manu (contrebasse) et Christian (batterie). Quant à Tucquegnieux... Robert ironisait, avec son chouette accent kiwi : « What ? Tu ne connais pas Tucquegnieux, toi qui est lorrain ? Tu es jamais veniou ? ». Un bled a plus de 300 bornes de chez moi, paumé du côté de Metz. Je ne voyais aucune raison pour y être allé un jour. Mais surtout : qu’allaient-ils faire dans cette galère, eux ? Et Bob de poursuivre : « Tu devrais plutôt venir nous voir en Belgique la semaine prochaine, ce sera beaucoup plus intéressant ». Je n’étais pas sûr de pouvoir, et comme j’avais déjà raté Robert en solo à l’église de Puzieux (Vosges) quelques temps auparavant... Je l’admet, j’avais aussi besoin de me changer les idées. Et pour ça quoi de mieux que de rouler ? Avaler les kilomètres ça purge les problèmes.

Le lendemain, après trois heures de route, nous entrâmes dans Tucquegnieux, mon appareil photo, ma thermos de café et moi. Si j’étais condamné au Purgatoire, je serais probablement envoyé ici. Sous un terne coucher de soleil je parcourais du regard une zone de pavillons aux façades beiges, tous parfaitement semblables, s’étendant à l’infini. La banlieue-dortoir de Nancy et de Metz : une vallée de tradition ouvrière depuis toujours. Ici, point de joli parc verdoyant, point de charmante petite place surmontée d’un pittoresque clocher, point d’habitations rustiques évoquant nos anciens qui racontent des histoires au coin de l’âtre... Rien de tout cela, juste un immense terrain-vague bulldozérisé sur lequel on a semé au hasard des maisons pour playmobils. Ici on naît, on bosse, et on crève. Et tant pis pour les rêves.

S’il y a un endroit où le rock devrait être une religion, c’est celui-là. Remember Detroit & Seattle. Remember Liverpool. Un lieu où l’on noie sa rage dans la bière et les décibels, parce qu’il n’y a rien d’autre à foutre à part tout casser et se suicider. Sauf que le rock est devenu un truc de bourgeois branché voire pire, d’érudit. C’est qu’il en faut, du pognon, pour être au Stade de France avec les Stones. Et appartenir à une certaine classe pour traîner ses converses artificiellement usées et sa frange au Nouveau Casino. Mais bon sang, qu’est-ce qui a pu se passer pour qu’on en arrive là ? Ce n’est sans doute pas un hasard si le concert de ce soir a lieu ici et pas dans une quelconque boîte des grandes villes voisines où se presse tout un public averti d’étudiants et autres fêtards noctambules. En fait c’est là tout l’esprit de l’EROS tour (EROS : Europe Réseau et Outils pour la Scène. Pour plus d’informations sur ce projet, voir le site http://projet.eros.free.fr/erospresentation.html), comme le soutiennent les organisateurs : « Cette manifestation engagera la circulation des publics au-delà des frontières, par une diffusion éclatée pour une découverte de nos territoires et par des tarifs modiques pour l’accès aux plus jeunes et aux personnes défavorisées. » Le jargon habituel, quoi ; celui qui permet de se faire entendre des institutions et donc de récupérer un peu de fric. J’ai été animateur socio-cucul, je sais ce que c’est, de faire ça. Ça use. Il en faut du courage, et surtout de la foi. Surtout quand on se rend compte que les plus jeunes et les personnes défavorisées n’en demandaient visiblement pas tant.

La manifestation a lieu devant la salle des fêtes communale. Comme d’habitude une assoc’ locale a été sollicitée pour tenir la buvette, principale attraction, et accessoirement rameuter le peuple. Ça sent le lard grillé et la bière en fût. Sous une tente de fortune quelques dizaines d’autochtones picolent dans des gobelets en plastique mou sans vraiment prêter attention au spectacle. Je salue un responsable du concert ainsi que l’ingé-lumières, tous deux croisés dans une vie antérieure. La scène est plutôt grande et le son de très bonne qualité. Un groupe appelé Les Gonfleurs d’Hélices ouvre le bal dans l’indifférence quasi-générale. Leur rock’n’roll mâtiné de country aux paroles désopilantes voire grivoises est pourtant bien sympathique. Robert, qui maraude dans le coin, m’explique que ce genre de spectacle l’emmerde. Il ne veut pas devenir un « vieux rocker » qui n’a rien à dire. Ca n’empêche pas les bien-nommés Gonfleurs d’achever leur set avec une excellente reprise de Ring Of Fire de Johnny Cash qui leur vaut... Un ou deux applaudissements.

La nuit est tombée, et le nombre de spectateurs commence à augmenter. Surtout du côté de la buvette, même si une poignée de djeunz se sont positionnés à l’opposé pour écouter le dub de Monsif, groupe suivant. Là encore, la musique est de qualité. Je suis hélas de ceux qui trouvent que le reggae, ça va deux minutes... Et je rejoins donc Robert et ses deux acolytes dans la salle des fêtes. Ils sont affalés sur des chaises en plastique, seuls dans l’immense local, et ils se font chier. Ils se sont résolus à passer en dernier. Ils savent déjà que ça ne sera pas l’hystérie dans la fosse. Christian travaille des rythmes impossibles au son d’un métronome, en bon batteur de jazz studieux. Entre deux ratatatatac il cause un peu de Magma et de Vander, vantant les mérites sonores du double-live Konhtark de 75. Christian est perdu dans ses pensées. Robert semble nerveux. Enfin vient l’heure du spectacle. Les musiciens montent sur scène et commencent leurs réglages. L’ingé-lumières vient installer une poursuite blanche qu’il braque sur Robert : merci, mec, voilà qui va bien m’arranger pour les photos ! Le groupe est présenté et le concert débute. Mon reflex me donne le droit de rester devant la scène sans honte, dans ce no-man’s land qui s’étend tristement de l’estrade à la tente du sonorisateur. Quoi de pire que de jouer face à un endroit complètement vide ? Les quelques personnes intéressées par le spectacle restent timidement sur les côtés de la fosse. Le groupe enchaîne très vite les morceaux, et je suis frappé par l’intensité de la musique, l’urgence qui s’en dégage alors que sur disque le répertoire favorise les ambiances et incite plutôt à l’introspection. Robert chante et joue comme si sa vie en dépendait. Sa voix est stupéfiante. Manu fait trembler les enceintes avec un son de contrebasse goulayant. Quant à Christian, il impose aux arrangements une frappe assez aggressive, alliée à des parties rythmiques souvent complexes et surprenantes. L’absence de Mael (guitariste, claviériste...) ne se fait pas vraiment sentir. Comme le dit Robert, tous ces morceaux ont été composés sur une simple guitare accoustique, ils peuvent donc tout-à-fait s’accomoder d’une formule en trio quasi-« unplugged ». Mais Robert est quand même venu avec sa Gibson demi-caisse et quelques nouvelles pédales d’effet. Et il laisse parfois de côté sa vieille guitare folk ou sa mandoline pour faire cracher un peu son ampli.

Dans l’ombre, un ado affublé d’un polo Decide fait paresseusement du head-bang au son d’un riff nirvanesque de Robert... Rigolo. Je regarde là où le spectacle est, finalement : tout, sauf le concert ; tout ce que mon oeil de pseudo-photographe aurait dû saisir pour rendre compte avec pertinence de l’évènement ; une bande de jeunes assis dans la poussière, le regard un peu vide, une petite asiatique abandonnée par son mec penchée sur la console de sonorisation, l’air triste... Un moustachu rachitique tout de jean sale vêtu, statufié devant une enceinte avec son labrador au bout d’une laisse, une jolie fille aux yeux bleus fascinée par Robert, un type qui suit le concert sur l’écran de son télephone portable... Et moi, j’ai passé mon temps l’objectif braqué sur les couleurs saturées des projecteurs. Le sage montre la lune, le fou regarde le doigt.

Microclimate achève vite son set d’une dizaine de morceaux. Quelques applaudissements, pas de rappel. Evidemment. Le groupe s’attèle immédiatement au rangement du matériel. La place est presque vide, mis-à-part quelques pochtrons bien usés à la buvette, qui sifflent leurs demis dans la lumière blafarde des lampes à gaz. Robert a 42 ans, et il joue encore dans ce genre de foire à la saucisse, lui qui a tant roulé sa bosse, lui dont la musique est si puissante et singulière. Le groupe va entrer en studio en octobre : réunir l’argent pour cette session n’a pas été chose facile apparement. Et après ? Pour l’heure les musiciens se passent de manager, pourtant c’est de contrats sérieux dont ils ont besoin. Robert avoue ne pas savoir s’y prendre, et ses amis ne semblent pas non-plus être particulièrement motivés par ce lourd travail de communication. « Il faut jouer à Paris. Il y a plein de salles sympas, vous auriez du public, une chance de vraiment décoller ! » suggéré-je à Robert. Et lui de me demander, sérieusement : « Et heu... Tu crois qu’on sera payés ? ».


(Photos © Le Daim 2007, pour B-SIDE ROCK)

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Setlist

1. Follow The Coastline
2. Decibel
3. Knives Are Ground
4. Drop Your Load
5. Something I Forgot
6. Reactor
7. Hunting Ground
8. Circle’s Closed
9. Truck (solo)
10. Light Up And Leave

Bob & Microclimate sur le web : www.roberthancock.net