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Rock en Seine 2007

Saint Cloud

Rock en Seine 2007

Les 24, 25 et 26 août 2007

par Giom, Sylvain Golvet le 4 septembre 2007

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 Vendredi 24 août

En route pour la 5ème édition du festival francilien, ce Rock En Seine qui ne cesse de grandir, succès et moyens obligent, pour passer cette année à trois jours de concerts sur trois scènes. Bien sûr, ce festival est et restera un rendez-vous plutôt sage et rangé, pour preuve la discipline et la retenue du public certes rebuté par le zèle de la sécurité à repérer toute trace d’alcool que certains tentent de faire rentrer coûte que coûte et par le prix exorbitant de la (fadasse) bière. Mais Giom et moi n’allons pas bouder notre plaisir pendant ce week-end puisque la programmation nous offrira de quoi compenser nos envies de malt et de houblon.

Et c’est aux vieux lézards de Dinosaur Jr de lancer les hostilités. De retour aux affaires comme de nombreux autres depuis quelques années, le groupe n’a pas bénéficié du même buzz que ses collègues revivalistes. Alors que les Jesus & Mary Chain pourront se débattre sur la grande scène, nos trois briscards d’Amherst se voient relégués à 16 heures sur la scène de la Cascade devant un public forcement clairsemé. Mais la nonchalance naturelle de Lou Barlow, Murph et surtout de J Mascis, ce personnage mythique que la scène indé américaine (celui que Thurston Moore voyait en président dans Teenage Riot), fait bien comprendre qu’ils n’en ont que faire et qu’ils sont avant tout là pour jouer. Sans esbroufe aucune Dinosaur Jr sort alors les instruments pour faire parler les chansons, qu’elles soient nouvelles (cf. le récent album Beyond) ou anciennes ou reprises (Just Like Heaven, Cure) et on comprend alors que cette reformation n’a pas grande prétention financière ou buzzesque, si ce n’est profiter de la mouvance actuelle pour s’amuser comme avant. Et J Mascis, qui semble ne faire qu’un avec sa guitare et son petit mur de Marshall de se lancer dans ses mythiques solos qui auront le mérite de nous refiler la banane pour la journée, voire le week-end. Et tant pis pour les retardataires.

Mogwai quant à eux prennent possession de la grande scène habillés aux couleurs de Saint Etienne. Les Ecossais n’ont pas vraiment d’actualité depuis la sortie de Mr Beast en 2006 et honorent peut-être une promesse de concert non tenue l’année dernière. Allons savoir… Le set qu’ils proposent est en tout cas cette fois-ci assez convenu sans véritable morceau de bravoure post-apocalyptique. On apprécie toujours leur mélange de beats electro et de guitares stratosphériques caractéristiques des ambiances créées par ce groupe déjà ancien sur le circuit du post-rock. Cependant, ce passage à Rock en Seine confirme que Mogwai est peut-être plus un groupe à savourer (toutes nuances comprises) sur son canapé qu’à voir en festival toutes guitares dehors et donc fatalement avec moins de nuances. Les concerts passent, les disques restent comme dirait l’autre.

Plus tard sur la Grande Scène arrivent The Shins auréolés du récent succès de Wincing The Night Away. Il est loin le temps où la charmante Nathalie Portman plaçait une mélodie du groupe dans les oreilles de son collègue de Garden State. The Shins n’est (déjà) plus une nouveauté et le groupe a beau s’appliquer à parfaitement exécuter ses compositions à la note près, il semble avoir du mal à faire vibrer un public à peine échauffé et en manque de sensations (courage, les Hives arrivent bientôt !). Le groupe de James Mercer – l’anti-rock star absolue au physique de prof de math – proposera cependant un final plus électrisant qui parviendra à faire se déhancher certains. The Shins déçoit cependant et ne semble pas non plus être très à l’aise en plein air. Dommage car on sent tout de même un fort potentiel pop capable de fédérer un public en quelques accords bien sentis.

« Bonjour, je suis Pelle Almqvist et this is les Hives ! » C’est dans ce franglais approximatif que les suédois investissent la grande scène surplombée d’un magnifique néon très « fifties revisité par le disco » à leur nom, et le tout en costume noir et cravate zébrée du plus bel effet. Ce que le Shins avaient oublié chez eux, The Hives vont le servir sur un plateau, c’est à dire folie, humour et rock n’ roll. Quoiqu’il arrive les cinq rigolos ne seront jamais essentiels au monde de la musique, ils auront beau faire comme si, ils n’inventeront jamais rien non plus. Ils le savent d’ailleurs probablement eux aussi et quand Almqvist prend la parole pour se vanter de ses propres mérites « Oh I can’t stand it anymore ! Too fucking good music ! » personne n’est dupe du ton parodique de l’affaire. Donc autant ne pas perdre de temps et balancer ce que le public veut : du fun, du fun et encore du fun en trois accords et deux minutes maximum. Ce qui a le mérite de pouvoir enchaîner plus de chansons que la concurrence, chansons qui se partagent entre les anciennes que le public du jour connaît plutôt pas mal (franc succès de Hate To Say I Told You So ou Walk Idiot Walk) et les nouveaux du Black & White Album à venir en octobre, c’est à dire quasiment les mêmes. De toute façon, inutile de chercher de la prétention là où il n’y en a aucune et admettons que le groupe frappait la journée d’une bonne dose de style, entre jets de baguettes synchronisés, grimaces de guitariste et pose post-Jagger du « howler » de service. Notre ami Pelle serait bien d’accord avec moi, mais surtout avec lui même, et comme il le dit si bien, « Quand je suis d’accord avec moi-même, c’est là que commence le magic de les Hives ! »

Au loin sur la Cascade, la belle Émilie Simon délivre un set plutôt nerveux accompagnée de ses fidèles musiciens. Toute de blanche vêtue, elle tranche avec les tenues sombres de ses partenaires. Un ange dans un univers de démons ? On passe.

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Arcade Fire par écran interposé

L’heure que tout le monde attend est enfin là. 21 h 45, l’heure montréalaise. Alors que plusieurs spectateurs (probablement hautement alcoolisés) se trompent et foncent voir les 2 Many DJ’s en train de remixer Arcade Fire mélangé à du CSS sur la scène de la Cascade, la véritable formation québécoise fait son entrée sous des applaudissements nourris à l’opposé du site. Le groupe de Win Butler et Régine Chassagne (qu’elle est formidable, soit dit en passant) a écumé les festivals cet été et commence donc à avoir du métier pour faire défiler ses ritournelles baroques christianisées. Le livre biblique rouge est bien évidemment de la partie et apparaît de façon magistrale à chaque coupure entre les morceaux. La mise en scène du groupe un brin cirquesque est toujours enivrante en contrepoint de l’attitude de marbre de Win Butler, qui semble épuisé par tant de concerts en si peu de temps, mais, tel un Hector de bronze, jette toutes ses dernières forces dans la bataille. Les tambours volent donc pour le plus grand plaisir de tous ! Les tubes de Funeral sont maintenant totalement digérés par un publique capable de chanter à l’unisson les mélodies les plus accrocheuses et les titres de Neon Bible, bien qu’évidemment moins populaires pour le moment, sont quant à eux parfaitement exécutés. On retiendra Black Mirror et bien sûr Intervention impressionnant avec sa partie introductive d’orgue mélangée à une rythmique acoustique enivrante. Une merveille que ce groupe en action capable de former de petits tourbillons sonores qui ravagent une foule à peine contentée. Comme d’habitude, Arcade Fire quitte la scène sur les détonnant Rebellion (Lies) qui laisse le public médusé et toujours assoiffé. Le contrat sera ensuite rempli grâce à un rapide retour pour une ultime pépite de Funeral et les Canadiens partent définitivement laissant derrière eux un délire de contentement. Performance à la hauteur de toute les attentes, Arcade Fire a définitivement trouvé une recette qui marche et qui en plus est vraiment savoureuse.

A la suite du concert, les hommes de Jean-Paul Huchon ouvrent à gauche de la scène une brèche pour permettre aux bons Parisiens de retrouver leur ligne 9 préférée. On sait jamais, des fois qu’on voudrait s’aventurer dans Saint Cloud la Rouge ! Brrrrr…



[1Et quel pogo ! (note de l’intéressé).

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