Films, DVD
Serbis

Serbis

Brillante Mendoza

par Yuri-G le 17 mai 2010

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Sorti en salle le 12 novembre 2008 ; DVD édité chez Swift

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Serbis, le prototype du film qu’on adore ou qu’on déteste. Pour ou contre, passion ou rejet. Grande œuvre ou fumisterie. Si on doit aller là, la seconde catégorie aurait notre préférence. Alors, tentons de démêler, comme toujours… où se situe la vérité ? A priori, ce type de clivage ne peut exister qu’en raison de la radicalité du film, exigeant ainsi une prise de position frontale, unique. Lorsqu’on élargit, ne tombe-t-on pas toujours sur le même jeu ? La sensibilité de chacun, nos attentes face à la forme cinématographique, et plus précisément ici de la fiction ? Mais ce serait trop simple et facile. « Je déteste Serbis parce qu’il est radical et qu’il ne répond pas à mes affinités ».

Dans ce cas, si on se demandait plutôt... Le grand film, aussi tranchant et jusqu’au-boutiste soit-il, n’est-il pas celui qui propose un infime consensus ? Un consensus qui se niche dans l’incertitude, qui impose le flou sur la segmentation (classique/moderne, consensuel/expérimental) pour joindre les affinités a priori inconciliables ? Un grand film, dans l’absolu c’est un peu ça. « Peu importe ta position sur l’échiquier, je vais te donner l’impression que tu ne l’as jamais occupée ». Mais alors… ? C’est bien là qu’on veut en venir.

Serbis n’est vraisemblablement pas un grand film (il en a la réputation). Parce qu’il conforte toujours le spectateur dans ses conceptions. Il file sa radicalité comme un tour de passe-passe. Il y a ceux que cela flattera et ceux que cela hérissera. Jamais ils ne seront réunis ! Le groupe A affirmera que le film est truffé de fiction. Le groupe B certifiera que le film n’a rien à raconter. En l’occurrence, rejoignons le groupe B. Brillante Mendoza part d’une matière simple, possiblement passionnante : un vieux et gigantesque cinéma porno, au cœur d’une grande ville des Philippines. Dans ce cinéma vit une famille entière : grand-mère, père, mère, oncle, petits enfants. Evidemment, le récit pourrait être captivant. Mais non.

Serbis se pare d’une facture moderne des plus restrictives. Pas de récit avec intrigue : Mendoza préfère mettre en place des micro-scènes à picorer (nettoyage de toilettes bouchées, fellation, repas, furoncle.. bien qu’il soit malhonnête de les restreindre à ce genre de joyeusetés) et des moments de vide, ou de continuité naturaliste c’est selon (une caméra fébrile et toute-puissante suit en plan-séquence des allées et venues dans un escalier). Pas de personnage : la famille en question, ce ne sont que des passants sans identité. Ils ne disent pas grand-chose, s’apostrophent au mieux. On reste à distance. Pas de sacrifice au cinéma-spectacle : la bande-son, celle du vacarme de la circulation des voitures et des passants au-dehors, est omniprésente, assourdissante. Cela évite de donner un semblant d’importance aux dialogues (en plus de combler leur rareté et leur vacuité) et apporte une facture hyper-moderniste qui peut être fort remarquée par les amateurs.

En somme, Serbis affiche quelque chose de l’ordre de la contrainte, et ce coûte que coûte, jusqu’au bout. Le film est pourtant empli d’impressions qui saisissent au col : une luminosité d’après-midi crible de rayons dorés ce lieu délabré et humide (fantastique, le seul véritable personnage est bien cette salle de cinéma), un bruissement fétide du sexe, de la sueur, du vacarme. Mais au final, le groupe B, peut-être en cela un brin réactionnaire, préfère qu’on lui présente ces ardeurs sensitives et formelles au service d’une histoire, une véritable histoire. Sens, progression, apothéose. On aura beau dire qu’un plan chargé de silhouettes anonymes contient autant d’histoires à saisir, cela n’est jamais aussi émouvant.



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