Chansons, textes
Smoke On The Water

Smoke On The Water

Deep Purple

par Our Kid le 15 novembre 2005

Morceau fétiche des guitaristes en herbe, Smoke On The Water est né dans un tourbillon de flammes. Récit d’une chanson qui est avant tout un riff.

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Ian Gillan (chanteur de Deep Purple) : "En 1971, nous étions devenus très frustrés vis-à-vis des limites du travail en studio, parce que nous ne pouvions obtenir de son live décent. La technologie était juste sur le point de rendre possible un enregistrement n’importe où nous pouvions obtenir un bon son, donc nous avons commencé à rechercher l’endroit idéal où travailler, là où nous aurions enregistré notre prochain album, Machine Head.

Nous étions amis avec un type appelé Claude Nobs qui dirigeait le festival jazz de Montreux en Suisse et il a suggéré que nous réservions le Casino où se tenait le festival. C’était une salle assez grande, un magnifique bâtiment en vieux bois sur les berges du lac Léman et nous pouvions y obtenir un excellent son live.

Nous avons donc loué le studio mobile des Rolling Stones (nda : en fait un camion avec le studio à l’arrière) et nous nous sommes arrangés pour être disponible avec le studio mobile pour décembre, au moment où le Casino fermerait pour l’hiver.« Martin Birch (producteur de Deep Purple) : »Nous avions deux semaines pour terminer l’album et j’y suis allé plus tôt pour répertorier les pièces du Casino à utiliser et l’endroit où garer le studio mobile.« Ian Gillan : »Nous sommes arrivés le 3, avec nos femmes et nos petites amies et avons emmenagé dans l’hôtel Eden Au Lac, au moment où il me semble que le camion des Stones venait de traverser le France et de se garer devant le Casino."

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Le studio mobile des Rolling Stones devant le Grand Hotel

Martin Birch : « Quand le groupe est arrivé, il y avait un concert avec Frank Zappa And The Mothers of Invention au Casino. »

Ian Gillan : "C’était le dernier concert de la saison et nous devions y installer notre matériel le jour suivant, à la fermeture définitive. Nous sommes tous allés voir Zappa et c’était un merveilleux spectacle avant que, au bout de deux heures de concert, un type ne sorte d’une grosse voiture.

Il n’y avait pas de sécurité aux concerts à l’époque donc il avait pu accéder à l’intérieur de la salle et sortir un vieux pistolet. Personne n’avait fait attention à lui parce que n’importe quoi pouvait se produire durant les concerts de Zappa, donc ça ressemblait à un happening quand il est apparu dans le couloir et a mis le feu à cette chose suspendue au plafond.

Il y avait peut-être 2.000 personnes à l’intérieur, c’était plein à craquer et j’ai vu cette flamme embraser nos têtes. Elle s’est logée dans la corniche, entre le mur et le plafond, exactement à l’endroit où les lignes pour les câbles électriques passaient. À ce moment-là, les gens étaient intrigués mais personne ne considérait tout cela sérieusement.

Comme l’endroit avait été construit en bois, le feu se propagea rapidement et la salle se couvrait de fumée. Zappa était parfait. Il a arrêté le groupe et a commencé à inviter chacun à quitter le bâtiment dans le calme.« Roger Glover (bassiste de Deep Purple) : »La réaction de Zappa, avant de quitter la scène, était : « Ah, Arthur Brown en personne ». En très peu de temps, l’endroit était devenu un véritable enfer.« Ritchie Blackmore (guitariste de Deep Purple) : »Tout le monde courrait pour sortir de la salle, mais, je ne sais pas pourquoi, je pensais que c’était une entracte ou une chose dans ce genre, parce que Frank Zappa m’avait saoulé dès les dix premières minutes et que j’étais plus intéressé par cette fille qui était plutôt bien foutue.

Je l’ai emmenée dehors et lui ai parlé, et tous ces gens qui courraient vers moi avec leurs visages...J’ai donc pensé que ça devait être une entracte et qu’ils courraient pour avoir des glaces, avant que je ne voie la fumée sortir du Casino et que je réalise que quelque chose clochait. Il valait mieux que je le réalise parce que, autrement, j’aurais pu aller avec cette jeune fille quelque part, dans un élan d’espièglerie, à l’intérieur d’une sorte d’armoire, et j’aurais cramé avec la salle.« Ian Gillan : »Certaines fenêtres explosaient avec la chaleur et des jeunes essayaient alors de sauter à travers mais ils furent tous lacérés. L’autre incident était qu’un groupe de jeunes s’était trompé de porte dans la confusion et avait atterri au sous-sol où ils auraient pratiquement tous été piégés si Claude Nobs ne s’était pas trouvé dans la cuisine située sous la salle et, quand il vit ces gamins effrayés, il put les conduire en sécurité hors du bâtiment.
S’il ne s’était pas trouvé là, ils auraient probablement tous péri.

Nous sommes tous sortis et, en moins d’une demi-heure, il y avait des flammes s’élevant jusqu’à 60 mètres dans le ciel. C’était une chose incroyable à voir. Zappa a perdu tout son matériel dans l’incendie et j’ai crû comprendre que certains de ses roadies avaient remarqué la présence de notre studio mobile et avaient brisé une vitre pour s’introduire à l’intérieur et l’éloigner des flammes. Le souci, c’est que l’incendie se trouvait près d’une station service et si cette dernière avait explosé, que se serait-il passé ?

Nous étions tous de retour à l’hôtel et nous pouvions toujours voir le Casino brûler de nos fenêtres. Nous regardions la fumée s’enrouler au-dessus du lac Léman et Roger écrivit les mots « Smoke On The Water » sur une serviette qui se trouvait-là. Nous n’avions pas de chanson, c’était juste ces quatre mots.« Roger Glover : »Ian et moi sommes arrivés à la conclusion que ça sonnait comme une chanson sur la drogue et on l’a vite classée sous l’appellation « chansons sur la drogue - ne pas utiliser ». Quels garçons sains nous étions !« Martin Birch : »Nous étions sortis du Casino mais nous n’avions nul part où enregistrer.« Ian Gillan : »Claude Nobs vint à la rescousse encore une fois. Dans un premier temps, il prit des dispositions pour que nous allions à l’hôtel Palace et nous avons commencé à enregistrer là-bas durant deux jours. Je crois que c’est là où nous avons couché la piste de fond que nous avons en fin de compte utilisé pour Smoke On The Water.« John Lord (clavier de Deep Purple) : »C’était un riff que Ritchie avait écrit. Son titre de travail était Durh Durh Durh (rires).« Ritchie Blackmore : »On a fait le morceau en quatre prises environ, parce qu’on n’avait pas le choix : la police frappait à la porte. Nous avions un son tellement bon dans cette salle que nous avions réveillé les voisins sur 10 km à la ronde. On avait juste fini le morceau quand la police s’infiltra à l’intérieur et dit que nous devions arrêter. Puisqu’on avait fini, c’est ce qu’on a fait. Puis, Ian écrivit les paroles à propos de l’incendie. Il n’avait probablement rien d’autre à écrire.« Ian Gillan : »Ayant été contraints de quitter le Palace, Claude nous trouva un autre endroit, le Grand Hôtel, qui était fermé pour réfection et c’est là que la plupart de l’album a été réalisé.« Roger Glover : »Environ trois jours après l’incendie, je me suis réveillé en sueur et j’ai réellement dit « Smoke On The Water » à haute voix dans la chambre...Le jour suivant, j’ai suggéré à Ian que nous écrivions une chansons à propos de ce qui nous était arrivé. Nous avions déjà la piste de fond mais pas les paroles...Ça ne ressemblait pas à un travail terrible à l’époque mais la chanson est devenue l’un de nos morceaux favoris.« Ian Gillan : »L’enregistrement dans le Grand Hotel s’est très bien passé et nous sommes plus ou moins arrivés à nos fins. Nous étions très contents de morceaux comme Highway Star et Lazy mais nous nous sommes rendus compte que nous pouvions encore mettre une chanson sur l’album. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de faire quelque chose avec l’idée de « Smoke On The Water » de Roger. Nous avons réellement considéré ce morceau comme du remplissage, un morceau pour terminer l’album.

Même quand on avait fini l’enregistrement, nous ne voyions toujours pas le morceau comme quelque chose d’exceptionnel. Puis, des DJ américains ont commencé à diffuser le morceau à la radio et ça y était. Bien sûr, c’est devenu une des choses les plus réussies que nous n’ayons jamais faite."



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Sources :
Témoignages de Simon Robinson de « The Deep Purple Appreciation Society », Chris Charlesworth, Ben Watson et Julian Colbeck, compilés par Johnny Black.

Smoke On The Water est disponible sur l’album Machine Head, paru en avril 1972 (Warner).