Chansons, textes
Immigrant Song

Immigrant Song

Led Zeppelin

par Emmanuel Chirache le 1er mai 2007

Immigrant Song apparaît dans Led Zeppelin III paru en octobre 1970. Le single sort en novembre 1970.

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Tout le monde - ou presque - connaît Immigrant Song, son riff tonitruant, le AHAAAAAAAAAAAHA de Plant (dont la mélodie est plus ou moins tirée de la chanson Bali Hai), et cette vague histoire de Vikings : « We come from the land of the ice and snow ». Un morceau terriblement percutant qui prend une nouvelle dimension en concert, comme l’illustre les versions des BBC Sessions et de How The West Was Won. A priori, les paroles sont plutôt limpides pour qui a dû frayer avec celles d’un Bowie, d’un Donovan ou d’un Black Francis. Il s’agit d’une variation autour du thème des mythologies nordiques, avec des images de Drakkars fendant l’océan pour aborder les rivages du Canada ou d’ailleurs, des flashes de guerres, de colères des dieux, de sang versé et de paradis.

Ce serait sans compter sur l’imagination des hommes, aussi fertile que les terres d’Islande. En effet, un site anglophone intitulé Songfacts propose aux internautes d’apporter des informations ou des commentaires sur l’histoire et le sens de n’importe quelle chanson. Or, la page consacrée à Immigrant Song apporte son lot de surprises et de rigolades. Toutes les citations ci-dessous sont d’ailleurs issues de ce site et traduites par mes soins. L’Islande, donc, correspondrait au pays que mentionne le texte. Non seulement parce que c’est un peu logique (« land of the ice »/Iceland), mais aussi parce que le groupe s’y est produit peu avant l’enregistrement de l’album et que Plant aurait confirmé cette version lors d’une interview. D’où un immense sentiment de fierté de la part des Islandais, qui pavanent allégrement. Ainsi une Islandaise s’exclame : « Whoo !! ça rocke les Islandais !! j’ai adoré cette chanson dès que je l’ai entendue et ça n’a fait qu’empirer quand mon père m’a dit qu’elle parlait de mon pays !!! J’étais siiii contente parce que cette chanson rocke UN MAX, surtout au début. L’Islande est un beau pays et vous êtes TOUS DES CRETINS ! vous pensez qu’on vit dans des igloos et qu’on va skier tous les jours, vous êtes à côté de la plaaaaque. Il ne fait pas si froid ici et parfois il ne neige pas toute l’année. Bref, la musique de Led Zeppelin est sexy et géniale, Robert est sexy, Jimmy est sexy, John B. est sexy, et pareil pour John P.J. »

Malheureusement, une autre ligne du texte va modérer cet enthousiasme. Il s’agit de « from the midnight sun where the hot springs blow ». Pour Tom (Angleterre), la chose est entendue, le pays du soleil de minuit est la Norvège. A Los Angeles, Spencer abonde dans son sens : « Pourquoi est-ce que « the land of the ice and snow » ferait référence à L’Islande, qui est fertile et verdoyante ? On dirait plutôt qu’il s’agit d’une référence au Groenland, ou même à la Norvège (d’où viennent les Vikings). » Un Canadien s’empare du problème pour rappeler à Tom que le soleil de minuit peut être « vu dans tout l’Arctique », tandis qu’un dénommé Allen la ramène : « Hey ! Vous savez quoi ? l’Alaska est AUSSI le pays du soleil de minuit ! »

Attendez, notre tour du monde n’est pas fini. Mickey, de Virginie, a sa petite théorie à lui, étayée par une saine lecture : « Est-ce que quelqu’un a lu la récente biographie de Billy Orth, un ancien roadie de Led Zep ? Il prétend que cette chanson parle en réalité du Canada. Il dit que « Midnight Sun » et « Hot Springs » sont deux bars mal famés en Ontario (aussi un pays de glace et de neige) dans lesquels John Bonham et Robert Plant aimaient traîner. Il dit aussi que la phrase « combat les hordes, chante et crie » fait allusion à une bagarre que John Bonham a eue avec la police montée canadienne, après laquelle lui et Robert Plant ont chanté un peu de karaoke. Je me demande si tout ça est vrai. A mon avis, Robert Plant a joué au petit malin en écrivant cette chanson sur une simple bagarre, et il a fait en sorte que ça sonne plus mystique. Je suis sûr qu’il se marre encore en y pensant. »

Pire que tout, il semble donc que Immigrant Song ne parle même pas des Vikings ! Sous la plume des fans du groupe, les métaphores ne manquent pas, de la plus évidente à la plus improbable. Dans le registre classique, Julian de Pennsylvanie tente un parallèle entre les membres de Led Zeppelin et les Vikings, les tournées faisant office de conquêtes. « L’imagerie Viking provient probablement du fait que les Vikings sont partis de Scandinavie pour envahir l’Europe (et certains d’entre eux débarquèrent en Amérique avant Colomb). Or, la première tournée de Led Zep commença en Scandinavie et le groupe connut d’abord le succès en Amérique avant de séduire l’Europe. D’ailleurs, pour moi le dernier vers [« So now you’d better stop and rebuild all your ruins, / For peace and trust can win the day / Despite of all your losing », ndlr] annonce presque la séparation du groupe. Heureusement ce ne fut pas le cas. »

Plus osées, mais conservant encore les oripeaux de la rationalité, d’autres explications renvoient au contexte historique. Cela dit, force est de constater que Louis de San Siego a sans doute un peu trop fumé la moquette en révisant ses cours d’Histoire. « Ce morceau a été écrit en pleine guerre du Viet Nam, analyse Louis. Je sais que Led Zeppelin n’était pas réputé pour ses engagements politiques, mais il semble que ce soit le cas ici. Je ne sais pas de quand date la chanson mais j’ai lu qu’en 1968 les Etats-Unis ont entamé des pourparlers de paix avec les autorités vietnamiennes. La fin de la chanson implique clairement l’idée d’une conquête puis d’une paix. Quand Plant chante « So now you’d better stop and rebuild all your ruins », il pourrait évoquer le gouvernement américain qui doit reconstruire sa confiance auprès du pays. Il se peut que je sois à côté de la plaque parce que j’ai seulement 16 ans et que je ne connais pas suffisamment la philosophie de Led Zeppelin pour disserter dessus. Quelqu’un connaît une bonne biographie du groupe ? » Voilà à quoi ça mène de bouquiner en écoutant Led Zep avec une barrette de haschisch à portée de main.

Mais Louis n’est pas tout seul sur le coup, Abi de Toronto le rejoint lorsqu’il estime que Immigrant Song est « une chanson pacifiste ». Et Mickey, qui tout à l’heure nous a révélé la théorie du roadie de Led Zeppelin, revient à la charge et lache aussi les élastiques : « Selon le livre de Orth, on ne peut pas oublier que le terme « Hammer of the gods » fait référence au pouvoir nucléaire. Si c’est ça qui « conduit les navires », alors Plant ne peut pas parler des Vikings. Il doit faire allusion aux porte-avions ou aux sous-marins nucléaires. C’est toujours intéressant de savoir que « Midnight Sun » et « Hot Spring » sont deux bars de l’Ontario où Bonham et Plant se saoulaient la gueule. Je sais que les gens aiment y lire une relation avec la chanson, mais elle pourrait n’être qu’un commentaire sur la menace d’une guerre nucléaire, vue à travers les yeux d’un musicien anglais ivre, assis dans un bar canadien. » Bien sûr Mickey, bien sûr (ne jamais les contredire).

Enfin, la palme d’or du pétage de boulon revient sans conteste à Sky, qui vit en Californie. Le garçon a décortiqué le morceau avec application et il nous livre ses brillantes conclusions : « Si vous regardez attentivement, cette chanson s’avère une métaphore sur le sexe. D’un côté les paroles parlent d’un nord gelé, et le soleil de minuit pourrait faire allusion au fait que dans les pays de l’Arctique, le soleil brille 24h sur 24 en été. C’est la signification la plus logique que les gens voient généralement dans la chanson. Mais on pourrait aussi interpréter le « soleil de minuit » comme une métaphore de la vie noctambule et les « sources chaudes qui jaillissent » comme celle de l’éjaculation masculine. Le pays de la glace et de la neige pourrait présenter les hommes comme un pôle opposé aux femmes, plus tard décrites comme des champs verdoyants. Puis Plant chante « the hammer of the gods. We’ll drive our ships to new lands. Fight the horde, sing and cry. Valhalla I am coming. » Le marteau des dieux et le mot « navires » font référence aux organes génitaux masculins et les « nouvelles contrées » aux femmes. « Combat les hordes, chante et crie, Valhalla me voici » s’applique explicitement à l’acte sexuel. « On we sweep, with threshing oar. Our only goal will be the western shore. » Après l’acte, les hommes passent alors à autre chose, avec pour unique but un autre « rivage », ou une autre femme. Après quoi Plant dit « how soft your fields so green, can whisper tales of gore. » Une métaphore pour le sexe des femmes, qui correspond au doux appel des champs de verdure. « Murmure des contes de sang versé » fait référence aux menstruations féminines. La phrase « of how we calmed the tides of war » fait allusion à la capacité des hommes à mettre fin aux menstruations en fertilisant la femme. « We are your overlords » parle du contrôle que peut avoir un homme sur une femme et son utérus en devenant père. On peut donc constater à quel point Led Zeppelin était un groupe intellectuel, avec des textes métaphoriques qui élève le rock à un niveau supérieur. »

Heureusement, John de New Delhi vient mettre fin au débat : « Vous vous plantez tous sur la signification de cette chanson. C’est sur le Seigneur des Anneaux. » En attendant des éclaircissements, vous pouvez toujours envoyer vous aussi vos suggestions à INSIDE, nous serons ravis de les publier. Pour ma part, je pense que cette chanson raconte l’histoire de Captain Igloo.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom