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Suite XVI

Suite XVI

The Stranglers

par Aurélien Noyer le 12 décembre 2006

3,5

paru le 18 septembre 2006 (EMI)

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En 2006, les Stranglers sont de retour. « Les qui ? » me direz-vous... Les Stranglers, un des plus anciens groupes punk encore en activité, après plus de 30 ans de carrière et une discographie dont Suite XVI est le... seizième opus (les choses sont bien faites, non ?). Tout cela est bien sûr hautement respectable, mais le problème est de savoir qui, à l’heure actuelle, se soucie de la sortie de l’album de ces ancêtres. Évidemment, pas grand-monde, la jeune génération étant trop occupée à virer neo-post-punk dansant avec The Rapture ou Razorlight et les vieux radoteurs ressasseront que « les Stranglers ne valent plus rien depuis le départ de leur premier chanteur ».

Sauf que... pour une fois, ce manque d’attention n’est pas immérité. Non que Suite XVI soit un mauvais album, mais soyons clair. Il est soniquement presque indiscernable de leur précédent album, Norfolk Coast. En dehors du fait qu’ils ont viré leur chanteur Paul Roberts (qui remplaçait Hugh Cornwell, leur chanteur originel, depuis près de 16 ans), l’ambiance des morceaux est sensiblement la même et on retrouve tout à fait ce qu’il fait le « son Stranglers » : basse très rythmique qui cogne, petits riffs de synthé ou d’orgue mixés en avant et musique sombre mais énergique, au croisement du punk et du gothique.

Si le chant est assuré maintenant par le guitariste Baz Warne et le bassiste Jean-Jacques Burnel, l’album n’en est pas moins assez uniforme, et mis à part les ballades ratées, Anything Can Happen et l’atroce Bless You (Save You, Spare You, Damn You), la qualité est au rendez-vous et les Stranglers n’ont pas perdu leur formule magique. Ils parviennent toujours à marier les synthés d’inspiration baroque à leur rock sombre et énergique. Depuis trente ans, cet étrange mélange sonne efficace et étonnant alors que les tentatives de Matthew Bellamy semblent toujours aussi pathétiques et grotesques. Ce disque est donc du Stranglers standard, sans génie mais pas désagréable. On notera cependant la petite surprise I Hate You, étrangement country dans l’âme.

Non, la qualité n’est pas le problème de Suite XVI... Mais c’est en tout cas son principal handicap. Pas assez mauvais pour qu’on ait envie de le pourrir, mais pas assez bon pour qu’on ait envie de le réécouter, Suite XVI est un de ces albums anonymes que seul les fanatiques du groupe réécouteront, histoire de changer des grands classiques du groupe (No More Heroes, La Folie et Féline, écoutez-les, ça vaut vraiment le détour). Alors, que les Stranglers continuent de sortir des albums honnêtes comme celui-ci et continuent de faire des tournées comme la précédente (leur concert à Sète était excellent), personnellement, cela me convient tout à fait. Peu m’importe qu’ils n’atteignent plus les sommets de Peaches ou de No More Heroes... Suite XVI est en quelque sorte la confirmation de ce dont on se doutait depuis Norfolk Coast : les Stranglers sont de retour. Ce n’est pas un retour fracassant à la Stooges ou à la New York Dolls, le groupe n’a jamais eu l’aura prestigieuse et sulfureuse de ces groupes et ne peut donc aspirer à faire la couverture des magasines spécialisés sous une quelconque ineptie genre « le groupe mythique est enfin de retour ». Non, le retour des Stranglers est beaucoup plus modeste et sans doute plus honnête. Alors que la reformation des Dolls a généré beaucoup de buzz pour se solder par un album qui s’est révélé, somme toute, assez médiocre, les Stranglers se contentent se signer quelques bonnes chansons de plus, sans prétention. Et je ne peux m’empêcher de me demander si The Rapture sera capable de faire la même chose dans trente ans.



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Tracklisting :
 
01. Unbroken (3’47")
02. Spectre Of Love (3’34")
03. She’s Slipping Away (3’28")
04. Summat Outanowt (2’14")
05. Anything Can Happen (3’54")
06. See Me Coming (3’55")
07. Bless You (Save You, Spare You, Damn You) (5’34")
08. Soldier’s Diary (2’19")
09. Barbara (Shangri-La) (3’43")
10. I Hate You (2’58")
11. Relentless (5’02")
 
Durée totale : 42’21"