Interviews
The Black Heart Procession

The Black Heart Procession

par Béatrice le 24 juillet 2006

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Le groupe américain The Black Heart Procession, qui a sorti son cinquième album The Spell, un joyau de rock hypnotique et paranoïaque, dans le courant du mois de mai, en a profité pour faire un crochet par la France. À cette occasion, B-Side Rock a pu rencontrer Pall Jenkins, le chanteur du groupe. L’attachée de presse confie que les membres du quintet carburent au whisky, mais c’est attablé devant un verre de vin rouge qu’il va gentiment répondre à mes questions, ponctuant ses propos de quelques piques anti-Bush...

B-Side Rock : Votre dernier album est paru en 2002, ce qui fait un petit bout de temps ; qu’est-ce que vous avez fait entre temps ?

Pall Jenkins :Eh bien, Tobias s’est marié et a déménagé à Portland. Moi, je ne me suis pas marié (rire), mais j’ai construit un studio. Et puis, la vie tout simplement... Notre pays est parti en guerre, des gens se sont fait tuer... des choses normales quoi...


BS : La composition du groupe a pas mal changé au fil des années ; qu’en est-il de la composition actuelle qui a l’air plus stable ?

P.J. : Le groupe actuel a joué en tournée et sur The Spell, c’était plus un groupe, on a essayé de le faire sonner plus live - pas en enregistrant en live, mais en essayant d’obtenir la même énergie.

BS : On dirait que vous arrivez maintenant à trouver de vrais titres pour vos albums...

P.J. : On a fait One, Two et Three et on s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas continuer comme ça, sans ne jamais mettre de titre ; alors on a fait Amor del Tropico, et puis le DVD, Tropics of Love, dont le titre est la traduction en anglais et qui est en fait la traduction en images du disque. Pour celui-ci, le titre The Spell (le sort, en français, ndlr) semblait vraiment approprié, ça sonne comme la ve en ce moment, quand on est piégé, contrôlé, que ce soit par l’amour ou la politique, mais qu’on n’est plus soi-même en contrôle.

BS : C’est un peu la même impression que reflète l’artwork ; c’est d’ailleurs vous qui vous en occupez je crois ?

P.J. : Oui, l’artwork est vraiment très important. Ma mère était une grande artiste, ma sœur aussi, et une fois que l’album est enregistré, j’aime bien créer l’artwork dans le prolongement. C’est moi qui conçois le site internet aussi, enfin, pas le site en lui-même, ça ne doit pas être si dur que ça de programmer, mais bon... (rire) Mais oui, je m’occupe du « côté » artistique.

BS : Vous avez écrit cinq chansons appelées The Waiter. Est-ce que le concept est d’en ajouter une nouvelle à chaque album ?

P.J. : Oui, c’était l’idée, raconter l’histoire de ce type qui attend, et continuer à raconter son histoire. Mais là, j’ai un léger problème au niveau des paroles parce que dans la dernière, le Waiter est mort (rire). Du coup, je ne sais pas comment je vais m’y prendre pour continuer...

BS : Et l’idée d’en faire une sorte de fil rouge était là dès le départ, ou c’est venu plus tard, avec le deuxième album ?

P.J. : En fait, le premier The Waiter est une des toutes premières chansons qu’on a écrite, et ensuite, avec le deuxième album, on s’est dit, “pourquoi ne pas continuer à raconter cette histoire ?”, et on en a écrit un pour chaque album - enfin, je crois qu’on a sauté 3, mais on en a mis deux sur celui d’après, donc on n’a pas perdu le rythme. En fait, on a l’intention d’en faire un EP avec quelque chose comme six ou dix Waiter, un album complet de Waiters, alors je vais essayer de continuer.

BS : C’est vous qui écrivez les paroles ?

P.J. : Oui. Quelque fois je vais voir les autres en leur disant “c’est ce à quoi je pense”, et on en discute, on fait peut-être quelques petites modifications, mais oui, en général c’est moi qui écrit les paroles.

BS : Et vous les écrivez avant ou après la musique ?

P.J. : En général après, mais quelques fois en même temps, si l’idée vient alors j’écris. Quelque fois je les écris avant, mais la plupart du temps, je regarde la musique et ce qu’elle me dit, quelles images il s’en dégage et ce que la musique essaye de dire, et je ne me dispute pas trop avec la musique. Elle me dit ceci est ceci, c’est ce que ça dit, et je suis d’accord avec elle.

BS : Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

P.J. : J’aime beaucoup les Dirtbombs dernièrement, c’est vraiment du bon rock’n’roll garage, un peu psychédélique par moments. Et sinon, de la musique africaine. J’aime beaucoup le jazz aussi, mais j’aime aussi Calexico ou Blonde Redhead, ce genre de groupes. Et j’aime aussi collectionner les disques, quand je trouve quelque chose de sympa je l’achète pour voir. J’écoute vraiment toutes sortes de disques, des choses très différentes.

BS : Qu’est-ce qui vous influence ?

P.J. : Je crois principalement l’idée de création, c’est ma plus grosse influence. Pour moi c’est principalement le résultat final, le fait d’avoir finalement le disque terminé, l’artwork et tout. J’ai ce sentiment que c’est quelque chose qui vient de moi, une partie de moi. Donc ma plus grande influence c’est créer. Sinon, comme autres influences, il y a la vie, le fait de vivre et d’être au courant, d’être embêté par certaines choses, d’être heureux à propos d’autres choses,... Et puis j’aime les films, et Roman Polanski dont j’aime beaucoup l’oeuvre. Je lis deux livres en ce moment, un est de Zack Wentz, qui est dans un groupe qui s’appelle Kill Me Tomorrow et qui a écrit un livre. Donc je lis des bouquins par-ci par-là. Je suis aussi en train de lire un livre de John F. Kennedy Toole, qui a écrit La Conjuration des Imbéciles. C’est un auteur américain qui a écrit seulement deux livres et s’est suicidé après, mes ces livres sont vraiment bien. Donc des livres, des films, et vraiment essayer d’être le plus naturel possible, de faire quelque chose qui soit ma propre voix et pas trop influencé par le reste, pas quelque chose qui ressemble trop à d’autres choses.


BS : Comment s’est passé la tournée jusqu’à présent ?

P.J. : Ça s’est bien passé. J’ai l’impression qu’à chaque nouveau disque, les gens sont un peu plus au courant de notre existence, mais je pense qu’on reste un groupe plutôt underground, et ça me fait plaisir. Je n’aime pas tellement la musique mainstream, Britney Spears et compagnie c’est pas vraiment mon truc (rire). Mais je change de sujet là ; donc pour y revenir, la tournée se passe bien, et puis j’aime voyager, rencontrer des gens, jouer...

On a déjà joué ici, je crois qu’on est venu en tournée ici six ou sept fois, et on a jouer à la Guinguette Pirate plusieurs fois, mais comme je l’ai dit je pense qu’on fait de la musique underground, même si à chaque album ça se diffuse un peu plus. On ne fait pas de la musique commerciale, alors on doit travailler dur, mais je crois que c’est une partie de la satisfaction de savoir qu’on fait de la musique pour des gens qui aiment quelque chose de différent, de plus unique. J’aime bien dire qu’on fait de la gastronomie musicale, c’est pas quelque chose qu’on mange tous les jours, mais ce n’est pas de la bouffe de fast food, on n’est pas MacDonald’s. En fait, on devrait faire payer nos disques plus chers (rire), genre 40€ le CD. J’arrête pas de le dire à la maison de disque, monter les prix, faisons payer 40€ pour un disque, parce qu’on vend moins mais c’est de la gastronomie (rire). Non évidemment, je plaisante.

BS : Justement, à propos des gens qui mettent leur musique sur le web, qu’est-ce que vous en pensez ?

P.J. : C’est OK, ça me dérange pas. On parle beaucoup de ça, mais on ne peut pas stopper Internet, c’est le futur, c’est ce qui est en train de se passer... Je pense que ça aide pour la diffusion, mais c’est difficile de juger parce que ça participe aussi à la baisse des ventes de disques, puisque tout le monde peu avoir ce qu’il veut gratuitement. Deux mois avant sa sortie, notre album était disponible gratuitement... Du coup, c’est difficile de dire si ça fait du mal ou du bien. Je pense que le monde en ce moment est dans une situation où tout le monde est curieux de voir comment on va s’arranger avec toutes ces technologies nouvelles. C’est encore relativement nouveau pour les gens, il faut imaginer, dans dix ans, quand il y aura le Wifi partout... Je pense que ça va être dingue, tous nos enfants vont avoir tout au bout de leurs doigts. Alors, est-ce que c’est bon, est-ce que c’est mauvais, c’est difficile à dire...



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom