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The Boat

The Boat

Tamara Williamson

par Vyvy le 26 juin 2007

3,5

paru en mai 2006 (Ocean Music)

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Autant le dire tout de suite, cet album appelle à la métaphore filée. Concept album, intitulé The Boat, il raconte le voyage du père de la chanceuse, voyage qui le conduira vers une fantastique île du Pacifique dont il deviendra le roi, en tout cas c’est ce que nous assure le label, et la belle. C’est donc une plume marine qui se trouve titillée, cette plume qu’on aiguise sur d’imposants transatlantiques, ou autre gros esquifs poussifs. The Boat est un condensé de ces moments uniques, de lent déracinement, sentiment aujourd’hui peu reconnu, tant l’avion, acteur du déracinement immédiat, et sans douleurs, prime pour ces long voyages. Ici, Tamara peuple de son cet ailleurs, entre notre entre une rive que l’on abandonne, et une autre ou se jouera notre avenir. The Boat, bande son d’un voyage dont on n’est ni le pilote ni l’instigateur, ou l’on se fait porter, allongé sur un transat si possible. Bref, ne mettez pas ce joli CD dans votre voiture, le conducteur risque de ressentir une quiétude éthérée peu compatible avec les rigueurs de la conduite routière...

Tamara Williamson signe ici son cinquième album depuis 1998, date du début de sa croisière en solitaire (ou carrière solo, mais bon, ça fait moins Boat hein). Cinq ans plutôt elle quittait l’Angleterre sans regrets (ou avec, la bio ne nous le dit pas), laissant derrière un groupe dispersé aux quatre vents dont faisait parti Alan White, futur batteur d’Oasis. La voilà qui débarque à Toronto, ville qui reste, quatorze ans plus tard, son port d’attache. Là bas, la belle s’est tirée un joli succès d’estime, de plus en plus succès tout court, et elle compte bien s’en servir pour débarquer en Europe. Un retour aux sources sommes toutes, consommé lors de la promotion de son précédent album All Those Racing Horses qui l’avait vu participer au festival Les Femmes S’En Mêlent ainsi qu’à une black session, tout ça en 2004. La voilà qui revient à la charge, sirène stoicienne, figure de proue d’un joli bateau.

Va-t-on se laisser entraîner ? Et bien oui. Laissons Tamara nous (en)mener en bateau, et, un coquillage sur l’oreille droite et un écouteur sur la gauche, laissez nous faire. Tout cela commence par un début sobrement intitulé The Beginning. On largue les amarres, au revoir rivage connu. Prend alors place The Story, Tamara habite le bateau de sa mélancholie, l’habillant de brume, de rouille, de sel. Le tout est finnement goupillé autour de samples de la belle, qui se multiplie, guitare et/ou voie pour donner la diffuse impression d’un plus grand nombre. Sons étouffés, ecchos, là voilà qui sussurre (avec beaucoup d’effets) would you like to walk with me in the moonlight... Sorcière, sirène, elle tente d’attirer le marin loin de sa tache, lui coupe toute attache. Dans ce The Dream sublime, Tamara Williamson donne la mesure de son talent. Folk alambiqué, torturé, raffiné, éthérée. Une Cocorosie déprimée et moins expansive, en quelque sorte. Une folkeuse qui n’hésite pas à se taire le temps d’un instrumental (qui dure 34 secondes... mais quelles superbes secondes !). Et voici qu’avec The Self Doubt le voyageur hésite. Pourquoi est-il parti ? Où va-t-il arriver ? Tamara elle, pour donner corps à ce moment égrenne les samples jusqu’à ce que sa voix soit tant démultipliée que l’on se croirait devant une chorale de sirène.

Le problème avec cet album est que chaque titre à une telle importance dans le tout, que d’en taire un seul serait franchement mal, mais à l’inverse, égrener les pépites n’a pas grand chose de sexy... Soyons donc raisonnable, et faisons un compromis. La suite va défiler dans un mélange de Tiersen, de grand Air frais et de Björk-allégé. La voix de Tamara a une puissance, une intensité, une tension, qui lui permet d’en faire ce qu’elle veut et que cela sonne très très bien. Un titre encore se détache, avec des instrumentation rappelant parfois Ennio Morricone, The Journey qui, le plus long de l’album, rappelle que la musique peut atteindre un degré de beauté tel quand il s’échappe du carcan radiophonique. « I hated love » s’époumone-t-elle, et une voix un peu à la Virgin Suicides lui répond... Joli, joli vraiment. Déformée par la brume, échappant au formatage, Tamara Williamson s’immisce lentement dans votre cerveau (embrumé bien sûr) mais c’est pour ne plus le quitter, jusqu’à The End...et au-delà.



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Tracklisting :
 
1. The Beginning (1:47)
2. The Story (6:49)
3. The Dream (6:50)
4. The Self Boubt (2:06)
5. A Drink (0:34)
6. The Journey (9:05)
7. The Man (2:38)
8. The Land (3:06)
9. The End (7:06)
 
Durée totale : 40:06