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The Greatest Hit (Money Mountain)

The Greatest Hit (Money Mountain)

Blue Orchids

par Oh ! Deborah le 30 juin 2009

4,5

réédité en 2003 (Rough Trade)

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« Le groupe le plus défoncé de Salford », c’est ainsi que John Cooper Clarke, poète originaire lui-même de Salford (Manchester), qualifiera le groupe baptisé Blue Orchids, là aussi par ses soins. Martin Bramah et Una Braines (respectivement ex-guitariste et ex-claviériste de The Fall) forment Blue Orchids en 1978, rejoints ensuite par Rick Goldstraw (guitariste et là encore un expédié de Marc E. Smith) ainsi que par Steve Toyne (bassiste) et Joe Kin (batteur). Signé par Rough Trade en 1980, les Blue Orchids vont sortir deux singles hors-album : The Flood et Work, après quoi bassiste et batteur s’en iront et Toby Toman (ex-membre de The Durutti Column) arrivera en tant que batteur. Un premier album sort en 1982, The Greatest Hit (Money mountain), suivi d’un EP, Agents Of Change.

Tout est là, dans cette réédition du même nom que l’album, avec en plus deux faces B, et une reprise du Velvet (All Tomorrow’s Parties) en bonus. Ceci n’est donc pas une compile, mais l’œuvre de Blue Orchids (avant qu’ils publient d’autres albums à partir de 2003), indispensable pour qui aime le rock de loser post-punk néo-psychédélique.

Bien sûr, les noms précités et plus encore font l’émergence de la scène de Manchester. Tous y seront actifs à leur manière, beaucoup s’échangeront leurs musiciens, des années durant, certains même jusqu’à ce jour, même si Madchester décède après le deuxième album des Stone Roses. Blue Orchids est un groupe de plus, fondu dans le tas de types qui vivent l’instant et la reconnaissance de leur ville. Si The Fall fait les émois d’un nombre incalculable de groupes indés depuis vingt ans, les Blue Orchids, eux, sont dans le caniveau.

Affectionner ce groupe me paraît évident. Leurs modestes ballades de pop mélodique transpirent l’authenticité, elles sont psychés à la mancunienne, soit toutes décrépies, déchues, belles comme la pluie. C’est comme si « Phil Spector rencontrait The Velvet Underground sous les illuminations de Blackpool », (notes appréciables de pochette, par James Nice). Blackpool Lights, c’est le festival de lumières de plus de neuf kilomètres situé dans une des stations balnéaires les plus hantées d’Angleterre, mêlant parc d’attraction, plage immaculée, montagnes russes (The Greatest Hit), vent épais et machines à sous (Money Mountain). Blue Orchids évoquent un peu tout ça, ils guident leur train fantôme dans le froid.

Ils ont un son tellement foutu, gringalet, qu’il constitue l’identité directe de ces compos titubantes, ressoudées maladroitement, au gré des passions. Avec un coté pop presque sucré : discordance magnifique. Il n’y aurait guère que Television Personalities pour rivaliser. Les faces B sont aussi bonnes que les singles, voire plus. Un son sous-produit, même pas garage, qui fait la différence. Qui vient de celui qui vit un truc en marge, sans faux-semblant. Pere Ubu et The Fall n’y sont évidemment pas pour rien. Mais bien sûr, les Blue Orchids ne sont pas qu’un groupe de seconde zone. Quelque part, la force est tranquille, l’esprit assumé, la direction faussement aléatoire, et les mélodies, limpides.

Un froid hallucinogène. The Greatest Hit signifiant « le plus gros tube » ou « la plus grosse dose ». Martin Bramah et sa consoeur Una Braines ont fréquenté un peu trop longtemps Marc Smith, gobeur de champignons et de bières par tonneaux, leur premier album côtoie donc parfois des trips du genre déserts aux mirages fabuleux et paroles païennes. Sauf qu’aux autres substances s’ajoute l’héroïne. Bad-trips poétiques, voix lointaines, échos chimériques, synthé ondulant, avec néanmoins un coté brut et une guitare rêche qui accompagnent le chanteur nonchalant et dédaigneux. Mais encore une fois, il s’agit de chansons pop indé qui auraient mérité un culte, même minime.

Après leur premier album, Blue Orchids vont être les musiciens de Nico le temps d’une tournée en Angleterre et en Allemagne. Cette dernière a 44 ans, Martin Bramah aime sa voix, son vécu, Nico est à ce moment là héroïnomane. S’en suit un EP donc, où des violons font surface, où l’influence de Nico est certaine. Des morceaux plus lents, sombres, une balade idyllique. Quant à All Tomorrow’s Parties (Nico ayant prêté sa voix pour Blue Orchids), si j’osais, je dirais qu’elle est... pas « mieux » (trop tard), mais qu’elle est l’une des meilleures reprises au monde, pour l’angle qu’elle offre et la puissante beauté qu’elle dégage. Une magie, à la fois noire et éblouissante qui tranche radicalement avec les autres pistes. Un son teinté new wave, et bien sûr Nico n’avait la voix que trop parfaite pour pareil exploit produit par ... Martin Hannett (tiens donc). La production est alors sublimée, la rythmique est grandiose, façon A Strange Day de The Cure.

Groupe éphémère et sans succès, les Blue Orchids vont se dissoudre. Bramah contribuera à de multiples projets avec d’autres mancuniens. Encore un qui persiste, quitte à coucher dehors.



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Tracklisting :
• Singles : The Flood (face B : Disney Boys), paru en 1980 (Rough Trade) et Work (face B : The House Of Faded Out), paru en 1981 (Rough Trade)
1. Disney Boys (3:39)
2. The Flood (4:19)
3. Work (4:02)
4. The House That Faded Out (3:16)
 
• Album : The Greatest Hit (Money Mountain), paru en 1982 (Rough Trade)
5. Sun Connection (3:43)
6. Dumb Magician (2:54)
7. Tighten My Belt (4:02)
8. A Year With No Head (2:36)
9. Hanging Man (4:12)
10. Bad Education (2:28)
11. Wait (3:54)
12. No Looking Back (4:03)
13. Low Profile (4:38)
14. Mad As The Mist And Snow (3:58)
 
• EP : Agents Of Change, paru en 1982 (Rough Trade)
15. Agents Of Change (4:30)
16. Conscience (3:19)
17. Release (3:16)
18. The Long Night Out (5:14)
 
19. All Tomorrow’s Parties (5:41)
 
Durée totale : 70:24