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Wall Of Sound

Wall Of Sound

Berlin 61/89

par one minute in the dream world le 15 décembre 2009

4,5

paru le 22 octobre 2009 (Le Son Du Maquis)

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Le Son Du Maquis se trouve très souvent à l’origine des sorties originales sur le plan stylistique, et c’est une fois encore le cas sur ce recueil étincelant, ayant pour concepteur principaux Caroline Cartier (Cartier Libre sur France Inter) ou encore Pascal Bussy (directeur artistique chez Harmonia Mundi, spécialiste de la musique allemande/biographe de Can et de Kraftwerk). La première gérant également le mixage et dotant chaque titre d’un interlude musical particulièrement bien senti, complémentaire des morceaux sélectionnés dans le sens où il constitue le fil rouge des ambiances liées à ce parcours musical.

Musicalement, et si l’on pourrait regretter l’absence d’artistes tels que Kraftwerk, pour des raisons de droits, le choix est lui aussi parfait et retrace bien l’esprit et le contenu de la scène, basée sur un rock « différent », d’une ville qualifiée de ville « artistique par excellence » et « de tous les excès ».
Dès lors, il n’est guère étonnant de retrouver, au détour des trente titres retenus, un certain nombre de groupes avant-gardistes, insoumis et audacieux et n’hésitant pas à chambouler les codes du rock « normé », ce qui débouche sur des travaux singuliers et passionnants.
Les genres et les climats sont d’une variété hallucinnante, parfaitement représentative du foisonnement musical touchant alors Berlin, et les essais décalés, novateurs pour l’époque, règnent en maîtres, à l’image du premier titre signé d’un combo...suisse, les Young Gods, dont la présence s’explique par la sortie d’un album hommage à Kurt Weill, célèbre compositeur allemand né en 1900 et disparu en 1950, à la musique considérée par les nazis comme « dégénérée ». Caractériel, exhalant une ambiance cabaret à la fois sereine et dérangée, Salomon Song introduit donc de la meilleure des façons ce bien nommé Wall Of Sound, dont la première face, intitulée West Side, nous offre entre autres la folie punk/new-wave de Nina Hagen sur Born In Xixax, la cold-wave mécanique de Malaria à travers le malsain Your Turn T o Run, ou les titres de figures emblématiques de ce rock « autre » comme Amon Düül, Can ou Neu !. En y adjoignant le superbe Reich Der Träume de Nico ou le Love Song de Jane, et d’autres formations comme Cluster et son électro spatiale et obsédante, on obtient donc, à l’issue de ce périple à l’ouest, une collection sans faiblesse aucune de titres et de groupes complètement en phase avec l’esprit berlinois, en même temps que l’on fait de superbes découvertes comme Brainticket, avec son Space Between dont le nom suffit à lui seul à décrire l’effet qu’il produit, ou Electric Sandwich et ce China exotique et sulfureux.

Krautrock, électro, jazz expérimental et enfiévré, musique répétitive et obsédante, entre autres exemples de styles à l’écart des sentiers battus, font ici bon ménage et voisinent en toute cohérence, et l’on retrouve bien sur cette qualité de tous les instants sur la seconde face (East side), introduite par Faust et son génial The Sad Skinhead. On y croise à nouveau Neu !, Nina Hagen et nos Jeunes Dieux préférés (un Speak Low à l’ambiance unique), de même que Can, ce qui est bien évidemment synonyme d’excellence, et des groupes tout aussi « autres » et insubordonnés s’invitant aux réjouissances. Die Krupps par exemple, avec l’électro trépidante et affolée de Wahre Arbeit, Wahrer Lohn, ou encore Kraan dont le Die Maschine résume superbement le penchant berlinois affirmé pour une électro céleste et envoûtante à souhait, ou plus « terrestre » comme celle de MDK qui parvient lui aussi à nous placer sous son emprise avec...Berlin, exercice électro-pop de valeur supérieure.

Plus loin, on se délecte du cosmique, pouvait-on en douter, Der Astronaut Und Der Kosmos de Die Tödliche Doris, doté d’un saxo grinçant et décisif, ou de Telefon, titre électro-rock court, tranchant et efficace signé Palais Schaumburg. Puis The Front, avec Polaroid, cold et robotique, complète le tableau avec maestria. Avec en plus de tout cela le Yu-Gung puissant et déjanté d’Einstürzende Neubauten, il va sans dire que ce Mur Du Son a fière allure et suscite l’envie, la nécessité même, de se pencher avec insistance sur la scène allemande et berlinoise, en même temps que ce digipack instructif et passionnant tourne sans relâche dans notre reconnaissante platine.



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Tracklisting :
 
Cd 1
 
1. The Young Gods-Salomon Song (4:31)
2. Nina Hagen-Born In Xixax (2:52)
3. Agitation Free-Rüksturz (2:01)
4. Malaria-Your Turn To Run (4:06)
5. Amon Düül II-A Morning Excuse (4:02)
6. Irmin Schmidt/Bruno Spoerri-Rapido De Noir (5:48)
7. Can-Thief (7:10)
8. Neu !- After Eight (4:43)
9. Electric Sandwich-China (3:14)
10. Cluster-Hollywood (4:22)
11. Nico Reich-Der Trauma (5:09)
12. Brainticket-The Space Between (3:28)
13. Jane-Love Song (3:48)
14. Edgar Froese-A Dali-esque Sleep Fuse (7:50)
15. Harmonia-When Shade Was Born (1:35)
 
Cd 2
 
1. Faust-The Sad Skinhead (2:55)
2. Harmonia-Vamos Companeros (4:28)
3. Neu !-Lila Angel (4:44)
4. Die Krupps-Wahre Arbeit, Wahrer Lohn (5:32)
5. Kraan-Die Maschine (4:40)
6. MDK-Berlin 36 (2:20)
7. Cluster-Caramel (3:08)
8. Die Tödliche Doris-Der Astonaut & Der Kosmo (4:11)
9. Palais Schaumburg-Telefon (2:24)
10. The Front-Polaroid (3:04)
11. Liaisons Dangereuses-Dupont (3:05)
12. Einstürzende Neubauten-Yu-Gung (7:08)
13. Nina Hagen-Cosma Shiva (3:00)
14. The Young Gods-Speak Low (6:26)
15. Can-Future Days (8:19)
 
Durée totale : (130:11)