Concerts
Black Heart Procession

Paris (La Maroquinerie)

Black Heart Procession

Le 29 mai 2006

par Béatrice le 13 juin 2006

The Spell, la dernière livraison de Black Heart Procession, était de très bon augure quant à un concert du groupe, spécialisé depuis cinq albums dans un rock vénéneux et envoûtant. Toutefois à 20h30, la petite salle parisienne est loin d’être pleine, et même si le groupe se plaît à répéter qu’il préfère rester underground, on se prend à espérer que c’est surtout dû au fait que leur public ne s’entend pas bien avec les horloges.

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Il faut avouer que la première partie n’est pas des plus connues et donc, pas des plus susceptibles d’attirer les foules un lundi soir. Il s’agit d’un groupe français anglophone, répondant au nom de Collage et jouant quelque part entre rock atmosphérique un peu pompeux et noisy. Le chanteur débarque, seul, devant ce public plus que clairsemé, se présente rapidement, et annonce qu’il va jouer quelques titres en acoustique avant d’être rejoint par son groupe. Il s’exécute donc, et joue trois chansons dans une veine folk tout ce qu’il y a de plus classique, avant d’être rejoint par un guitariste, un bassiste et un batteur et de poursuivre avec un rock plus énergique mais nettement moins captivant. Oui, il a une belle voix, mais pour le coup, elle se retrouve assez noyée sous l’instrumentation, qui se fait de plus en plus bordélique et bruyante, comme si le groupe avait fermement décidé de terminer dans le chaos sonique le plus complet (ce qui est assez réussi, il faut bien le reconnaître). En tout cas, la salle a eu le temps de se remplir, ce qui est plutôt rassurant, alors que la scène, au contraire, est un peu dégagée (une batterie, deux guitare et une basse en moins sur la minuscule scène de la Maroquinerie, ça fait une grosse différence).

Vient le moment où il y a assez de place sur la scène, et assez de monde devant la scène, pour que les cinq musiciens de Black Heart Procession sortent leurs barbes des coulisses. Ils posent leurs bouteilles de whisky et de vin rouge en lieu sûr (mais à portée de main), s’installent derrière leurs instruments respectifs, et aussitôt le chanteur Pall Jenkins s’applique à faire chanter une scie. Le chant d’une scie n’est pas des sons les plus familiers, et pourtant (ou peut-être devrais-je dire donc), c’est un passage obligé chez les Californiens ; et en effet la mélopée lente, à la fois douce et inquiêtante, qui sonne comme une brise glaciale, est un des sons les plus représentatifs de l’univers de Black Heart Procession, et donc la meilleure clef pour y rentrer. Elle peuplera les deux premiers titres du concert, après quoi le violon viendra prendre la relève, alors que Pall Jenkins se mettra à la guitare et que son acolyte Tobias Nathaniel se chargera des claviers (non sans quelques soucis techniques qui forceront d’ailleurs le groupe à s’interrompre pour les régler au début de la troisième chanson...). Dans une alternance de titres anciens et nouveaux, que ce soit sur The Letter ou Tropics Of Love, le groupe recrée ses ambiances musicales, transporte, envoûte de plus en plus, car alors que les bouteilles se vident et que les titres s’étirent et se succèdent, le chant se fait plus sombre, et plus désincarné, la musique plus captivante et enveloppante, et la singularité et l’intensité des chansons se font de plus en plus prégnantes. Parmi les derniers morceaux, on retient surtout To Bring You Back, Tangled, The Spell et GPS, qui s’avèrent encore plus impressionnants que sur l’album - le groupe semble à son sommet lorsqu’il quitte la scène, et le public l’a bien compris, qui, tout parsemé qu’il était au début, en redemande avec insistance. « On jouera jusqu’à ce que la bouteille soit vide », annonce le chanteur, ravi, en brandissant sa bouteille de rouge déjà bien entamée, quelques instants avant de rappeler qu’il n’est « pas aussi saoul qu’il devrait »... Le rappel sera donc assez long, et au moins aussi électrifié et envoûtant que le reste du concert. Tellement que le public rappelera le groupe une seconde fois, ce que celui-ci s’exécutera, jouant un dernier titre ; on serait bien resté plus longtemps, mais on ne rigole pas avec le timing, et les cinqs musiciens finissent par partir définitivement. Pour bien marquer que cette fois, il ne reviendra pas, Pall Jenkins avale d’ailleurs le fond de vin qui restait, avant de disparaître dans les coulisses.



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