Concerts
Bjørn Berge

New Morning (Paris)

Bjørn Berge

Le 15 octobre 2008

par Emmanuel Chirache le 21 octobre 2008

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Oui, à Inside Rock nous aimons Bjørn Berge. Et quand on aime, on ne compte pas. Voici donc le deuxième concert du Norvégien chroniqué sur le site, un concert donné dans le temple parisien du jazz, j’ai nommé le New Morning. Et qui dit New Morning dit public du New Morning, c’est-à-dire un brin plus âgé et moins fan du guitariste que lors de son précédent passage dans la capitale (à l’Européen). Des conditions propices à l’étonnement muet du jazz plutôt qu’aux épanchements rock’n’roll. Sans oublier ces tables et ces chaises qui invitent à la contemplation respectueuse plutôt qu’à la participation endiablée de la foule. A l’entracte on croisera par hasard la très sympathique Agnès Léglise, chroniqueuse à Rock&Folk, qui nous dira sa frustration de ne pas pouvoir pogoter au milieu de la salle.

Mais fi de ces petits détails et arrimons-nous solidement à notre fauteuil en attendant la bêêêête. Bien entendu, il faut se farcir une première partie avant de pouvoir profiter du spectacle tant attendu. Et là, qui arrive ? Maxim Nucci. J’en vois qui froncent les sourcils avec perplexité, et c’est tout à leur honneur. Petit cours de rattrapage pour les retardataires qui ne lisent pas Voici et qui ne s’intéressent ni à la Star Academy ni à Popstars : Maxim (vous noterez l’absence élégante du « e », laquelle permet de se démarquer de tous les ploucs du même prénom) est un super beau gosse qui jusqu’à récemment chantait des bluettes pour piquer le public de midinettes de sa copine Jenifer. Il a aussi composé le premier album des L5. Seulement voilà, ça c’est l’ancien Maxim. Un jour, un éclair de 100 millions de volts a traversé son corps et depuis tout a changé. Ses cheveux ont poussé, un chapeau melon zappaïen est tombé sur sa tête et le dieu du rock a guéri ses écrouelles et touché son âme. Caché dans un buisson ardent, il lui a révélé sa prophétie : « tu fonderas un groupe avec un violoncelliste ainsi qu’un guitariste rythmique. Et surtout, tu arrêteras d’écrire de la daube. »

Maxim Nucci a suivi les conseils du dieu du rock : son nouveau groupe, Yodelice, a tout pour casser la baraque. Le set commence par un Insanity de haute volée, quelque part entre du Jeff Buckley pour les arpèges et du Nosfell pour le violoncelle et la maîtrise vocale. Après un deuxième morceau toujours agréable, le chanteur empoigne une guitare à l’étrange silhouette dont la caisse forme un crâne avec deux rosaces pour figurer les yeux. L’instrument émet un putain de son et les riffs s’enchaînent avec brio. On ne connaît pas les noms des chansons, et pour cause le disque n’est pas encore sorti, mais on attend avec impatience de les écouter de nouveau ! On a presque peine à croire que c’est le même homme qui récitait des niaiseries comme Dis à l’amour que l’on voit aujourd’hui balancer des rythmes aussi funky et endiablés. Espérons que ce talentueux compositeur a définitivement jeté son piano au bûcher pour embrasser une véritable carrière de rocker, car la voie royale est tracée face à lui.

Puis, d’une placidité toute norvégienne, Bjørn s’installe et entame N.V.. Les premières notes qu’il égrène sont rapides, cinglantes, à la robustesse implacable. Il ne se lève pas de sa chaise et nous bouscule, nous nous réveillons, comme d’habitude. Pourtant, le guitariste va légèrement les modifier, ses habitudes, en nous offrant un répertoire davantage blues que metal, composé en partie de morceaux plus anciens tels que les excellents Death Letter (chanson de Son House reprise également par les White Stripes) ou Every Morning (réclamé par une bande de Norvégiens déchaînés). Pour autant, la plupart des incontournables sont bien présents, que ce soit les ballades Angel Band et Someday, le génial Trains, l’énorme Stringmachine ou encore le fameux instrumental traditionnel que Bjørn est allé chercher dans les montagnes de Norvège. A chaque fois, le colosse aux mains pas en argile nous gratifie de sa bonne humeur entre deux titres - « I’m in a very good mood », aime-t-il rappeler. Il évoque ses quarante ans révolues depuis quelques jours, parle de sa nouvelle guitare « normale » à six cordes et nous livre le secret de son art : il faut trois cerveaux pour jouer comme Bjørn Berge. Le premier pour le pouce de la main droite qui joue les basses, le deuxième pour les doigts de la main gauche qui jouent la mélodie et le troisième pour l’autre pouce qui pince la corde du Mi. Rien de plus facile.

Bjørn a fait tomber la veste

Évidemment, le guitariste démontre une technique impressionnante que chacun admettra. Mais sa personnalité ne se résume pas à ce simple constat, car ce véritable interprète recompose autour de lui un univers mêlant blues, metal et chansons folkloriques dans une espèce de logorrhée musicale qui accumule les notes et les glissando à la slide autant que les références érudites ou les inventions stylistiques. Ses chansons, il en épuise les formes et les possibilités, les étire jusqu’à plus-soif et ne s’arrête pas avant d’avoir tari leur source. C’est le cas par exemple de See That My Grave Is Kept Clean, dont la version présentée ce soir-là dépasse l’entendement humain. Il faut jeter une oreille également sur The Room At The Top Of The Stairs pour mieux saisir à quel point Bjørn Berge modélise les chansons qu’il reprend pour les faire sienne. Une telle intransigeance esthétique ne peut pas s’épanouir sans commettre quelques dégâts et il faut avouer que le musicien entre parfois dans une transe telle qu’on ne peut plus l’en sortir. On lui pardonne d’autant plus qu’on en ferait autant à sa place.



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