Films, DVD
Français pour une nuit

Français pour une nuit

Metallica

par Emmanuel Chirache le 10 décembre 2012

4

Paru en décembre 2009 (Universal)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Il me faut ici confesser quelque chose : je n’écoute pas, ou peu, les disques de Metallica. Studio s’entend. Lorsque j’ai une envie de For Whom The Bell Tolls ou de The Four Horsemen, je jette mon dévolu sur Live Shit : Binge & Purge, sur S&M, ou n’importe quel bootleg en public. Car Metallica est avant tout un groupe live, peut-être le plus grand de ces trente dernières années. Le plus puissant, certainement. Sans doute est-ce le groupe que j’ai le plus vu sur scène, de Bercy au Bataclan, sans jamais me lasser. Les prestations de Metallica sont donc une bénédiction pour les enregistrements vidéos, et le groupe ne se privera pas d’en produire de fameux. Ainsi Cliff’em All dédié à la mémoire de Cliff Burton, collection de vidéos personnels de fans et d’enregistrements télé médiocres qui regroupe plusieurs concerts entre 1983 et 1986. Malgré une qualité loin du Blue-Ray et du son dolby surround, le DVD vaut le coup d’œil pour les démentielles performances du bassiste :

Cliff’em All présente surtout un groupe jeune et enthousiaste, bon enfant, dont l’ambition passe d’abord par une exigence artistique pointue et des concerts grandioses. Metallica fonce aussi vite que Whiplash vers la gloire, et chacun sait que dans ces cas-là c’est le voyage qui est le plus beau. Suivra Un an et demi de la vie de Metallica (1992), documentaire sur la finalisation du Black Album et la tournée qui suivit. Véritable plongée au cœur du groupe, la vidéo permet d’apercevoir la version la plus épique jamais donnée de Harvester of Sorrow face à un millions de moscovites déchaînés et tabassés par la police. James, Lars, Kirk et Jason ont les cheveux longs, sentent bon le sable chaud et passent le public à la moissonneuse batteuse, récoltant alors une sacrée moisson de sanglots de la part de la concurrence. Dans la foulée de leur triomphe, ils décident en 1993 de sortir un disque live, enfin ! Un seul disque ? ce serait ridicule, tant Metallica s’épanouit dans le gigantisme d’arènes immenses et de shows interminables. Le matériel offert par la tournée se révèle si riche que l’option « coffret » est finalement choisie, soit trois CD et trois VHS (regroupés en deux DVD plus tard). Parmi ce répertoire à tomber à la renverse, on trouve l’un des concerts filmés les plus intenses de la carrière du groupe : celui donné à Seattle pour le Damaged Justice Tour de 1989. Les Four Horsemen entrent sur scène avec leur éternelle bande son signée Morricone, puis envoient un Blackened tonitruant, monstrueux, extraterrestre :

D’un bout à l’autre du concert, jusqu’à la reprise insensée de Breadfan, Metallica pulvérise l’audience par sa hargne, sa présence et ses chansons parfaites. Tout amateur de rock féroce doit donc posséder dans sa discothèque, à côté du No Sleep ’till Hammersmith de Motörhead, ce Live Shit : Binge & Purge, que ni Slayer, ni Pantera, ni Machine Head, ni personne d’autre ne parviendra jamais à égaler. Après l’album Load (1996), un sympathique - sans plus - Cunning Stunts verra le jour en 1998, puis un étonnant S&M enregistré un an plus tard avec l’orchestre philharmonique de San Francisco. Et nous voici dix ans après, en train de contempler la nouvelle vidéo live du groupe intitulée Français pour une nuit. Difficile d’éviter la question : trente ans après ses débuts, que vaut Metallica sur scène ?

Signalons pour commencer qu’il s’agit d’une exclusivité française, puisque les images proviennent du concert exceptionnel donné dans les arènes de Nîmes. Le DVD a donc été tourné, réalisé, monté, designé par une équipe française, cocorischtroumpf. Inutile de préciser que le cadre apporte au film une certaine majesté qu’on ne trouve pas à la Market Square Arena d’Indianapolis par exemple. Autre fait marquant, depuis quelques années Metallica en live rassemble tous les âges, sorte de réunion régulière de la famille metal (ou famille Metallica). James Hetfield le rappelle d’ailleurs à qui veut l’entendre : « this one requires the Metallica family, that is you », scande-t-il à tout bout de champ. Et le monsieur a raison, il suffit pour s’en rendre compte de scruter attentivement le public, où l’on aperçoit parents metalleux avec mère, père (aux cheveux longs) et fille de treize ans qui va chercher les bières pour tout le monde. Une grande famille qu’on aime retrouver, voilà exactement ce qu’est devenu le groupe.

Face à un public français qu’il affectionne, Metallica donne ici le meilleur de lui-même, conscient de la dimension historique de l’événement et de l’endroit. Avant Seek & Destroy, le chanteur interpelle l’audience : « This is very special, and pretty unbelievable, that a band like us could play in such a historic place... with our own gladiators, yes. So we’re gonna play one more song and what we would like to do is make this place remember that Metallica was here, ok ? So 2000 years from now, they will remember this, ok ? » Force est de constater que le groupe fait tout pour mériter sa place au panthéon du rock. C’est bien là l’un des aspects les plus intéressants chez Metallica, ce sentiment de faire partie d’une histoire et cette volonté d’y laisser une trace. Pourtant, autant Lars Ulrich s’inscrit probablement dans une démarche raisonnée, autant Hetfield agit spontanément et sans calcul. Ce qui ne signifie pas qu’il n’a aucune conscience des enjeux. Hetfield comme les autres savent que ce concert aux arènes de Nîmes les consacre symboliquement comme l’un des derniers grandes formations vivantes de l’histoire du rock, en attendant les prochaines.

A son habitude, Metallica réalise ce soir-là une démonstration de force, de maîtrise technique et de sens mélodique. Bien sûr, James ressemble désormais à un beauf tatoué, hélas plus au viking terrible qu’il était, évidemment que Lars frappe ses fûts consciencieusement mais sans la fougue d’antan, bien entendu Kirk Hammett... ha tiens, non, Kirk Hammett est resté pareil. Quant à Trujillo, il saute, rampe, tire la langue et fronce les sourcils, bref il ravit les fans. On retiendra également de ce Français pour une nuit que les morceaux tirés de Death Magnetic passent autrement mieux le test du live que ceux du défunt St. Anger. Que ce soit un putain de Broken, Beat & Scarred ou un excellent Cyanide, ils gagnent beaucoup à être entendus en pleine arène :

Ils ont beau avoir pris quelques années dans les dents, une poignée de kilos en trop, les quatre cavaliers de l’Apocalypse continuent de faucher l’ennui et la morosité rock’n’roll. Ils nous offrent même un Dyers Eve qu’on n’avait pas entendu depuis longtemps et nous gratifient d’une version époustouflante de Fade To Black. Il faut se rendre à l’évidence : les Metallica sont les Stones de la deuxième génération.

Article initialement publié le 12 janvier 2010.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. « Blackened »
2. « Creeping Death »
3. « Fuel »
4. « Harvester of Sorrow »
5. « Fade to Black »
6. « Broken, Beat & Scarred »
7. « Cyanide »
8. « Sad but True »
9. « One »
10. « All Nightmare Long »
11. « The Day That Never Comes »
12. « Master of Puppets »
13. « Dyers Eve »
14. « Guitar Solo + Nothing Else Matters »
15. « Enter Sandman »
16. « Stone Cold Crazy »
17. « Motorbreath »
18. « Seek and Destroy »