Concerts
Metallica

Lyon (Halle Tony Garnier)

Metallica

Le 23 mai 2010

par Antoine Verley le 1er juin 2010

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Il ne faisait pas si chaud, à l’ombre de cette salle au nom du plus grand architecte français du vingtième siècle. Naseaux bercés par les effluves des kebabs environnants dont les prix augmentent au fur et à mesure que l’on avance dans la file, on patiente, achevant nos bouteilles d’eau (interdites, même sans bouchon, pour des raisons de sécurité mais avant tout pour booster le libre-échange et le commerce de liquides dans l’enceinte de la salle dans le cadre du plan de relance par la consommation). Après des mois d’analyse des setlists du World Magnetic Tour et un dépeçage méthodique du corpus metallicien en 3 catégories de morceaux (les « morceaux-que-c’est-sûr-qu’ils-vont-les-jouer », les « morceaux-que-peut-être-qu’ils-vont-les-jouer-mais-c’est-pas-sûr », et les « morceaux-que-c’est-sûr-qu’ils-vont-pas-les-jouer »), on se rend à l’évidence : il n’y a plus un seul modèle de setlist possible, mais bien plusieurs. Sur cette horrifiante déclaration s’achèvent les spéculations métaphysiques (« si t’avais le choix entre Battery, Blackened et Fight Fire With Fire, tu prendrais quoiiii ? »). On pénètre dans la salle, ex-abattoirs bâtis en 1914 et d’une superficie de 17 000 m², prêt à prendre sa claque au frais.

High On Fire ouvre le bal vers 19h. Les seules observations que votre serviteur pourra en faire concerneront leur cul, un malentendu semblant exister autour du concept de scène centrale (outre pour un vague bassiste se retournant de temps à autres histoire de s’assurer que les deux tiers du public à qui il tourne le dos sont encore en vie). Cela dit, ça n’est pas plus mal (on a vu les photos), et le Lemmy-like crétin gruntant au son d’une double pédale épileptique et de guitares mal accordées n’aura fatalement pas régalé nos esgourdes, malgré tout ce que la recette pouvait avoir de ragoûtant. Tout le contraire des Volbeat qui suivront, dotés d’une palette plus large et colorée (thrash, funk, stoner, voire metal-pop), d’une sacrée paire (arsenal nécessaire pour lancer « d’you like Johnny Cash ? » à 17 000 headbangers en goguette avant d’empoigner une guitare folk), et, surtout, d’un sens aigu de la mélodie. Très chouette. Alors qu’un audacieux teasing de Reign In Blood clôt le set, on s’assoit, chocos en renfort, attendant déjà patiemment les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse. Les clepsydres marquent 20h30.

Il faudra une bonne demi-heure pour que l’obscurité totale se fasse et que jaillisse de nulle part un The Ecstasy Of Gold (que dis-je, un ? LE Ecstasy of Gold) repris, tremolos dans la voix, par un public fervent. Les battements de That Was Just Your Life (samplés ou arrachés à l’unisson des cœurs des spectateurs hagards ? L’on se pose encore la question) lui succèdent avec le brio qu’on sait ; sa guitare glaçante émoustille une audience contenant bien mal son hystérie. En moins de temps qu’il n’en faut à Kirkounet pour jouer 15 notes… Tora Tora Tora. Les glas (pour qui sonnent-ils ?) sans pitié de Lars Ulrich, secs et puissants, rythment le riff hégémonique d’Hetfield ; et, mine de rien, tout Metallica est résumé en ce simple (façon de parler) morceau issu du métempsycotique Death Magnetic : puissance totalitaire et froideur imperturbable.

Un light show exemplaire (lasers, fumée, projos fixés sur des cercueils géants des plus charmants) sert à merveille le spectacle. D’emblée, un détail saute aux yeux : une maîtrise de l’espace scénique au petit poil. Les Four Horsemen couvrent la scène avec un professionnalisme déconcertant, s’y déplaçant intempestivement au millimètre et permettant à chaque spectateur de profiter du show. Il est d’ailleurs passionnant de s’intéresser aux effets de scène du groupe : conscient de l’adoration inconditionnelle que lui vouent les fans, James Hetfield ne joue absolument pas sur un cirage de pompes populiste (foin des usuelles félicitations au public, plutôt des remerciements pour notre appartenance à la « Metallica family ». Seul moment d’humilité : Hammett rejouant le riff de Heaven and Hell dans un silence ecclésial en hommage au pote Dio.), mais, bien au contraire, sur une mégalo sans bornes (« I love playing this song. It’s like a prayer to remind me how much I love this song »). Cette fanitude permet également à Hetfield de jouer sur la tension que provoque la nature aléatoire de la setlist (« You got the album Kill ‘em All ! » « Yeah ! » « No ! » « Yeah ! » « No Remorse » ; c’était d’un finaud…).

Parlons-en, de la setlist, tiens. Chacun en pensera ce qu’il veut, mais 5 morceaux du black album, c’est objectivement trop, et un seul de …And Justice For All, pas assez. Du reste, la répartition (2 de Master Of Puppets, 2 de Ride The Lightning, 3 de Kill’em All et 4 de Death Magnetic) est également discutable, mais laissons enfin tranquilles ces pauvres diptères dont le rectum a suffisamment pris depuis le début de ce papier. Et puis, après tout, un concert de Metallica a l’avantage de rendre savoureux même leurs moins bons morceaux. Gargl, même la sirupeuse Unforgiven III passe crème ! Musicalement, le groupe est évidemment au top (les doutes avaient été tués dans l’oeuf par le récent live Français Pour Une Nuit) : la voix de James s’est effectivement bonifiée (mélodieuse plutôt que rocailleuse), les soli de Kirk prennent, au fil du spectacle, l’allure d’un vol de colibris priapiques sous speed, et chaque grave échevelée du crabe Trujillo transpire le Cliff Burton, l’ex-bassiste hantant tout le set, comme un membre fantôme. Fade To Black scintille, Battery crache, Whiplash bouillonne… On tient là une raison essentielle de la haine cristallisée autour de Metallica : après trente ans de carrière, le groupe, contre toute logique (néo oublié, Pantera foudroyés, Sepultura anémiés, Slayer ridiculisés, Anthrax, Megadeth et Machine Head toujours groupes de seconde zone), ne se contente pas de faire partie des meubles, mais demeure bel et bien au centre de l’actualité du metal, en studio comme sur scène ; et ce, non parce qu’il tente de suivre les modes (on voit le résultat : St. Anger), ni parce qu’il s’en joue (ah, le mythe de l’intemporalité…) mais bien parce qu’il y interfère et leur appose sa marque, avec une foi et une puissance indéfectibles. Coup purement marketing ? Si c’en est un, il a fonctionné à merveille : en sortant, votre valet a failli se laisser prendre à acheter un t-shirt. C’est dire, vu les mochetés.



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Set-list :
 
That Was Just Your Life
The End Of The Line
For Whom The Bell Tolls
Through The Never
Fade To Black
Sad But True
My Apocalypse
Wherever I May Roam
The Unforgiven III
No Remorse
One
Master Of Puppets
Battery
Nothing Else Matters
Enter Sandman
 
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Helpless (Diamond Head cover)
Whiplash
Seek & Destroy