Concerts
Red Fang + Black Tusk

Les Combustibles (Paris)

Red Fang + Black Tusk

Le 11 avril 2012

par Aurélien Noyer le 19 avril 2012

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Black Tusk
©Sylvain Golvet

Comme disait Chateaubriand, « voir Red Fang et revoir Red Fang… et re-revoir Red Fang ! » Après le Hellfest en juin 2011 et la première partie de Mastodon, il était impensable de rater l’étape parisienne de la tournée conjointe Red Fang/Blask Tusk (sponsorisée par l’Association des Paléo-Dentistes ?). Direction donc les Combustibles, salle minuscule située au rez-de-chaussée d’un restaurant un peu bobo du même nom… le genre de salle qui ferait passer un club de jazz germanopratin pour le Zénith, mais où les Stoned Gatherings semblent avoir pris leurs aises pour proposer une série extensive de concerts stoner, doom, heavy qui révèlent un goût très sûr (Karma To Burn, Black Tusk/Red Fang, Jucifer, etc.). On attaque donc par Abrahma, ex-Alcohsonic, qui ont troqué leurs chansons éthyliques pour de la disto et de la reverb. Force est de constater que si le groupe n’est pas tout à fait en place, que la voix du chanteur n’est pas un exemple de justesse ou de maîtrise, il révèle néanmoins une vérité essentielle : il n’y a pas de mauvais stoner. Depuis la célèbre publication des Inconnus et al. dans le prestigieux magazine scientifique La Télé des Inconnus, les spécialistes du monde entier s’écharpaient en controverse sur le bon et le mauvais hard-rock, le bon et le mauvais punk, la bonne et la mauvaise pop, le bon et le mauvais metal. Jusqu’ici, seul le ska festif avait réussi à générer un consensus dans la communauté (cf. « Il n’y a pas de bon ska festif, c’est de la merde en barre  », Everybody et al., Anywhere Magazine, p.42, 1997). Ce que notre équipe a pu observer ce soir-là, c’est que le stoner renverse ce paradigme : il y a du bon stoner… et du moins bon stoner. Mais le mauvais stoner, ça n’existe pas. Il y a toujours moyen de faire bouger des têtes quand on joue des riffs un peu lourds et surtout qu’on les joue assez fort.

Malheureusement, nous n’avons pas pu vérifier cette assertion lors du concert de Rescue Rangers puisque nous étions occupé à interviewer John Sherman, batteur de Red Fang. Mais à défaut d’observation directe, nous avons pu constaté que l’état du public après les deux premières parties tendrait à valider notre théorie. Abrahma et Rescue Rangers ont parfaitement tenu leur rôle et ont fait monter la température des Combustibles d’une bonne dizaine de degré… elle ne descendra plus !

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Black Tusk
©Sylvain Golvet

Arrivés tranquillement sur scène, Black Tusk ne met pas plus de deux minutes pour faire exploser une bonne dizaine de tympans. Avec un son aussi massif que le mammouth à l’extrémité de la-dite « défense noire », le groupe coupe court à toute critique et à toute tentative de relativisation. Il est facile de reprocher à Black Tusk d’apparaître comme un second, voire un troisième, couteau au milieu de la scène de Savannah (Mastodon, Baroness, Kylesa) mais c’est surtout une erreur. Black Tusk ne cherche pas à venir jouer sur le terrain des composition progressives de ses confrères. Si le groupe y puise quelques riffs et quelques constructions, c’est uniquement pour donner encore plus de puissance à un metal qui se veut essentiellement sale et brutal. Venus du punk, les membres du groupe ont recyclé l’impératif de violence du genre en l’injectant dans un stoner dont l’impact sur l’auditeur est immédiat. C’est évident sur disque, c’est frappant en live... au sens propre du terme : l’avant des Combustibles se transforme immédiatement en pogo et les slammeurs s’en donnent à coeur-joie malgré un plafond qui ne culmine pas au-delà des 2m30.

À ce propos, il convient de rendre hommage au public parisien des Combustibles. Habitué à la seule alternative « trentenaire coincé qui ménage tout autant ses applaudissements que ses hochements de tête ou petit con bourré qui pogote à tout-va sans se soucier de ses voisins », j’ai été plus qu’agréablement surpris par l’ambiance dans la salle : enthousiasme généreux au fond, et pogo puissant mais pas violent devant. Et alors que l’excellent concert de Blask Tusk se termine, la salle scande leur nom comme si c’était eux la tête d’affiche...

… sans pour autant s’économiser à l’arrivée de Red Fang. Chez Inside Rock, on avait découvert le groupe au Hellfest lors d’un show intéressant et enthousiasmant mais qui ne semblait pas tenir toutes ses promesses (John Sherman nous a expliqué que le groupe débarquait dans la folie du Hellfest après une nuit blanche). On l’avait retrouvé en première partie de Mastodon au Bataclan pour un set carré et ultra-efficace où Red Fang reconstruisait, grâce à une excellente balance sonore, le groove imparable de ses disques. Aux Combustibles, on a encore découvert une troisième version du groupe : Red Fang en mode « concert dans un club surchauffé ».

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Black Tusk
© Sylvain Golvet

Peut-être moins précis dans sa dynamique qu’au Bataclan, Red Fang compense largement par une montée en puissance proprement hallucinante. Les voix de Bryan Giles et Aaron Beam se répondent avec toujours autant d’efficacité, mais les deux chanteurs en rajoutent dans le registre « beuglement » comme si l’extrême étroitesse de la scène leur donnait envie de se faire entendre des premiers rangs comme s’ils n’avaient pas de micro. Pour autant, le combo n’oublie pas de concentrer son jeu dans un son incroyablement compact qui achève titre après titre le public des Combustibles : Painted Parade, Malverde, Wires, Humans Remain Human Remains, un Prehistoric Dog furibond et, pour finir, un rappel sur Hank Is Dead et Throw Up où l’arsenal du groupe s’enrichit de Andrew Fidler, guitariste de Black Tusk, qui se joint au public pour pogoter et mettre une touche finale à un des concerts les plus incroyables auquel j’aie assisté... Pour en rajouter une couche, je mentionnerais bien le jeune homme qui a passé une partie du concert complètement nu (ce qui rendait ses slams un peu plus délicats) mais d’après les commentaires Facebook sur la page de Red Fang, c’est un habitué des lieux. Par contre, il est opportun de remarquer que les organisateurs des Stoned Gatherings, qu’ils en soient remerciés, ne se sont pas montrés chiche puisque les concerts se sont terminés aux alentours de minuit et demi... ça change des frileux 23h habituels des concerts parisiens !



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Set-list Black Tusk

Brewing the Storm
Bring Me the Darkness
Embrace the Madness
Ender of All
Carved in Stone
Red Eyes, Black Skies
Fixed in the Ice
The Take Off
The Ride
 
Encore :
Twist the Knife
Crossroads and Thunder

Set-list Red Fang

Reverse Thunder
Bird on Fire
Painted Parade
Sharks
Malverde
Wires
Into the Eye
Humans Remain Human Remains
Number Thirteen
Good to Die
Prehistoric Dog
 
Encore :
Hank Is Dead
Throw Up