Concerts
Queens Of The Stone Age

Edimbourg (Corn Exchange)

Queens Of The Stone Age

Le 9 février 2008

par Béatrice le 19 février 2008

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Josh et ses hommes l’ont laissé entendre dans le titre de leur dernier album, ils veulent marquer les temps vulgaires de leur sceau. Idéalement, ils voudraient sans doute que le monde soit peuplé d’ampoules amochées et débauchées, mais pour ça, ils ont encore du boulot - même si t-shirt et posters se répandent sérieusement, à en juger par l’accoutrement de la foule qui se masse en ce 9 février 2008 devant le Corn Exchange d’Edimbourg (pourtant pas la salle la plus facile d’accès du monde, puisqu’elle est située à quelques miles de la capitale écossaise, entre quelques lotissements gris et une poignée de terrains de golf). Il ne fait pas très chaud, mais il faut croire que certains ont vraiment envie de faire étalage de leur amour pour le groupe (et les ampoules), et se passent donc de manteau... Remarquez, pour aller à un concert des Queens Of The Stone Age, surtout quand on est un(e) jeune fan et qu’on veut être le plus proche de la scène possible, un manteau n’est pas franchement la chose la plus essentielle du monde - au contraire, c’est au mieux superflu, au pire très encombrant.
On est ceci dit pas obligé de se masser contre la scène, la salle, même si elle paraît un peu petite pour justifier son ancrage à la périphérie de la ville et donc sa difficulté d’accès, est relativement grande. Ce qui est important, c’est de se trouver un coin relativement confortable, parce que les groupes vont se faire attendre...

Les groupes, oui, parce qu’il va y en avoir plus d’un. On se serait pourtant bien passé du pluriel, tant la première partie était excellente, si, si, au point d’éclipser les reines de la soirée - euh, vraiment, vous y croyez, vous, à ça ? Non ? Vous avez raison... On aurait presque aimé que vous ayez tort, pourtant, parce que les première parties pénibles, c’est... pénible, surtout quand elles se sont fait attendre une heure, surtout quand elles se payent le luxe d’une entrée scénographiée, avec jeux de lumières énigmatiques, musique de fond qui s’élève, silhouettes qui s’emparent de leurs instruments et... retombée immédiate du soufflet dès lors qu’ils commencent à jouer. A leur décharge, ils s’appellent In Case Of Fire, et il faut reconnaître que c’est un nom qui laisse attendre ce genre de performances où il faut faire du bruit, jouer vite, lourd, et bidouiller des bruitages pour avoir l’air original et ouvert d’esprit (alors même qu’on rabâche des clichés mélodiques et des tics métalliques déjà usés jusqu’à la corde). Ils ont l’air bien gentils, pourtant, ces trois garçons. Tout aussi jeune et bien habillé que ses deux comparses, le chanteur lutte presque pour faire sortir sa grosse voix menaçante de leader viril et impitoyable. Mais n’est pas Josh Homme qui veut, et ces wannabe-queens-ci devraient songer à se reconvertir en wannabe-travis, ça leur collerait peut être mieux (et il leur suffirait de baisser le volumes, les distorsions, et le rythme). Résultat, une heure d’attente, 40 minutes de musique d’une médiocrité flirtant avec la pénibilité, et ensuite, il faut encore attendre que les lustres S-M de Josh & consorts soient déployés au-dessus de la scène. Je crois qu’on peut le dire, les Queens Of The Stone Age ont le don d’agacer leur public avant de monter sur scène (certains se rappelleront sans doute un certain DJ-set à l’Elysée Montmartre, en mai 2007...).

Mettons ça sur le compte d’un certain goût du défi du quintette, puisqu’il est encore plus difficile de se mettre dans la poche un public irrité par une première partie indigne de la seconde, mais que les Queens Of The Stone Age savent qu’ils en sont capables. Pour pimenter l’affaire, ceci est la première date de la tournée (ou plutôt, la première depuis la mi-décembre et les vacances de Noël de Josh & cie), et apparemment le chanteur a passé les deux jours précédents malade dans son lit, manquant une occasion de visiter Edimbourg, son château, ses cornemuses, son parlement. Qu’importe. Il en faut plus pour les arrêter.
Ils jouent donc sous six lustres gothico-kitsch, ceux-là même qu’il a fallu déployer avant l’arrivée du groupe - on ne sait pas trop pourquoi, à part que c’est, sinon vraiment joli, du moins pittoresque, et que ça installe vaguement une ambiance. Ils commencent par un exposé de ce qu’ils font aujourd’hui (Turnin’ On The Screw), puis par un rappel de ce qu’ils faisaient hier (Monsters In The Parasol), avant de brûler la sorcière... et là, il faut reconnaître qu’on leur pardonne toutes les premières parties médiocres et en retard du monde, parce que Burn The Witch est ce qu’il convient d’appeler en toute bienséance un putain de bon titre, a fortiori en live. Surtout quand ceux qui suivent sont Misfit Love et Into The Hollow, tout deux sérieux prétendants au titre également...

Eclairages virant du orange au vert en passant par le rouge (autant dire, déclinant savamment une gamme de teintes chaleureusement inquiétantes), guitares incisives martelant imperturbablement les mélodies, voix sinueuse et enjôleuse, frappes impitoyables de la batterie qui assène le rythme... Les Queens Of The Stone Age n’ont guère changé leur bulldozer scénique que rien ne semble pouvoir enrayer. En plus de ça, voir le groupe jouer (même sans l’entendre, ce qui est effectivement délicat à moins d’être complètement sourd) constitue en soi un spectacle : à l’extrême gauche, Mr. Troy Van Leuween, costume noir, cheveux tout aussi noirs retombant sur ses tempes, fait crier sa guitare tout raidi de concentration. A côté, Dean Fertita et sa beauté sombre partagent leur attention entre un clavier et une guitare rouge sang. En plein centre le scène, trône cette masse de muscles mouvante qui se déploie et se replie en martelant des tambours et des cymbales, j’ai nommé Joey Castillo. Devant, notre Homme Josh, bûcheron roux imposant jouant du déhanché désinvolte et de la moue aguicheuse. Enfin, à droite de la scène, le bassiste Michael Shuman agite sa tignasse brune en bondissant en rythme. Le tout sous les lustre décrits plus haut et un jeu de lumières fort étudié, est-il besoin de le rappeler. Et oui, si étonnant que ça puisse paraître, cette ensemble disparate a une certaine cohérence esthétique - en tout cas, il sait interpeller l’œil.

Pour ce qui est de la scénographie, donc, rien à redire. Pour ce qui est de la setlist non plus, d’ailleurs : elle alterne anciens et nouveaux titres de façon équilibrée, ce qui fait que si Era Vulgaris ne colonise pas le concert, il n’en paraît pas pour autant déjà étouffé et enterré. C’est bien, mais en même temps... on réalise assez vite qu’il y a une différence marquante entre les morceaux du dernier album et ceux de ses prédécesseurs. Pas qu’ils soient moins bons, simplement, ils n’ont pas la force de frappe offensive, celle qui fait s’abattre un couplet sur le crâne du spectateur et le pétrifie dans un état pseudo-hypnotique où la seule pensée organisée que son cerveau est encore capable d’émettre est quelque chose du genre « Whouaou ils sont forts, eux, dites donc ! ». N’est pas Better Living Through Chemistry ou Song For The Dead qui veut... Les « nouveaux » s’apprécient aussi, mais ils s’apprécient différemment ; ils demandent une attention plus aiguisée, courtisent et se refusent résolument à toute tentative de viol auditif, car ce sont des morceaux plus scrupuleux, plus compliqués, plus tortueux et torturés. Du coup, pour peu qu’on soit un peu fainéant, ou qu’on aille voir les Queens Of The Stone Age en espérant se prendre une telle volée de claques sonores qu’on en ressortira tout titubant, eh bien, forcément, on va préférer les vieux morceaux, et presque regretter que quasiment la moitié de la setlist soit consacrée à des blancs-becs un peu tatillons sur les bords - malgré les sinuosités sombres d’Into The Hollows, le gimmick calibré de 3’s & 7’s, l’appétit vorace de Sick Sick Sick ou encore la démarche chaloupée (quoiqu’un peu métallisée et distordue) de Make It Wit Chu.

Du coup aussi, on apprécie le rappel, pour tout bref qu’il eut été. Recette testée et approuvée à maintes reprises de l’enchaînement Go With The Flow/Song For The Dead sous des projecteurs qui saignent des rayons écarlates. On pourrait faire la liste de tous les grands absents, on ne le fera pas, parce que les Reines de la soirée ne peuvent que sacrifier quelques grands titres, ou jouer plus de 3h. Et si elles avaient joué plus de 3h, il n’y aurait plus eu de trains au départ de Slateford, et tout le public aurait été bloqué dans la banlieue d’Edimbourg jusqu’à l’aube, ce qui n’était souhaitable pour personne.



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Setlist :
 
Turning on the Screw
Monsters in the Parasol
Burn the Witch
Misfit Love
Into the Hollow
River In the Road
Tangled Up In Plaid
You Would Know
Do It Again
3’s and 7’s
In The Fade
Leg Of Lamb
Make It Wit Chu
Little Sister
Better Living Trough Chemistry
Sick Sick Sick
----------------------
Go With The Flow
Song For The Dead

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