Incontournables
20 incontournables des années 2000

20 incontournables des années 2000

Part. III (2001-2004)

par Oh ! Deborah, Aurélien Noyer, Brice Tollemer, Emmanuel Chirache, Yuri-G le 25 janvier 2010

Comme prévu, la suite de notre Top des années 2000, avec la troisième partie consacrée à la période allant de 2001 à 2004.

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Pour voir la partie I, cliquez ici ; pour la partie II, ici.

The White Stripes - White Blood Cells (2001)

Après leur deuxième, l’intimiste et bluesy De Stijl, c’est White Blood Cells qui rendit connus les White Stripes auprès du public rock, grâce à son single trompeur Hotel Yorba. Cette comptine pop-country n’avait alors pas grand chose à voir avec le reste de cet abum renouant avec l’effroyable premier album éponyme du groupe. Parsemé de morceaux imparables (parmi les meilleurs de leur disco) tels que Dead Leaves and The Dirty Ground, The Union Forever, Offend in Every Way, Aluminum et l’allumé I Think I Smell I Smell A Rat, ou encore de ballades sèches et mélodieuses comme The Same Boy You’ve Always Known, White Blood Cells s’avéra marquant dès sa sortie, représentant alors le premier et seul véritable manifeste classic-rock de la décennie, usant d’un son et d’une énergie authentiquement vintage, et de multiples clins d’oeil tour à tour folk, hard, blues et garage.

Plus qu’un groupe revival, les White Stripes étaient quasi un groupe « réac-rock » à la puissance juvénile (des enfants chantent sur le refrain de Fell In Love With The Girl) et au blues parfois décousu, original, bien produit, mais toujours fidèle aux anciens. Mais ce qui rend les White Stripes essentiels dans notre décennie, ce sont leurs prestations scéniques subjugantes, à la fois spontanées et parfaitement maîtrisées, la beauté du duo, la voix prophétique et le charisme habitant la personne de Jack White qui occupe tous les regards fascinés. Après tout, cette grandeur naturelle ou cette aura de guitar-hero est tellement rare ces derniers temps qu’elle mérite d’être soulignée.

The Flaming Lips - Yoshimi Battles The Pink Robots (2002)

A la seule vue d’un concert des Flaming Lips et de son lot de lâcher de ballons, de peluches animées, de couleur pop, le Candide rock aurait vite fait de se demander « mais finalement quel différence avec un mec comme Mika ? » Pour répondre à cela, il convient de remarquer, outre d’évidentes différences de qualité musicale, qu’il faudrait être un pervers monomorphe particulièrement vicieux (ou un critique des Inrocks) pour qualifier le combo de Wayne Coyne de « délicieusement décalé »... et c’est bien là que se trouve la différence la plus marquante. Là où Mika et une ribambelle de fluo-kids utiliseront les codes d’une pop outrageusement colorée pour élaborer une musique basée essentiellement sur le second degré et donc une certaine distanciation vis-à-vis de ces codes, les Flaming Lips, eux, sont en plein dans le sujet, ils n’utilisent pas la power-pop quadrichromique comme matière première... ils la produisent.

Et comme aboutissement de cette démarche discographie, on trouve Yoshimi Battles The Pink Robots. Rien qu’à la lecture du titre, on imagine une petite japonaise (« Kawaï, forcément kawaï », aurait dit Marguerite Duras au Pays de Hello Kitty) face à face une parodie de méchas japonais à base de bubblegum rose. Et si l’histoire de Yoshimi ne dure pas assez longtemps pour faire un concept-album (4 chansons sur 11), elle symbolise néanmoins la thématique sous-tendant l’album : une certaine forme d’innocence face aux sentiments, ces énormes monstres roses aussi effrayants qu’attirants. Ainsi on retrouve cette ambigüité entre l’émerveillement devant la beauté de la vie et la prise de conscience de l’inéluctabilité de la mort dans Do You Realize ??, l’incompréhension face au fait de se sentir triste par un beau jour d’été dans It’s Summertime, le fait de réaliser que l’amour que l’on attend depuis toujours n’était qu’une construction narcissique de notre propre ego dans Ego Tripping At The Gates Of Hell.

Et comme les Flaming Lips n’ont pas leur pareil pour utiliser un panel instrumental allant des classiques guitares-basse-batterie au derniers effets synthétiques, chaque titre dégage tout simplement l’ambiance parfaite, collant au plus près des paradoxes mis en relief par les paroles. Couvrant tout le spectre des émotions, les Flaming Lips écrivent avec Yoshimi Battles The Pink Robots le chef d’œuvre de la pop arc-en-ciel.

Interpol - Turn On The Bright Lights (2002)

A l’évidence, une des œuvres reconnues de la décennie. Seulement, on se rappelle que le premier album d’Interpol n’avait pas un destin tout tracé. En 2002, il est apparu en un souffle, une confidence recueillie par quelques sombres amoureux. Certains croyaient que le présent du rock avait la volatilité d’une cour de récré. En eux, Turn On The Bright Lights a versé des espoirs de mélancolie urbaine. Tout n’était pas cool. On pouvait se replier, un peu, sur quelques notes crépusculaires. Un grand album austère ? Non, pas ce cliché. Les chansons sont graves et parfois tendues, mais elles n’ont pas cet élitisme. Finalement, le spleen de New York a été le mieux partagé au monde… pendant quelques mois. Untitled berçait le haut des buildings, Roland frappait le trottoir des ruelles, salement.

Les mêmes noms ont fusé, pour assimiler coûte que coûte ces tons fervents. New York devenait la nouvelle Manchester. Renouveau du post-punk. Ce fût surtout un aveu de faiblesse. A leur époque, rabâchait-on à ce point Modern Lovers = Velvet Underground, ou Feelies = Velvet Underground, ou même Feelies = Modern Lovers + Velvet Underground ? Certainement pas à ce point. Turn On The Bright Lights n’a pas été qu’un simple fondement revival. Il est encore agité par une expression authentique. Avec des mélodies d’esthètes. Par la suite, Interpol n’a pas comblé nos attentes. Mais la puissance sans esbroufe de ce coup d’éclat est intacte.

Queens Of The Stone AgeSongs For The Deaf (2002)

Et si tout simplement c’était lui, le disque majeur, l’album référence de la décennie écoulée ? C’est en tout cas celui-là qui a réuni le plus de suffrages au sein de la rédaction d’Inside et il a même fallu calmer les ardeurs de certains ayatollahs du stoner pour ne pas mettre toute la discographie des Queens Of The Stone Age dans ce top 20 de haute-volée. Né en 1996 sur les cendres du cultissime Kyuss (auteur de fabuleux disques comme Blues For The Red Sun en 1992 et Welcome To The Sky Valley deux années plus tard), la formation de Josh Homme sort son premier album homonyme en 1998, avant de franchir un véritable cap avec Rated R en ce tout début de millénaire.

Alors pourquoi ce Songs For The Deaf ? Non, nous n’allons pas nous lancer dans des schémas explicatifs improbables, dignes de certains ayatollahs du tableur (oui, ce sont les mêmes cités qu’auparavant). Cette troisième réalisation des Queens est en fait parvenue à parfaitement croiser son stoner en béton armé à des envolées tubesques (« No One Knows », « Another Love Song ») qui ont fait son succès. Mais faire la liste de toutes les réussites de cet album mettrait en danger la capacité de stockage du serveur d’Inside-Rock. On se contentera donc de ne citer que deux noms : Dave Grohl et Mark Lanegan. Et de vous inviter à jeter un œil par-là pour voir à quoi ressemble l’une des plus grandes chansons rock des années 2000.

The KillsKeep On Your Mean Side (2003)

Alors que des bonbons rouges et blancs avaient inspiré le nom/l’univers de faux frères et sœurs, il fallait un faux couple de vrais poseurs, du noir et blanc. Un duo méchant qui joue la carte du nihilisme à la Tueurs Nés pour finir en people ou icône de mode dans Cosmopolitan. Malgré cette mascarade au triste sort, VV et Hotel composèrent deux premiers albums excellents, tout deux différents et aboutis. Le deuxième, No Wow est moderne, urbain, claustrophobe. Quant au premier, Keep On Your Mean Side, malgré cet aspect répétitif et spasmodique propre aux Kills, il était davantage tourné vers la fugue et l’îvresse, une échappée fiévreuse à travers le vent brûlant des Etats sudistes.

Soutenu par une boîte à rythmes quelconque et rien d’autre, Hotel torture sa guitare, en extirpant frénétiquement ce qu’elle a de plus roots en elle, VV susurre et transpire de sa voix féline, le duo créant ainsi une tension qui ne demande qu’à éclater. Oui, vous avez bien compris le message. En basant sa musique là-dessus, les Kills étaient en terrain conquis. Partout, la route est longue et la chaleur s’épaissît, l’évasion se transforme en fuite soumise aux frustrations les plus brutes, le désert est hostile, les pulsions s’émancipent, rien est tranquille. Riffs hachés, répétés, pauses-clopes et bribes de voix névrotique entre les morceaux, Keep On Your Mean Side fonctionne et développe une espèce de transe sale et braquée, surtout chez les amateurs de musique minimaliste. En fin d’album, la plénitude arrive enfin avec la sublime Monkey, ses murmures lascifs, sa guitare dévastée.

Arcade Fire - Funeral (2004)

En 2004, on ne comptait plus les crampes du poignet chez les critiques rock, qui s’étaient tous masturbés en chœur sur Funeral d’Arcade Fire. Pourtant, cette année-là ne manquait ni de bons disques ni de concurrence, avec les sorties de Sunrise Over Sea du John Butler Trio, des premiers Franz Ferdinand et Eagles of Death Metal, des nouveaux Ratatat, The Divine Comedy, The Hives, Mark Lanegan, Nick Cave, Kings Of Leon, A Perfect Circle, j’en passe et des meilleurs. Mais aucun d’entre eux ne récoltera les lauriers de Funeral, tressés avec amour par l’ensemble de la presse et des médias. Six ans plus tard, faut-il crier au scandale ? Franchement ? Non. Au départ, les Arcade Fire avaient d’ailleurs tout – ou presque – pour qu’on les déteste. Compatriotes de Garou et Linda Lemay (ouch !), ils font du rock indépendant (aïe !), et tartinent leurs chansons de piano et de violons (brrr !). Le cocktail aurait rapidement tourner à du rock intello-expérimental pour neurasthéniques à lunettes, il n’en est heureusement rien.

Car le résultat s’avère en réalité d’une fraîcheur totale, un bijou porté par les voix habitées de Win Butler et Régine Chassagne autant que par une instrumentation au souffle épique. L’enthousiasme du groupe sur des merveilles telles que Neighborhood #2 (Laika), Rebellion (Lies) ou Wake Up stimule le cerveau à la dopamine, malgré un propos souvent assez peu joyeux (la mort plane sur le disque, dont le titre fait référence aux proches du groupe décédés dans l’année précédant son enregistrement). Devenus des hymnes, certains morceaux sont de purs frissons une fois entonnés par la foule qui se masse lors de prestations live à l’urgence et l’intensité communicatives. On en veut pour preuve les versions de Wake Up chantées à l’arrache dans les fosses ou les halls des salles : Impromptu à Porchester en 2007. Si le disque connaît une ou deux chansons plus faibles, reste néanmoins le sentiment global d’avoir enfin affaire à une musique libre et libérée, traçant un sillon original au milieu des sempiternelles mêmes daubes dont les radios et télévisions nous abreuvent jour après jour. C’est déjà ça, comme dirait mon pote Alain Souchon.

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