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...Like Clockwork

...Like Clockwork

Queens of the Stone Age

par Aurélien Noyer, Thibault le 31 mai 2013

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Paru le 3 juin 2013 (Matador, Rekords Rekords)

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Les Reines sont mortes ! Vivent les Reines !

Une pochette vampirique ornée d’un Q brisé. Rarement l’artwork d’un album des Queens of the Stone Age aura été aussi raccord avec son contenu. Qu’on ne se fie pas au nom sur la pochette. Ce disque n’est pas un disque des Queens of the Stone Age, mais bien un disque de Josh Homme.

Certes, les premières annonces promotionnelles promettaient un album à l’ancienne et la présence de Dave Grohl augurait pour les fans les plus énamourés une sorte de Songs for the Deaf Part 2. Ils en seront donc pour leurs frais. ...Like Clockwork est un album diamétralement opposé à Songs for the Deaf.

Alors que celui-ci représentait l’apothéose du desert rock, tant par sa forme (un road-trip radiophonique à travers le désert) que par sa collection de riffs imparables, ...Like Clockwork marque l’aboutissement d’un cycle entamé avec Lullabies to Paralyze et qui voit Josh Homme s’émanciper complètement de son passé. Il n’en reste pas moins que les deux albums ont bien une qualité en commun — tous deux sont de véritables chefs d’oeuvre !

Au moment où de plus en plus de groupes se réclament du desert rock et érigent les albums de Kyuss et les premiers disques des Queens of the Stone Age en totems, l’enregistrement d’un album comme ...Like Clockwork fait presque office de manifeste. Là où on aurait pu attendre l’album d’un vétéran aguerri à la science du riff imparable, le disque est au contraire extrêmement personnel, à la limite de l’intime. Tout en nuances, il trouve un équilibre entre, d’un côté, des chansons qui développent chacunes leur caractère propre et, de l’autre, une cohérence thématique et musicale globale.

Dès le départ, Keep Your Eyes Peeled se présente comme une sorte de continuité d’Era Vulgaris tout en invitant l’auditeur à prêter attention à ce qu’il va se passer [1] et à être surpris : « And I know. You will never believe I play this as though I’m alright. » Sur un rythme titubant, ce morceau aux sonorités troubles (grincements, sonorités de claviers et guitares qui se mélangent curieusement, timbre de voix lointain comme une lueur dans la brume) propose d’explorer d’angoissants mondes de l’entre-deux.

Partant de là, la plupart des paroles évoqueront le déchirement, la séparation, l’oubli volontaire du passé, le rejet de la répétition. I Sat By The Ocean décrit des « passing ships in the night », une idiosyncrasie anglo-saxonne qui évoque des rencontres provisoires destinées à ne jamais se reproduire. If I Had A Tail établit un lien entre un mécanisme obsolète (« I’m machine, I’m obsolete in the land of the free »), l’animal de ferme qui, contrairement au chanteur, peut chasser les mouches (« If I had a tail, I’d swat the flies ») et une certaine forme de succès (« Get your hands dirty, roll up them sleeves. Brainwashed or true believers. Buy flash cars, diamond rings »). Sachant que Josh Homme a très vite détesté la tournée de ressortie du premier album des Queens of the Stone Age, une tournée lucrative et qui a plu aux fans mais qui l’a obligé à rejouer mécaniquement tous les soirs les mêmes vieux titres, l’inspiration derrière ces paroles semble assez évidente. Fairweather Friends dénonce explicitement les amis intéressés et opportunistes, présents quand tout va bien et absents dans les coups durs [2], une référence presque explicite à sa déception vis-à-vis des membres de Vista Chino (anciens Kyuss Lives !).

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Vista Chino

Bien sûr, ce besoin de rupture implique nécessairement une part de peurs et de doutes vis-à-vis du changement et de ce qu’il révèle. Comme le dit la chanson ...Like Clockwork, « holding on too long is just fear of letting go » et « holding on too long is just fear of wanting to show ». Mais ces doutes sont également salutaires. Ils permettent enfin d’arrêter de se mentir à soi-même (« I never lied to myself... tonight. ») et de tomber dans la facilité et l’auto-satisfaction. Il n’y a rien de pire que de croire que ce qu’on fait est plus beau que ça ne l’est réellement (Kalopsia [3]). Loin d’être seulement des obstacles, ces doutes sont donc la voie du dépassement de soi et de son passé. Dans My God Is The Sun, la guérison vient du ciel mais pour la trouver, il faut aller « au delà de la route du désert » (« far beyond the desert road ») et effacer ses acquis (« erase the given »), quitte à se mettre en danger de mort (« If life is but a dream, then wake me up ! »).

De toute façon, il n’y a pas le choix. Il faut se confronter à l’océan, à cette figure récurrente dans l’album, qui représente les dangers de l’entreprise (« Underwater is another life/Disregarding every myth we write/Eagerly alive/Rag doll churning/Over & over, gasping in horror/So breathless you surface/Just as the next wave is… »), que l’on contemple en attendant de trouver le courage de s’y aventurer !

Il n’est donc pas surprenant que, de toutes les chansons de ...Like Clockwork, Smooth Sailing apparaisse clairement comme la note d’intention de Josh Homme. Peu importe les dégâts provoqués, il faut prendre la mer. Quitte à brûler des ponts, à détruire des mirages... « fuckin’ bon voyage ! » On méprise les esprits fermés et le status quo (« I blow my load over the status quo », « Hell is but the temple of the closed mind »), on affirme sa volonté de prendre des risques (« I’m risking it always, no second chance »), on dénonce la lâcheté (« Fear is the hand that pulls your strings... a useless toy... pitiful plaything ») et, finalement on affirme son identité artistique quel qu’en soit le prix (« I got bruises and hickies, stitches and scars... Got my own theme music... It plays wherever I are »).

Ces velléités d’indépendance et de renouvellement ne sont pas restées au stade de bravades ou de notes d’intentions. Exit donc le desert rock et son style tout en riffs et en breaks. ...Like Clockwork est avant tout un disque de chansons, où la réussite se mesure moins dans la capacité d’un riff à faire headbanger que dans l’horizon d’émotions dévoilé durant les quelques minutes d’une piste. C’est sans doute la raison pour laquelle beaucoup de fans n’hésitent pas à qualifier l’album de pop.

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« Genre parce que je joue du piano, c’est forcément de la pop ?! »

Or pour qualifier l’album de « pop », il faut entendre ce terme non pas dans le sens de la pop préfabriquée qui englue les radios, mais bien dans la continuité de la noble tradition des musiciens qui dépensent leur temps et leurs efforts à trouver les arrangements, simples ou élaborés, lumineux ou sombres, qui conviennent à leurs chansons. Le procédé est radicalement opposé aux jam-sessions qui dominaient jusqu’ici chez les musiciens de Palm Desert. On remarquera d’ailleurs que ...Like Clockwork est le premier album des Queens of the Stone Age a ne contenir aucune chanson tirée des Desert Sessions !

Et pourtant, ...Like Clockwork fait preuve d’une réussite éclatante. The Vampyre of Time and Memory, par exemple, est la chanson la plus courte et la plus simple de l’album. Sa structure repose uniquement sur une partie de piano et une ligne de chant et on imaginerait très bien une version dépouillée, réduite à ces deux éléments. Mais le titre prend une dimension supplémentaire grâce aux arrangements. Entre les claviers qui rappellent le travail de Wendy Carlos sur les films de Kubrick (Orange Mécanique et surtout Shining) et les solos qui font écho au Maggot Brain de Funkadelic (dont la thématique macabre est bien connue), impossible de ne pas frissonner quand arrive la ligne « I’m alive... hurray », chantée avec ce qu’il faut de retenue et de distance pour qu’on saisisse la résignation, la désillusion et finalement le tragique qui irriguent la chanson.

Si cette thématique macabre est évidemment liée aux récents déboires d’Homme qui a failli mourir durant une opération chirurgicale, sa présence ne sort pas de nulle part. Elle vient confirmer ce qu’on subodorait depuis Songs for the Deaf : une sensibilité étonnante et de sombres humeurs plus compliquées qu’elles ne peuvent le paraître. Communauté stoner oblige, beaucoup de fans des QotSA considèrent SftD comme un road-trip jouissif et poussiéreux... ce qu’il est en grande partie. Cependant, il ne faut pas oublier que l’album se termine sur une note douloureuse avec une chanson-titre qui se présente comme un gag mais parle en réalité d’angoisse et de maladie. Évoquons rapidement Lullabies to Paralyze, résultat de la combinaison d’une dépression carabinée suite à l’éviction d’Oliveri et de la lecture des Contes de Perrault (ce qui n’est pas exactement du Riquiqui le Canard). Quant à Era Vulgaris, derrière l’esprit frondeur et la “revolution against shitty rock”, on trouve nombre de morceaux pesants. Sick Sick Sick, Into the Hollow, River in the Road ou Run Pig Run sont des zones d’ombres et de tourments.

En somme, Homme a beau être un biker libertarien qui aime les armes à feu et qui chante la bagnole sous le soleil, c’est aussi quelqu’un avec une sensibilité un peu déroutante, d’assez érudit [4], qui sait écrire et qui sait chanter ce qu’il écrit avec mesure et intelligence. Deux qualités nécessaires pour réussir à interpréter avec justesse des paroles aussi casse-gueule que :

I want God to come
And take me home
Coz I’m all alone in this crowd
Who are you to me ?
Who am I supposed to be ?
Not exactly sure anymore
Mmm where’s this going to ?
Can I follow through ?
Or just follow you, for a while.
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Cet homme est un artiste sensible.

Chantées lourdement, ces paroles pourraient sonner comme un déballage narcissique d’Artiste Écorché™. Chantées avec trop de distance, elles ne seraient pas assumées et ne susciteraient pas d’émotion. L’exercice d’équilibriste que réussit Homme sur ce titre témoigne d’une sensibilité et d’une intelligence musicales extrêmement rares. Si la grandeur des chansons pop résident dans leur potentiel à poser (et parfois répondre) en quelques minutes à des questions existentielles, The Vampyre of Time and Memory, qui s’interroge sur le mérite de la vie quand on a frôlé une mort si séduisante qu’elle a gardé quelque chose de vous (comme Josh Homme ne cesse de le répéter en interview), est définitivement une grande chanson pop, à l’instar de ce qui est la piste la plus longue de l’album, l’entêtante I Appear Missing qui évoque frontalement l’arrêt cardiaque dont a été victime Homme.

Si on doit qualifier ces chansons de pop, il est impossible d’occulter que tout l’album (et en particulier ces deux titres) évoque tant par son atmosphère que par ses thématiques certaines chansons du Abbey Road des Beatles comme I Want You (She’s So Heavy), Here Comes The Sun et Because. Trois titres qui, dans le contexte d’Abbey Road, contaminent l’album de leurs ambiguités : l’alternance des styles musicaux de I Want You (She’s So Heavy), l’enchaînement de sa conclusion plongée dans le bruit blanc avec l’intro lumineuse de Here Comes The Sun, puis Because, titre qui puise son inquiétante étrangeté tant dans l’aspect surnaturel des sons du Moog (que l’on retrouve sur The Vampyre... et sur If I Had A Tail) que dans l’ambiguité des paroles dont on peine à dire si elles évoquent le désespoir d’un esprit frappé d’apophénie ou l’exaltation zen de quelqu’un qui vient d’atteindre l’Illumination.

De la même façon, les interrogations qui parcourent ...Like Clockwork ont une résonance spirituelle. On vient d’évoquer The Vampyre..., mais il convient de revenir sur le saisissant dernier vers de Keep Your Eyes Peeled : “Praise God. Nothing as it seems”. Qu’on se rassure, Homme n’a pas viré born-again christian, en atteste cette interview accordée à Classic Rock il y a désormais deux ans :

Do you believe in God ?
Absolutely. But not a man with a snow-white beard. I think we have a symbiotic relationship with the entire world, and I believe God is everything you don’t understand. Why are we here ? To me, the answer is it doesn’t matter – you’re here. I don’t try to comprehend what you can’t comprehend.

Dans ...Like Clockwork, la spiritualité et l’apaisement se gagnent en se confrontant à soi même à travers la contemplation d’éléments symboliques tels que l’eau ou le soleil.

D’ailleurs, comme dans Abbey Road, et comme dans ces autres disques-paysages qui semblent, chanson après chanson, décrire une trajectoire panoramique et explorer du regard un territoire, le sequencing et les enchaînements des titres de ...Like Clockwork sont incontestablement pensés pour générer de la dynamique et du sens. Si le style change radicalement entre la calme The Vampyre of Time and Memory et If I Had A Tail, donnant une impression de dynamisme, les deux chansons partagent le même point de vue désabusé. Et il faut attendre My God is the Sun pour dépasser la désillusion. De la même façon, Kalopsia et Fairweather Friends s’attaquent aux apparences trompeuses sous des formes très différentes. Enfin, si, comme on l’a dit, Smooth Sailing est une note d’intention frondeuse et rentre-dedans, dont les attaques incisives rappellent l’approche no bullshit de titres comme I’m Designer sur Era Vulgaris, ou encore Caligulove sur l’album des Them Crooked Vultures et High Voltage sur le Heart On des Eagles of Death Metal, elle prépare et met en valeur l’intense intimité de I Appear Missing. Après la déclaration bravache de son indépendance, Josh Homme transforme ses paroles en actes et livre sa chanson la plus personnelle. Il prouve ainsi dans les faits qu’il est parvenu au bout de sa démarche. Si The End achevait le processus de dissolution des Beatles, I Appear Missing finit d’opérer la mue de Josh Homme en artiste maître de sa musique. Cette démarche est par ailleurs validée par le long clip rassemblant quatre extraits de l’album. On y voit quatre figures inquiétantes arpenter des paysages désertiques et urbains en pleine déréliction, jusqu’à ce qu’un astre apocalyptique ne vienne tout annihiler.

Bien sûr, la comparaison avec les Beatles peut paraître écrasante. Mais elle s’inscrit dans la lignée du travail de Josh Homme en dehors des Queens of the Stone Age, et notamment de ses collaborations avec Trent Reznor et Alex Turner, à propos duquel le chanteur ne tarit pas d’éloges. À l’écoute de ...Like Clockwork, il semblerait que leurs collaborations aient généré des échanges réciproques. En produisant des chansons des Arctic Monkeys, l’Américain a musclé le son des Anglais. Et la finesse des arrangements de ...Like Clockwork montre, qu’en retour, Turner a attiré Homme sur les rivages d’une certaine pop anglaise classieuse.

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Alex Turner... Même vestimentairement, on sent l’influence de Josh Homme.

Avec cet album, Josh Homme fait donc table rase de son passé et affirme sa main-mise sur le projet Queens of the Stone Age. Quoi qu’en disent les fans, il n’a pas à respecter l’image qu’ils se font de la musique estampillée QotSA et il est libre de jouer ce qu’il veut. Son seul impératif est une exigence de qualité.

À y bien regarder, l’impressionnant casting de l’album (trois batteurs, et une pléthore d’invités : Alex Turner, Sir Elton John, Trent Reznor, Jake Shears, etc.) n’a rien d’une béquille qui viendrait pallier à un manque d’inspiration. À aucun moment, l’un d’eux ne vient en renfort, pour remplir un blanc avec un refrain, un couplet ou un pont sur lequel Homme peinerait. Au contraire, ils sont à peine audibles... comme si le rouquin ne cherchait rien d’autre qu’un moyen de sortir de sa zone de confort, d’être confronté à des musiciens qui le surprendrait et l’empêcherait de tourner en rond, de ressasser ses vieilles formules. En bref, le but était d’éviter l’écueil de l’album égomanique et complaisant.

Et le procédé a fonctionné. Mis à part Keep Your Eyes Peeled, Fairweather Friends et Smooth Sailing, qui proposent des évolutions naturelles de ce que Homme avait essayé sur Era Vulgaris et sur l’album de Them Crooked Vultures, les autres titres de l’album tranchent radicalement avec le reste de la discographie des Queens of the Stone Age, soit par leur écriture (c’est évident pour les slow tempos) soit par la façon dont ils sont canalisés par les arrangements et la production. Typiquement, My God Is The Sun aurait sans doute pu être un tube jumeau de Go With The Flow ou de In My Head. Mais jamais les arrangements ne laissent à la chanson le loisir d’être aussi explosive que ces titres-là.... Et tant mieux, car cela aurait été préjudiciable à la cohérence musicale de …Like Clockwork.

Pour donner cet aspect si personnel au disque, Josh Homme a fait le choix de ne pas mettre en avant les guitares, mais plutôt les claviers et surtout sa voix. C’est la raison pour laquelle il ne pouvait pas se permettre de faire de My God Is The Sun un succédané de ses tubes précédents. Cela aurait non seulement rompu la cohérence de l’album mais également contrecarré ses efforts et désamorcer sa note d’intention. Il est évident que si l’album avait contenu une chanson trop similaire à celles de Songs for the Deaf, la plupart des fans auraient eu le réflexe de s’y accrocher et de rejeter les autres chansons. Faute d’un killer-riff auquel se raccrocher, l’auditeur est obligé de se concentrer sur la voix de Homme, rendant l’exercice encore plus casse-gueule. Heureusement, le rouquin livre sans doute les meilleurs performances vocales de sa carrière

La réussite de ...Like Clockwork se mesure donc aussi à la radicalité dont fait preuve l’album. Il est court, cohérent et extrêmement structuré. La production est foisonnante, chaque chanson regorge de détails dans les arrangements et propose parfois des ambiances simplement jamais entendues. A chaque album, les Queens continuent de proposer de la nouveauté à nos oreilles. Sur If I Had A Tail, ce sont des choeurs solennels et caverneux qui s’ajoutent à des guitares cinglantes pour colorer étrangement ce qui démarrait comme un rock four-on-the-floor. L’ambiance est très surprenante, tout au plus peut on la rapprocher vaguement de certaines chansons de Puscifer (comme Queen B), pour le mélange entre choeurs gutturaux et production ultra-moderne. Kalopsia propose des ruptures et expérimentations hallucinantes : les alternances couplets/refrains sont inédites à nos oreilles, si quelqu’un en déjà entendues de telles, qu’il dise où et comment !

Plus simplement, ...Like Clockwork touche l’oreille, alterne les sonorités et les plaisirs avec la même maestria que le California de Mr Bungle. Toutes différentes, ciselées avec un artisanat exemplaire, les chansons s’enchaînent à merveille, de l’introductif Keep Your Eyes Peeled au final grandiose de I Appear Missing et l’album se conclût sur la délicate chanson-titre, qui permet de se remettre de l’intensité de la chanson précédente et de sortir du disque à l’endroit où celui-ci voulait nous mener. Avec son chant en falsetto qui fait étonnamment penser à Neil Young, son solo laid-back et son final éclatant, elle nous fait partager l’état d’esprit de son auteur.

Seule chanson de l’album à avoir été enregistré avec le nouveau batteur du groupe, Jon Theodore, elle fait à la fois office de conclusion et d’ouverture. ...Like Clockwork, l’album, est terminé. Les peurs et les doutes ont été dépassés, les vampires du passé ont été terrassés, le soleil les a brulés, l’océan a été dompté. L’avenir s’annonce radieux !

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Au centre, le petit nouveau... Jon Theodore !

Il semble désormais difficile de prévoir la forme que prendra la carrière de Josh Homme. Il est tout aussi possible qu’elle se poursuive dans la continuité de ce nouvel album ou qu’elle prenne un nouveau tournant radical. Il est libre de faire ce qu’il veut. Il est enfin parvenu à se détacher du boulet Songs for the Deaf.

Dans son article sur (entre autres) ...Like Clockwork, Steven Hyden a raison de dire que Songs for the Deaf se définissait autant par ce contre quoi il se positionnait que par ce qu’il entendait défendre. Ce faisant, il constituait immédiatement un évènement important pour le rock des années 2000. Il y a fort à parier que ...Like Clockwork n’aura pas un tel retentissement. Il n’est pas là pour ça. Avec cet album, Josh Homme ne cherche pas à se positionner sur l’échiquier musical de l’époque. Au contraire, il a pour ambition de proposer un album en dehors de l’époque et qui se suffise à lui-même, avec pour seul argument la sincérité et le travail de son concepteur.

Finalement peu importe que ...Like Clockwork ne marque pas son époque comme a pu le faire Songs for the Deaf. Ce genre d’album à l’intensité discrète ne sont jamais des coups d’éclats. Mais le temps joue pour eux. Lorsque la frénésie promotionnelle et les emballements médiatiques seront retombés, lorsque le public et la critique s’autoriseront à envisager l’album non plus comme un événement musical mais comme une oeuvre en soi, l’album retrouvera le statut qui lui revient de droit. Celui de classique.



[1Keep Your Eyes Peeled peut se traduire par « Gardez les yeux ouverts ».

[2C’est la signification même de l’expression « fairweather friend ».

[3The delusion of things being more beautiful than they are. Cf. Wiktionary.

[4 Après Perrault sur Lullabies to Paralyze, c’est Lewis Caroll qui est cité sur ...Like Clockwork.

Vos commentaires

  • Le 2 juin 2013 à 09:13, par sylvain En réponse à : ...Like Clockwork

    superbe article !
  • Le 28 juillet 2013 à 03:33, par Mélany En réponse à : ...Like Clockwork

    Un énorme merci pour cet article hyper complet, beau boulot ;)du coup je me suis un peu plus penchée sur les textes, un plus pour cet album que j’adorais déjà :)
  • Le 14 août 2013 à 12:11, par Mateo En réponse à : ...Like Clockwork

    Très bel article. Beaucoup de recherches, et un sens aigu de ce groupe.

    J’ajouterais juste que Josh Homme est une bête de marketing et ficelle son « paquet » comme personne.
    Son talent musical est là et il y a énormément travaillé - pour le bidouilleur de guitare qu’il était au départ.
    Simplement ce que je reprocherais, c’est une impression de manque d’honnêteté parfois.
    Cette opération revendiquée à tout va, ce besoin de se mettre en scène, tout le théâtre qui va autour.
    Il en va de même sur scène : Qotsa du premier album n’est plus ce lui de Like Clockwork lors d’un concert. Moins d’énergie, moins d’interaction, moins de sens brut, moins de sourires et d’envies, moins de frissons.
    Du show, peu d’empathie, un concert millimétré.
    J’adore cet album, j’apprécie les évolutions, mais certains traits du passé me manquent beaucoup.

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