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Neon Bible

Neon Bible

Arcade Fire

par Emmanuel Chirache le 6 mars 2007

4

paru le 5 mars 2007 (Barclay / Universal)

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« Le rock est mort ». L’antienne est connue, mais dans les années 90 elle prit une nouvelle ampleur, répétée à l’envi par des commentateurs qui voyaient dans le rap, la dance et la techno ses fossoyeurs et successeurs. Aujourd’hui, les grands disques de rap se comptent sur les doigts d’une main, la dance n’existe plus et la techno est redevenue une matière pour collégiens. À l’inverse, le recul nous permet désormais de constater à quel point le rock a montré à l’époque une vitalité impressionnante, multipliant les genres, les expériences et les chefs d’œuvre à l’ombre du succès futile de Ace Of Base, MC Solaar, Laurent Garnier, les Spice Girls ou les 2B3. En revanche, la recrudescence actuelle de l’intérêt des médias et de la jeunesse pour le rock, suivi par son cortège de nouveaux groupes, s’accompagne d’une absence de relève flagrante. Bref, parler autant du rock n’est pas forcément signe de bonne santé, au contraire. Les spécialistes le savent : en général, plus la critique et les discours sont fastes, moins l’art est reluisant. Du coup, la plupart des groupes qui émergent dans les années 2000 font figure de borgnes au royaume des aveugles. Pourtant, il y a des raisons d’espérer. L’une d’entre elles s’appelle Arcade Fire.

Après le fabuleux Funeral, le second opus de ces sept Canadiens était d’ailleurs attendu au tournant. La bulle Arcade Fire allait-elle crever comme une vulgaire baudruche ? Ou tout simplement se dégonfler gentiment à la manière des Kings Of Leon, Franz Ferdinand, Black Keys et compagnie, qui ont revigoré le rock le temps d’un album ? Le constat est sans appel : Neon Bible tient toutes ses promesses, ce qui n’est pas peu dire en ces temps de campagne électorale. Dès Black Mirror, la magie Arcade Fire opère au gré de cette recette délectable, faite de montée en puissance, de progression instrumentale jouissive, de voix au bord de la rupture, d’orchestration raffinée et de suites d’accords répétés frénétiquement. Une haute idée de la musique. Une certaine manière d’incarner le glamour à la canadienne.

La grande force du groupe, c’est aussi l’utilisation si bien ordonnée des instruments les plus variés. Ici une touche de triangle, là une nappe d’orgue, quelques cordes à tel endroit, de l’accordéon à tel autre. Chaque fois, le choix s’avère pertinent, le rendu miraculeux. Enregistré dans une église transformée en studio et rebaptisée logiquement The Church, Neon Bible parle finalement assez peu de religion. Les paroles évoqueraient plutôt confusément la liberté, si chère aux Nords-américains. Et ce mot d’ordre, la musique de Arcade Fire l’illustre bien. À l’écoute du disque, il est flagrant de voir combien les membres du groupe s’affranchissent de règles ou de carcans pour oser la grandiloquence (No Cars Go, un ancien morceau retravaillé, ou Intervention) et la sobriété (Neon Bible, ainsi que le délicieux Ocean Of Noise, dont le titre contraste avec la musique). Grand morceau de bravoure, Black Waves/Bad Vibrations surprend par son étrange beauté, portée par les voix extraordinaires de Win Butler et Régis Chassagne, mais également par les douces sonorités de la langue française (et vive la France !). De son côté, le génial My Body Is A Cage ressemble au mariage entre un gospel et la Passion Selon Saint Matthieu de Bach. Le morceau se termine sur une véritable apothéose, au sens de consécration divine que revêt à l’origine ce terme, tandis que Butler répète comme une prière : « set my body free, set my spirit free ».

N’oublions pas non plus le merveilleux The Well And The Ligthouse (avec toujours cette frénésie d’accords répétés), qui contient une petite valse à la sauce Arcade Fire, laquelle achève de nous faire entrer dans la ronde folle du groupe. Quant au single Intervention, c’est peu de dire qu’il va vous rendre heureux, vous accrocher un sourire à la face, vous gonfler les poumons au gaz hilarant, vous shooter au bonheur. Cette chanson donnerait presque envie de faire un saut à l’église du coin pour y entendre un bout d’orgue, ou - pourquoi pas - de se mettre au triangle.

Alors oui, l’espoir continue de luire, même si c’est à la lumière crue des néons. Mes frères, à un mois des fêtes pascales, sachez que le rock est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. Que la paix soit avec vous. Arcade Fire, je ne suis pas digne de te recevoir mais chante seulement une parole et je serai guéri.



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Tracklisting :
 
1- Black Mirror (4’10")
2- Keep The Car Running (3’29")
3- Neon Bible (2’16")
4- Intervention (4’19")
5- Black Wave/Bad Vibrations (3’57")
6- Ocean Of Noise (4’53")
7- The Well And The Lighthouse (3’56")
8- (Antichrist Television Blues) (5’10")
9- Windowsill (4’16")
10- No Cars Go (5’43")
11- My Body Is A Cage (4’47")
 
Durée totale : 47’05"

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