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The White Stripes

The White Stripes

The White Stripes

par Oh ! Deborah le 27 juin 2006

paru le 15 juin 1999 (V2 Records)

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Quatre excellents albums. Un moyen. On peut dire que ça relève d’un exploit à l’heure où, dans le meilleur des cas, les groupes rock s’effacent après un grand premier album. Mais les White Stripes ne sont pas bons pour cette raison. Ils sont bons tout court et de tout temps. Le temps qu’ils défient en ouvrant les portes d’un retour au rock old school. Ca, c’était en 2001, avec la parution de White Blood Cells. Après quoi, on évoque plus le succès planétaire d’Elephant, chose qui ne demeure plus, mais fût intrigante. Qui aurait imaginé qu’un duo purement garage, ou plutôt, qu’un guitariste ne répondant qu’aux noms oubliés des années 20 aux années 5O puisse enflammer les salles immenses des quatre coins du monde au 21ème siècle ? Car avant tout ça, Jack White était là. Il faisait partie de ceux, qui, en voie de disparition au moment où le rock mainstream ne répondait qu’au néo-métal, avaient pour seule compagnie, une guitare. Mission : l’exploiter, la diaboliser, la lapider. En 1999, voici le résultat. Après toute l’histoire et avant l’heure de la gloire. Il est enregistré par Jack White dans un mini studio de Détroit, bel enfer de taules et briques décrépies, autrefois connu pour le MC5 et les Stooges. Il tient en 17 pistes de rock brut, de blues réincarné en forme de monstre improbable à deux têtes. Jack et Meg.

Ce qui fait la force des White Stripes, ce qui fait leur qualité première, c’est avant tout l’authenticité ancestrale et la puissance du son. Selon les mots de Jack White : « Notre premier album est le plus catégorique, le plus puissant, le plus en colère, le plus proche de Détroit » Tout est dit, c’est le plus méchant. Il y a là un son renversant, réellement singulier, et limite expérimental dans la mesure où Jack l’élabore avec de faibles moyens et cherche pourtant à pousser son matériel d’époque au bord de l’overdose supersonique. Il atteint son paroxysme sur ce disque majeur dont la flagrante passion suinte dans les moindres notes et dans cette voix plus violente, sale et possédée que jamais. Une voix qui s’évertue à crier un hommage à l’histoire du rock. Ce qui, apparemment, lui est vital.

Ca résonne et ça souffle. Caractéristique de cet éponyme, le Marshall de Jack va habiter votre thorax pendant tout l’album. Et ceci sans basse. Le riff inlassable de Jimmy The Exploder n’est qu’une esquisse du blitzkrieg à venir. Stop Breaking Down, ou la meilleure reprise du groupe, réveillerait le défunt pionnier, Robert Johnson, de son groove inimitable, de sa forme épaisse et envahissante. Destruction massive, The Big Three Killed My Baby justifie à elle seule l’achat de cet incontournable. Elle témoigne du son gigantesque des envahisseurs où le final explose vos enceintes déjà en fumée par tout ce qui vient de se produire.

Une ballade vient éteindre l’incendie. Elle évoque les derniers débris qui craquèlent encore sous les étincelles. Elle traîne une mélopée roots à la slide qui tente de calmer un moteur sous tension. Elle n’est pas ennuyeuse. Elle va droit au but, tout comme le reste. Car on sait que les fûts de Meg, tels ceux de Moe Tucker en leur temps, reluisent par leur manque d’utilisation au profit d’une grosse caisse martyrisée par un tempo lourd, prompt, minimal. Nécessaire et essentiel. Il complète les notes fines et sudistes de Wasting My Time, sert les riffs abruptes de Astro, le jeu instinctif et imparable de Jack maintenant animal sur Screwdriver ou encore les touches hantées d’un orgue sur une belle surprise : One More Cup Of Coffee, écrite par Bob Dylan. Vous croyez que c’est finit. Mais Jack prépare sa dynamite sur Slicker Drips pour un St. James Infirmary Blues aux artifices déjantés, bruitistes. Batterie martelée. Après ce massacre, Jack enfile sa cape de magicien (oui, elle était déjà de mise ici) pour un morceau piano-bar exquis, et vous termine sur un blues endiablé. Le dernier souffle à retentit. C’était moins une pour votre sternum, vos murs, la terre entière... Les voisins sont déjà passés, les pompiers arrivent.

Si le revival à ses défauts, au moins, il aura eu le mérite de révéler un guitare-héros digne de ce nom. Encore une chose qu’on pensait foutue depuis des décennies. Pourtant, c’est Jack White et lui seul, qui, avec cet album, ressuscite les racines pures et viscérales du rock pour les rendre intemporelles.



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Tracklisting :
 
1. Jimmy The Exploder (2.29)
2. Stop Breaking Down (2.20)
3. The Big Three Killed My Baby (2.29)
4. Suzy Lee (3.21)
5. Sugar Never Tasted So Good (2.54)
6. Wasting My Time (2.13)
7. Cannon (2.30)
8. Astro (2.42)
9. Broken Bricks (1.51)
10. When I Hear My Name (1.54)
11. Do (3.05)
12. Screwdriver (3.14)
13. One More Cup Of Coffee (3.13)
14. Little People (2.22)
15. Slicker Drips (1.30)
16. St. James Infirmary Blues (2.24)
17. I Fought Pirahnas (3.09)
 
Duree totale : 43.40