Incontournables
20 incontournables des années 2000

20 incontournables des années 2000

Part. II (2001)

par Oh ! Deborah, Brice Tollemer, Emmanuel Chirache, Thibault le 19 janvier 2010

Comme prévu, la suite de notre Top des années 2000, avec la deuxième partie consacrée à l’année 2001.

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Pour voir la partie I, cliquez ici.

Fantômas - The Director’s Cut (2001)

C’est une honte, presque tout le monde se fout de Mike Patton. Considéré par beaucoup comme un énième maboule rigolo, surement talentueux mais trop cinglé pour être écoutable, le gominé est vite jeté dans le panier de crabes de l’avant-garde bruyante, où sévissent John Zorn, Merzbow ou le Dillinger Escape Plan. Il est vrai que certains de ses essais sont inaudibles (Adult Themes For Voice, cette horreur) mais à la différence des autres énergumènes qui s’excitent à faire le plus de vacarme possible, le californien est capable de donner un sens aux folies sorties de son cerveau, de vertébrer des morceaux concis, maîtrisés de bout en bout, et surtout d’apporter l’essentiel : de vraies mélodies.

Ainsi The Director’s Cut propose une grappe de titres phénoménaux ; que des thèmes de films classiques revisités « metal » par la fine équipe de Fantômas : aux baguettes Dave Lombardo de Slayer, à la basse Trevor Dunn de Mr Bungle, à la 6-cordes Buzz Osbourne des Melvins et le General Patton au micro et claviers, donc. Ce qui aurait pu être une purge de brutal demeuré et renfermé sur lui même est au contraire un véritable coup de force. Pas un grincement de Les Paul plus haut que l’autre, pas une salve de double pédale inutile, tout le superflu est élagué, le mitraillage concentré, devenant ainsi nettement plus meurtrier. Sans négliger pour autant la nuance, les respirations, le calme. Grimper dans les aigus et tenir des mélodies invraisemblables ou gronder de sa voix la plus gutturale ne pose aucun problème à Mike. Ça glapit, ça croone, ça grogne, ça swing, ça hurle, tout y est. Le meilleur album de Patton aux côtés de California de Mr Bungle et d’Angel Dust de Faith No More.

The Strokes - Is This It ? (2001)

Au revoir les racailles à grosses grattes (le rap-métal, peut-être le sous-genre le plus laid et le plus vulgaire qui ait pu exister). Bye Bye la grosse blague même pas drôle provenant du néo-punk (le problème de ces courants n’est pas tant leur connerie, second degré bien sûr !, et encore moins leur succès, que le fait qu’ils nous aient cassé les oreilles tout en ayant été parfois sérieusement associés au « rock »). Et à la longue, terminées les larmes de crocodiles et la petite déprime FM de chez Placebo/Indochine. Le revival, même Radiohead ne s’en est pas remis. Même certains de nos concitoyens branchés hip-hop ou électro ont fini par s’intéresser aux guitares. L’avènement de ce courant marque ainsi l’échec du mauvais goût incarné par la fin des années 90, et même s’il deviendra fatalement et rapidement un grand ramassis de produits clonés sans intérêts, gageons qu’avec les Kills, Interpol et les White Stripes, les Strokes furent - à ce moment précis - synonymes de classe et d’oxygène, rendant subitement des monstres comme Muse totalement dépassés et inaudibles.

Petit rembobinage : le 27 Août 2001, sortie de Is This It en Europe. Septembre 2001, les Strokes font la couverture de Rock’n’Folk et d’un tas d’autres magazines. Suite aux attentats du 11 Septembre, ils annulent leur tournée Européenne (dont leur participation au Festival des Inrockuptibles), ce malgré un succès immédiat et bien plus important qu’aux USA. Ce n’est que le 18 mars 2002 qu’ils viendront à Paris pour la première fois, à la Mutualité : le concert est alors une crise d’hystérie collective qui restera gravée dans les mémoires.

Il fallait donc profiter de ces onze titres-éclairs dont l’intensité n’a d’égale que l’éphémérité (effet-mérité ? ok, je sors) du groupe. Des titres tous plus mélodiques les uns que les autres, où même les couplets et les petits solos étriqués sont des refrains éternels repris en chœurs. Un retour à la simplicité pop et à l’efficacité punk, mais, contrairement aux apparences, cet album ne se contente pas de faire dans la redite. Et quand bien même il ne serait qu’un album de (bonnes) chansons, ses influences ne sont pas si évidentes de prime abord. La production est nouvelle, un rétro-futurisme jamais vraiment perçu auparavant, des morceaux calibrés, baignés dans une espèce de modernité sans esbroufe et plutôt mystérieuse : Alors qu’humilité et désinvolture se dégagent des jeunes hommes, on peut se demander d’où ils sortaient ce son si personnel, cette concision frappante et cette nervosité à la fois pondérée et spontanée, rendant à ce premier album adolescent l’expression d’une œuvre finie et parfaitement homogène. Is Thit It ? fut alors comme un polaroid pris par un grand photographe, la révélation d’un album auquel personne ne pouvait s’attendre. 2010 saura-t-elle nous surprendre en réponse au Revival dont le vide grouillant achève notre décennie ?

Tool - Lateralus (2001)

Tool a un problème avec ses albums. Tous sont remplis d’interludes inutiles, d’entractes bavards, d’expérimentations rarement passionnantes. Seuls les intermèdes d’Ænima sont tolérables et parfois intéressants (cf Die Eier Von Satan). Ceux de Lateralus sont pour l’immense majorité du remplissage teinté de mysticisme abscons. Il faut sortir la machette et couper tout ce qui dépasse pour ne garder au final qu’une petite poignée de titres : The Grudge, The Patient, Schism, Parabola, Lateralus, à la rigueur Tick & Leeches et dans une moindre mesure Reflection. Seulement cinq morceaux indispensables suffisent à faire de cet album un classique ? Oui, car cela fait déjà près de quarante minutes durant lesquelles Tool déploie une musique unique et totalement incompréhensible.

On a beau multiplier les écoutes, échanger, s’informer, discuter, disséquer, Tool reste une énigme, un quatuor qui semble parler dans un langage étranger. On ne comprend toujours pas ce que veut dire le groupe… On ne peut qu’admirer la complexité des riffs, le tressage régulier de la basse, les rushs de batterie, le chant habité par on-ne-sait-quoi de Maynard James Keenan, autant d’éléments qui s’articulent et forment des morceaux aux structures insensées (école Larks’ Tongues In Aspic), magnifiés par une production et un son surpuissants. L’ensemble reste néanmoins fluide grâce à une science de la transition millimétrée et à un parfait dosage entre moments de repos et violentes embardées. Mais surtout il y a cette ambiance hallucinante, qui donne l’impression d’être face à un univers sans équivalent, un metal intelligent et tortueux, dont l’hermétisme n’a d’égal que la singularité.

Black Rebel Motorcycle Club – B.R.M.C. (2001)

C’est en 1998 du côté de San Francisco que Robert Levon Been et Peter Hayes (en provenance du Brian Jonestown Massacre) décident de former The Elements, qui devient très vite Black Rebel Motorcycle Club, en référence au gang de motards de Marlon Brando dans le film L’Equipée Sauvage datant de 1953 et réalisé par Laslo Benedek. Le duo devient par la suite un trio, avec la venue de l’Anglais Nick Jago, premier batteur du groupe. Trois années plus tard voit le jour B.R.M.C., album originel de la formation qui va immédiatement s’inscrire dans ce mouvement de début du siècle qu’on résumera facilement par le retour du « rock à guitares » (sic), aux côtés des Hives, des Strokes et autres White Stripes.

Néanmoins, comme souvent dans ce genre d’associations d’idées, la comparaison et le regroupement de ces différents groupes méritent d’être fondamentalement nuancés. Car si l’aspect garage-rock des Black Rebel est certes indéniable (notamment sur un titre tel que Whatever Happened To My Rock ‘n’ Roll), on décèle cependant une évidente touche noisy pop, proche en cela d’un Jesus and Mary Chain ou bien encore de My Bloody Valentine. Et c’est cette rencontre garage-noisy qui procure à B.R.M.C. cette ambiance mi-désabusée, mi-mélancolique mais jamais neurasthénique.

Masters of Reality - Deep In The Hole (2001)

Les Masters of Reality sont sans doute le secret le mieux caché du rock de la dernière décennie. Totalement inconnus du grand public, le groupe a pourtant fourbi quelques-uns des meilleurs disques de notre époque, entre heavy metal, stoner et classic rock. Alors certes, d’aucuns pourront regretter ce qui tend à devenir une obsession dans nos pages : les Masters of Reality font eux aussi partie de la « galaxie Josh Homme », puisque le leader et unique membre permanent Chris Goss a produit Kyuss et Queens of the Stone Age. Pas étonnant du coup si Homme, Oliveri et Mark Lanegan viennent filer un coup de main sur les chansons de ce Deep In The Hole à la fois mélodique et hard, électrique et acoustique à l’occasion. Comme toujours avec ce sale Goss, la lourdeur des guitares s’oppose à la légèreté aérienne de son chant et des compositions pour un résultat ici à son sommet.

Que ce soit lorsque Chris fredonne « la la la la » par-dessus l’énorme riff de Third Man on the Moon, ou quand il murmure sur les passages gras et démoniaques de l’excellent A Wish for a Fish, la patte du producteur s’entend et s’apprécie sans compter. Sur Counting Horses, la langueur mélancolique de la guitare acoustique, le refrain imparable quasiment pop, en font un pur chef-d’œuvre méconnu. Car l’autre marque de fabrique de Chris Goss, c’est de cacher du pop-rock traditionnel derrière des riffs terribles, moins recherchés que ceux de Josh Homme, mais largement aussi efficaces. Comme ceux par exemple de High Noon Amsterdam, ceux plus incroyables encore de Corpus Scorpios Electrified, morceau qui devient carrément hallucinant à partir de deux minutes lorsque Josh Homme se met à chanter, ou encore celui plus groovy et sautillant de Deep In The Hole. N’oublions pas non plus celui de Shotgun Son qui clôture le disque, incisif et percutant. Avec Deep in the Hole - l’album, les Masters of Reality (citons aussi John Leamy à la batterie) s’inscrivent en droite lignée d’une tradition rock qui va de Black Sabbath à Led Zeppelin, mais dans une veine différente, plus sobre, plus pure, plus éthérée. Quoi qu’il en soit, Goss réussit son plus bel opus et gagne son pari : réaliser un disque de classic rock à l’ère moderne.

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