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Tool : si le nucléaire pouvait chanter...

Tool : si le nucléaire pouvait chanter...

par Lazley le 28 avril 2009

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Évoluant à des strates vertigineuses, dernier ensemble en date à avoir pulvérisé le metal pour l’ancrer dans un parti-pris musical fiévreux, Tool est comme son nom : puissant...

 Intro

Épiphanie polyrythmique oui, dépucelage sonore non !

Je me suis souvent demandé à quoi pouvait bien servir ce bruit outrancier, explose-baffles et (il faut bien l’avouer) rarement intéressant que l’on appelle metal. Lors des primes instants de mon initiation aux décibels, je vomissais le moindre surplus de larsens, que je traitais en véritable pollution sonore...

Jusqu’à ce que je tombe sur des expressions pures et simples de violence créatrice (Black Sabbath, Slayer,...), donc. Ces évadés d’asile, poursuivant un but des plus terrifiants mais pertinent qui soient,(j’entends par là le viol complet de toutes les synapses auditives de votre foutue âme)se mirent à prendre d’assaut mes tympans, tançant mes nerfs à grands renforts de riffs crépusculaires, tempos de colibris stéroïdés, et j’en passe... Cependant, bientôt ravi de compter en mon vécu cette expérience et endurance aux climats sonores les plus extrêmes (ce qui ne s’acquiert pas en allant baver d’inanité devant une moitié de Floyd à l’agonie, croyez-moi), je m’aperçus que quelque chose merdait...

Le problème fondamental du metal (heavy, death, speed, trash, etc...)m’apparut alors : ce truc entretenait depuis trente ans un culte de la servitude, rassemblant des cohortes de fans qui, du Zeppelin à Korn, semblaient se prosterner et s’offrir en sacrifice sur l’autel des Marshalls. Désemparé, croyez bien que je l’étais : fervent défenseur d’une musique libératrice sinon du quotidien (mais ça on ne s’en échappe pas, on l’affronte et on le knockoute), des schémas bornés que ressert l’esprit s’il n’est pas secoué un minimum, je me préparais à balancer aux chiottes ma collec’ d’œuvres métallisées, noyant dans le tourbillon clapotant de la chasse mon désespoir d’auditeur lâchement dupé.

C’est alors que, réexaminant le cas du metal moderne une dernière fois avant de le maudire pour l’éternité, trois cas attirèrent mon attention. Trois groupes, qui semblaient rompre avec des décennies d’asservissement du fan moyen, pour proposer, chacun à leur manière, un renouveau de la chose metal. Fantômas, par son rictus free-metal et la pure démence de ses membres ; System Of A Down, par son cocktail chœurs beatlesiens/délires bulgaro-arméniens/ binaire dadaïste (avec cette touche de Zappa en guise de tranche de citron moustachue)...

Et Tool, présent sujet de cette rubrique, qui porte le terme d’ « exploration » au-delà de terres infranchissables pour le commun des hardos. Si vous ne me croyez pas, lisez la suite !

 Grosse clé ou dynamo colossale ?

L’histoire de Tool, pour peu qu’on puisse réellement la qualifier d’ « histoire », demeure encore aujourd’hui, plus de quinze ans après son apparition fracassante, teintée d’un gris vaporeux d’où ne subsiste que la musique du groupe.

Puisqu’il faut bien commencer quelque part, partons donc de 1988. Le lieu ? Los Angeles, théâtre (comme toujours ?) de délires musicaux et de contradictions sans pareilles. Enfin, à l’époque, disons que les contradictions se font la part belle... Hollywood et sa périphérie vivent en cette fin d’eighties sous le règne de deux brontosaures surcocaïnés : Motley Crüe, tas de glammsters permanentés et sans la moindre parcelle de talent (d’où les kilos de rimmels, qui masquent très bien l’intérêt anecdotique de Vince Neil & co., maîtrisant à la perfection l’enseignement de Kiss), et les Guns N’Roses qui, après une bombe hard tout en riffs cradingues, lyrics salaces et solis rotatifs (le bien nommé Appetite For Destruction), filent droit vers la défonce sans retour et les caprices de starlettes (Axl Rose, les dauphins, le tabassage de girlfriend, ça vous dit rien ?).

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En marge des excès en tous genres de ces énormes machines à stades, fourmille une nouvelle scène indé barjo à L.A et alentours : les Red Hot Chili Peppers cohabitent avec Jane’s Addiction, Kyuss se taille une réputation de légende underground en sillonant le désert californien, et Rage Against The Machine voit le jour dans la tête chauve de Tom Morello. Le guitariste-bidouilleur se lie d’amitié avec un autre gratteux taciturne, spécialiste en effets spéciaux et mise en scènes déjantées (notamment responsable « fx » de Jurassic Park et Terminator 2), natif d’Illinois, et répondant au nom d’Adam Jones.

Jones, passionné d’arts picturaux en tous genres, développe à l’époque ce jeu démentiel encore irreproduisible aujourd’hui : tentant de créer un son imagant ses dessins, sculptures et idées, il s’aventure vers des résonances qui vont bientôt, plus ou moins malgré lui, révolutionner le metal. Conscient que son projet picturo-musical ne peut prendre forme sans l’aide d’un véritable ensemble dévoué à une œuvre tant sonique que spirituelle, Jones parcourt les bars, ruelles et clubs étranges de L.A, à la recherche de camarades de jeu.

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Secondé par Morello, très au fait du milieu indie du coin, Jones vient à rencontrer un beau jour de 1988 un type étrange, au physique aussi anguleux que son nom : Maynard James Keenan. Le gars dit être vocaliste à ses heures, parallèlement à son job de designer. Ayant roulé sa bosse dans son Ohio natal avec quelques groupes locaux (Fingernails, TeXans...), ce Keenan est emballé par les expectations artistiques de Jones, et se joint à lui.



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