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Midnight Boom

Midnight Boom

The Kills

par Yuri-G le 25 mars 2008

3

paru le 10 mars 2008 (Domino/PIAS)

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Quel présage y avait-il dans ce titre.. Midnight Boom ? Lorsqu’il fut annoncé, on s’amusa, comme souvent avec d’autres (White Chalk, Strawberry Jam, Bleu Pétrole..) à transcrire les images invoquées, le pouvoir incantatoire de quelques mots, en possibles sonorités adoptées par le nouvel album. Midnight Boom. Faisons ça a posteriori, ce sera concluant. Deux choix s’offrent : minuit, l’angoisse atteint son sommet, insomnies, frissons, coke et sueur malade - les Kills poursuivent la veine paranoïaque et syncopée de No Wow (qui à son heure, fut incroyablement réduit à une copie transparente du prédécesseur Keep On Your Mean Side, alors qu’il quittait PJ Harvey pour tomber dans les bras d’Alan Vega et de Giorgio Moroder, entre autres, tout en avançant une tension singulière et prouvant qu’Hotel était un guitariste imaginatif, mais ceci est une autre histoire), poursuite de la veine de No Wow donc, en frappant encore plus fort de préférence. Ou alors : minuit, l’excitation atteint son sommet, night-club, spots, champagne et danse convulsive - les Kills décident de se laisser aller à la fête, air du temps récréatif et saturé de couleurs fluos et d’insouciance affectée, chose qu’on pouvait effleurer dans The Good Ones, par exemple. Cette solution est la bonne, et elle est très claire. Fini de tirer la tronche ! Party-time ! Et pour bien réussir la manoeuvre, les Kills se sont adjoints la production de XXXchange sur la plupart des titres, membre actif de Spank Rock, duo hip-hop on ne peut plus booty/arty.

À la première écoute, c’est immédiat, Midnight Boom est ultra efficace. Basses compactes et prenantes, rythmiques bien moins anémiques, beaucoup plus percutantes, plus riches, guitares extraterrestres mais mieux rangées. Du charme de leur univers famélique, VV et Hotel se sont mués en machine de guerre. C’est un fait. Il y a bien quelques petits détails qui soufflent que les Kills sont encore les Kills (des antiques tonalités de téléphone ici, VV qui tousse ses cigarettes là) mais Midnight Boom reste un appel clair au déhanchement, grâce à sa production très puissante, démêlant les sonorités, les plaçant avec soin, multipliant leur impact, tirant le groupe de son antre blafard vers l’ampleur d’une piste de danse. Leurs chansons, au final, deviennent autant nerveuses et sexy qu’elles témoignent d’une ouverture mélodique : ici Tape Song, émotion à vif où le refrain s’impose en coup de poing de guitares rageuses, ou Last Day Of Magic. Et évidemment, Black Balloon, tendre ballade tapissée de handclaps, où la nostalgie prend son envol et touche juste, quand sa jumelle Goodnight Bad Morning parait seulement gentille, pour tout dire inutile. Quant à résister à What New York Used To Be, est-ce possible ? Cet affrontement entre le r’n’b futuriste de Timbaland et des nappes industrielles dangereuses donnerait presque envie de se fondre dans la moiteur d’un club, pour peu qu’il soit enveloppé de ce groove terminal. Bref, tout est là pour atteindre le cœur, les jambes : la consécration.

Pas si vite. Les Kills, n’auraient-ils pas fait que prendre le train « dance » en marche ? Un disque trop judicieux pour être honnête ? La déferlante des Rapture, Klaxons et autres - je ne sais plus - les a titillé, c’est manifeste. Mais au fond, peu importe. On peut s’offusquer de cette ombre d’opportunisme savamment moderne, comme on peut dire qu’ils ont tiré le meilleur de la vague. On se plait à croire un temps qu’il s’agit des meilleurs titres entendus dans le genre, les plus complets, télescopage de post-punk, disco, pop, garage et electro rutilante. Cependant, nous ne croirons pas jusque là.

Grand problème, Midnight Boom manque de souffle. Sa longévité est faible, ses morceaux surpuissants ne durent qu’un instant. Très rapidement, ils accusent une lassitude conforme à la force immédiate de la production. Elle ne cache rien, mise tout, tout de suite. Les écoutes se prolongent, mais pas de subtilités supplémentaires à redécouvrir dans les compositions, quelque chose qui fasse durer le sortilège. Tu danses maintenant ou tu passes. D’ailleurs l’album n’a presque aucun sens à volume normal, ce qui veut dire beaucoup. Se frotter aux déflagrations nocives et ferreuses d’Hotel fait un bien fou... si seulement, il pouvait en garder un peu pour plus tard.



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Tracklisting :
 
1. U.R.A. Fever (2’16")
2. Cheap And Cheerful (2’26")
3. Tape Song (3’35")
4. Getting Down (2’55")
5. Last Day Of Magic (3’21")
6. Hook And Line (2’03")
7. Black Balloon (3’46")
8. M.E.X.I.C.O. (1’37")
9. Sour Cherry (3’06")
10. Alphabet Pony (1’45")
11. What New York Used To Be (3’15")
12. Goodnight Bad Morning (3’51")
 
Durée totale : 34’04"