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Ok Cowboy

Ok Cowboy

Vitalic

par Kris le 20 juin 2006

4

paru en avril 2005 (Different / Pias)

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C’est l’histoire d’un musicien dijonnais qui décide de se lancer dans la musique électronique bien que n’ayant jamais touché à ce domaine, après avoir vu un live des Daft Punk. 2005, Pascal Arbez alias Vitalic sort son premier album OK Cowboy et celui-ci fait sans aucun doute l’effet d’une bombe. Pour un coup d’essai, Vitalic nous assomme et nous époustoufle.

Entendu pour la première fois grâce à son fantastique et implacable La Rock 01 sur le Poney E.P. paru en 2001, Vitalic préférait entretenir le mystère quant à sa véritable identité. Il invente alors toute une histoire, se faisant passer pour un Ukrainien émigré en Allemagne après la chute du mur de Berlin, se lançant alors dans l’electro. Poussant le vice jusqu’à donner des interviews en anglais à des journalistes, Vitalic était alors un mystère, auteur d’un E.P. puissant et incroyablement prometteur. Le titre La Rock 01 sera même repris sur la compilation electro-rock très en vue des Belges de 2 Many DJ’s, As Heard On Radio Soulwax Vol. 2 en 2002. Le nom de Vitalic commence alors à se faire connaître, et sa musique à se faire entendre. Un album du DJ présumé ukrainien se fait alors bien attendre...

À la sortie de son album Ok Cowboy en 2005, le voile tombe. Vitalic s’appelle en réalité Pascal Arbez et n’est nullement ukrainien mais bel et bien dijonnais. Cocorico. Une réputation déjà bien faite, Vitalic aura fait patienter son public et ses fans de première heure. L’attente n’aura réellement pas été vaine. L’écoute de ce Ok Cowboy est un électro-choc à se faire relever des zombies les plus raides, et les faire danser sur un dance-floor enflammé. Très varié et musicalement très riche, cet album est teinté d’un univers très ouvert et coloré d’influences diverses. Plus proche de LCD Soundsystem que de Jean-Michel Jarre - sauf sur quelques rares titres - l’ambiance dégagée est métallisante, comme grisée, comme un ciel sombre planant au-dessus de nos têtes formant ici-bas une énorme plate-forme dansante, faisant résonner ses basses tapageuses et dont on ne peut s’échapper. Vitalic nous a piégés dans son monde, et on ne peut qu’y succomber. Beaucoup moins rigide que Kraftwerk, Vitalic use cependant d’une structure similaire, créant un horizon défini de sa musique, usant des machines pour exprimer ses sentiments. Faire parler les machines, les humaniser en utilisant ce vecteur, comme certains font crier leurs guitares ou pleurer leurs pianos, Vitalic fait s’exprimer ses machines inanimées.

On ne peut échapper au pouvoir absorbant et corrosif de titres comme My Friend Dario, La Rock 01, No Fun ou Poney Part I & II. L’électricité diffusée au sein de ces chansons est incroyablement communicative et fédératrice. En parallèle d’une évidente volonté d’innover, des structures traditionnelles font leurs apparitions sur l’album comme de l’electro-house à base de couplet-refrain (My Friend Dario) ou de l’electro progressive (Woo) ou tant bien même de moins communes influences comme de la polka (Polkamatic) ou de la fanfare (Valletta Fanfares).

Ok Cowboy évolue dans un registre bâtard qui mélange la rythmique intrinsèque du rock, la volatilité de l’electro et la rugosité et la force de frappe de la house. L’electro-rock quelque peu amenée par les Daft Punk mais popularisée récemment par les succès de The Rapture ou de LCD Soundsystem et les productions DFA, vient encore de franchir un pas. Si Ok Cowboy sonne très rock par son ambiance agressive et percutante, tout a été entièrement créé grâce à ses machines, reproduisant guitares, basses, cuivres. Un monde imprégné de rock et d’electro a donc été totalement absorbé par les machines de Vitalic pour en ressortir une musique fraîche, dansante, progressive et entêtante.

Pour illustrer ces dires, il suffit de regarder le clip du single My Friend Dario, titre motorisé et prenant. Durant la partie electro de la chanson emmenée doucement par une voix féminine, on voit des filles danser en bikini sur une chorégraphie à la con (clin d’oeil probablement aux clips des tubes surpopulaires de Benny Benassi et Eric Prydz) pendant qu’une chanteuse très cliché-rock, toute de cuir vêtue, grosses lunettes, se dandine au micro. Puis arrive un refrain des plus tourbillonnant et agressif, le plan change et l’on voit un groupe de rock s’agitant, sautillant. Mais ce groupe de rock ne possède aucun instrument, et batifole tel un groupe de « air-guitar » ; même les amplis sont en carton. L’esprit rock énervé est là mais pas les instruments qui vont avec. C’est cela qu’a réussi Vitalic et qui tranparaît au travers de ce clip, c’est incorporer des influences et des univers différents pour en forger sa musique. L’univers est là, les sensations sont là, mais pas les supports matériel, tout a été recréé par Vitalic et ses machines, comme un travail de mimétisme de l’humanisme de la musique.

Non loin d’une tendance rock-electro très en vogue, OK Cowboy possède un univers propre, une vision personnelle et intrinsèque, fédératrice et virulente. La French Touch s’est trouvé un nouvel héritier.00



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Tracklisting :
 
1. Polkamatic (1’53")
2. Poney Part I (5’23")
3. My Friend Dario (3’37")
4. Woo (3’52")
5. La Rock 01 (5’26")
6. The Past (4’27")
7. No Fun (3’37")
8. Poney Part II (5’12")
9. Repair Machines (3’45")
10. Newman (4’50")
11. Trahison (4’31")
12. U and I (3’40")
13. Valletta Fanfares (2’25")
 
Durée totale : 52’38"