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Blackout Love

Blackout Love

Hazy Malaze

par Aurélien Noyer le 5 décembre 2006

4

paru le 15 janvier 2005 (Fargo)

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Blackout Love est un bon album rythm’n’blues dans un registre Stax light, c’est-à-dire sans tous les arrangements à base de cuivres. L’instrumentation est réduite à son minimum : un trio chant-guitare (Neal Casal), basse-choeurs (Jeff Hill) et batterie-chœurs (Dan Fadel) au service de chansons bien écrites. Le ton est donné dès Everything, Neal Casal parvient à mettre sa voix au service d’un style qui est pourtant très exigeant vocalement, et malgré la présence de quelques touches rock et boogie pas totalement réussies (Dirty Summer et Rock’n’Roll Gone qui est définitivement la chanson la plus faible de l’album), l’album s’écoute très bien grâce à des petites réussites comme Corrina qui n’est pas sans rappeler Ben Harper, mais avec un chant plus subtil et donc bien meilleur. Cela dit, la force de l’album réside essentiellement dans les quelques chansons funky, simples, presque squelletiques (Everything, Buts It Down et Got My Wings) mais assez évocatrices pour que le groove soit bien là. De plus, la voix de Neal Casal rappelle un peu celle de Prince période Sign ’O’ The Times, ce qui est indéniablement un gage de qualité.

Je pourrais continuer à vous parler de l’album, des chansons qui le composent. Je pourrais les analyser une par une dans le but de faire bon compte-rendu des forces et des faiblesses de ce disque. Je pourrais aussi rajouter une présentation des artistes, en particulier de Neal Casal. Mais au fond, il faut être honnête : tout le monde s’en fout.

Après tout, Blackout Love est le deuxième album d’un projet parallèle de Neal Casal qui, quand il ne se consacre pas à sa carrière solo à tendance folk, fait partie des Cardinals, backing band du prolifique Ryan Adams. C’est donc un side-project d’un side-man d’un artiste déjà peu connu... Pas très glorieux. En plus, puisque j’ai décidé d’être honnête, autant avouer que cet album n’a rien de renversant, de spectaculaire ou de génial. Il n’est absolument pas indispensable, ne figurera jamais dans aucun classement des disques à écouter avant de mourir et on peut très bien vivre sans en avoir jamais entendu une note. Il serait hypocrite de dire que l’on passe à côté de quelque chose si on passe à côté de ça.

Mais alors, il me semble logique qu’en bon lecteur critique et avisé, vous vous demandiez pourquoi j’ai décidé de vous parler d’un album aussi, n’ayons pas peur des mots, insignifiant.
Et bien, je n’en ai aucune idée... De la même façon que je ne trouve aucune raison objective de continuer à écouter cet album. Et pourtant, je l’écoute de manière régulière depuis près d’un an. Alors autant vous en parler, non ?

En y réfléchissant, je me dit que c’est peut-être parce qu’il est aussi insignifiant, sans prétention et qu’il ne demande aucune attention particulière pour l’apprécier que j’aime autant cette album et que je l’écoute aussi souvent. Un album totalement mineur, que l’on peut écouter d’une oreille distraite. Là où les grands classiques demandent une écoute pieuse et respectueuse, Blackout Love est de la musique « qu’on a pas à écouter avec attention » (comme le dit si bien John Cusack dans High Fidelity) mais qu’on ne peut s’empêcher d’aimer. Je pourrais encore le répéter mais je pense que vous avez compris. Car les albums comme ça sont des éléments de la partie la plus obscure et la plus personnelle d’une discothèque. Pour faire simple, je pense qu’une discothèque se décompose en trois ensembles :

  • les grands disques, ceux dont on est fier. On les retrouve régulièrement dans les classements des « 100 meilleurs disques » et autres discothèques idéales. Tout le monde s’accorde à dire que ce sont de grands disques, alors pourquoi s’en priver...
  • les disques de la honte, ceux que l’on a achetés « par erreur ». Ces disques révèlent nos erreurs de jeunesse, les errements de notre goût musical. On les ressort parfois pour rigoler entre potes en se disant « putain, j’ai honte d’avoir écouté ça ».
  • enfin, la catégorie la plus personnelle, les disques purement affectifs. Ces disques très particuliers qui n’ont pas une grande valeur musicale, ils sont assez bons pour qu’on puisse les écouter sans rougir mais trop quelconques pour être cités dans les incessants classements à la High Fidelity que nous autres, rockeux, affectionnons tant. Et pourtant, on ne peut s’empêcher d’y revenir. On les écoute à longueur d’année sans parvenir à s’expliquer pourquoi. On a beau chercher une raison, ils reviennent inexplicablement sur la platine, ils ont ce petit plus qui nous touche personnellement si bien qu’on ne peut les partager avec personne. Tout le monde a ainsi ses disques fétiches, presque des mascottes...

Or Blackout Love fait définitivement partie de cette dernière catégorie, ces albums que l’on ne conseille jamais parce que trop personnels. Alors, sans doute que si vous l’écoutez, vous vous direz « mouais, c’est sympa, mais y a pas de quoi en faire un fromage » et vous l’oublierez à jamais. Mais avec un peu de chance, il vous arrivera la même chose qu’à moi, vous y reviendrez encore et encore, et il deviendra un compagnon, presqu’un ami discret sur lequel vous pourrez compter.

Alors, ne vous fiez pas forcément à la note que j’ai choisie. Elle symbolise peut-être la valeur « objective » du disque (mais après tout, qui se soucie de ces choses-là ?) et ne représente en rien la valeur que ce disque a pour moi. Alors, écoutez Blackout Love. Donnez-lui une chance. Si ça ne vous touche pas, tant pis, laissez tomber. Par contre, dans le cas contraire, vous aurez sans doute gagné un ami...



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Tracklisting :
 
01. Everything (3’20")
02. Looking Out For You (4’32")
03. Dirty Summer (3’21")
04. Corrina (3’25")
05. Buts It Down (4’59")
06. Need Somebody (4’34")
07. Got My Wings (3’11")
08. Soul Gets Lost (4’40")
09. Rock’n’Roll Gone (3’09")
10. Damage Talking (3’04")
11. Thank You In Advance (4’06")
 
Durée totale : 42’21"