Concerts
Conor Oberst & The Mystic Valley Band

Nouveau Casino (Paris)

Conor Oberst & The Mystic Valley Band

Le 13 septembre 2008

par Béatrice le 23 septembre 2008

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Si la santé capillaire est un tant soi peu indicative de l’état global d’une personne, alors Conor Oberst ne s’est jamais mieux porté. Pour une fois, il ne débarque pas sur scène le visage masqué d’un rideau de cheveux sombres, ni les yeux cachés par une vilaine mèche un peu trop envahissante. Non, juste une tignasse brune gentiment ébouriffée, posée au-dessus d’un visage radieux. Par contre, comme toutes les habitudes ne sont pas bonnes à perdre, il est, comme se doit, bien entouré, par cinq musiciens, dont certains sont déjà familiers à qui a déjà vu le bonhomme sautiller nerveusement devant un micro : Nate Walcott, fidèle claviériste-trompettiste-arrangeur effacé, Nik Freitas, guitariste tout aussi discret mais tout aussi habile, Jason Boesel, batteur officiel de Rilo Kiley, et Macey Taylor, bassiste, qui ont tous déjà, un jour ou l’autre, accompagné le sieur Oberst. Ajoutez à cela la bouille du tout jeune Taylor Hollingsworth, nouvelle recrue qui d’après le site du groupe « est né, a joué de la guitare, n’est pas encore mort », et vous voilà en face du Mystic Valley Band, fraîchement débarqué du Mexique (enfin, presque).

Ce n’est pas parce que Conor Oberst, mieux connu comme tête pensante et voix chevrotante de Bright Eyes, a décidé de partir à l’aventure en décapotable, et de ne plus dissimuler son nom sous un alias (si joliment évocateur qu’il fût), qu’il doit faire ses adieux à tous ceux qui l’ont entouré depuis ses débuts, non mais ! Et tant pis si les gens viennent pinailler et se demander ce que ça change, franchement, à part l’emplacement des albums chez les disquaires. Conor Oberst a très certainement de très bonnes raisons pour justifier son escapade, à commencer par son incapacité proclamée à rester en place. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que Mike Mogis, compagnon de longue date préposé au polissage sonore et aux instruments incongrus, qui a probablement eu plus d’influence sur le son de Bright Eyes qu’il ne le laisse penser, n’est pas là. Ni sur l’album, ni sur scène. Les chansons de Bright Eyes non plus ne sont pas là, preuve que le changement de nom n’est pas une simple coquetterie d’artiste pas très stable. Quelles autres différences ? Moins de diversité dans les instruments que les roadies installent sur la scène : pas de cordes, pas de mandoline ni de banjo, pas de guitare hawaïenne, la seule entorse à l’orthodoxie rock étant la trompette qui ne quitte pas Nate Walcott. Proportionnellement moins de filles dans le public, qui par contre n’est pas plus francophone que celui de Bright Eyes (on entend surtout de l’allemand et de l’anglo-américain dans les parages). Pas de filles du tout sur scène, d’ailleurs. Des bouteilles de Corona pour les musiciens, mais ça n’est pas bien étonnant : l’album à l’honneur ce soir a été enregistré dans une vallée mexicaine, donc, la bière mexicaine en accompagnement, ça se tient. Et globalement, l’ambiance est possiblement plus légère et détendue que pendant les concerts de Bright Eyes. Mais ça, ça a plutôt à voir avec les chansons.

Les chansons, bizarrement pour un groupe qui existe depuis à peine un an et n’a enregistré qu’un album d’une petite douzaine de titres, il y en a largement assez pour occuper une bonne heure et demi de concert, sans redites et sans longueurs. Pas d’arnaque non plus de ce côté-là, donc. Et, là où Bright Eyes avait une vague tendance à partir dans tous les sens, celles-ci sont toutes des variations autour d’une thématique bien définie (et qui titillait le Conor depuis pas mal de temps, au point qu’il n’avait de cesse d’y faire des allusions de moins en moins subtiles) qu’on aurait du mal à ignorer, même en le voulant vraiment beaucoup. « There’s nothing that the road cannot heal », proclame M.Oberst en ouverture, juste après le riff-libérateur-qui-sent-les-grands-espaces-comme-seuls-les-troubadours-américains-savent-faire qui lance Moab. Oui, au cas où vous ne seriez pas au courant, M. Oberst a décidé qu’il était un troubadour américain, avec sa maison sur la route et son cœur dans sa guitare ; un ramblin’ man du XXIe siècle en somme, qui alimente sa liberté par le mouvement et bouge pour chasser le temps. Pas rétro pour deux sous, il perpétue la tradition en mettant à son service son écriture voyageuse... et à en juger par son entrain sur scène, ce rôle qu’il s’est enfin décidé à assumer complètement lui convient mieux que bien. Les guitares fusent, éclatantes, la batterie scande son tchou-tchou régulier, et les chansons font défiler les paysages, égrainant les noms de localités américaines, de Sausalito (Californie) à Moab (Utah), en passant par Cap Canaveral (Floride), New York City ou Mexico. D’envolées power-pop en ballades contemplatives, c’est généralement entraînant, parfois poignant, souvent les deux à la fois, et toujours un peu échevelé et insouciant - juste ce qu’il faut pour rappeler que les messieurs n’ont guère d’autre objectif que de n’en faire qu’à leur tête.

L’album moins une chanson y passe, et puis, comme ça ne suffirait pas, une demi-douzaine d’inédits viennent s’ajouter à la bande. Curieusement pour un groupe censé servir d’accompagnement à un chanteur, les musiciens se passent le micro, chacun d’entre eux (batteur compris, claviériste excepté) y allant de sa chanson. Même la trompette a droit à son solo, en début de rappel, et les présentations prendront le temps nécessaire à ce que chacun ait son acclamation sur fond de roulement de tambours. Très dédié à sa vocation de ménestrel débarqué d’outre-atlantique, Conor Oberst offre même à son public européen une leçon de blues : Nous avons ce truc en Amérique, qui s’appelle le blues. Vous avez sûrement ça en Europe aussi ; j’imagine que partout où il y a des êtres humains, il y a du blues...«  ; et d’escalader un ampli, et de se lancer dans une version de Corrina, Corrinaqui s’égare en territoires bleutés jusqu’à se transformer en  »Corrina, Corrina, where did you sleep last night ?«  (on explique le blues ou on ne l’explique pas...). Ils rappellent ensuite qu’ils »ne veulent pas mourir à l’hôpital« , et terminent sur une une chanson fleuve déchirante (dont on se demanderait presque si le sieur Oberst ne serait pas en train de l’écrire au fur et à mesure qu’il la chante), avant de se retirer sur un dernier »merci beaucoup" qui témoigne des progrès linguistique du chanteur en chef. Comme d’habitude avec le bonhomme, ce n’était pas le concert du siècle, et ça n’avait pas la prétention de l’être, mais c’était quand même fichtrement bien, dynamique, enlevé, chaleureux, irrévérencieux, tout ça, tout ça (qu’on peut plus difficilement se permettre quand on veut faire le concert du siècle, d’ailleurs).



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Setlist
 
Moab
Sausalito
Get-Well Cards
Central City
Danny Callahan
Cape Canaveral
I Gotta Reason #1
Gentleman’s Pact
I Gotta Reason #2
Sundown
NYC - Gone, Gone
Souled Out !!!
Milk Thistle
--------------------
Everybody’s Talkin’
Corrina, Corrina
Lenders In The Temple
I Don’t Want To Die (In The Hospital)
Breezy