Sur nos étagères
Diamond Hoo Ha

Diamond Hoo Ha

Supergrass

par Yuri-G le 22 avril 2008

2

paru le 24 mars 2008 (Parlophone/EMI)

Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article Envoyer l'article par mail

Voici un disque à décibels. Un de ceux qui se veulent énergiques et bruts, mais ne se donnent jamais les moyens de l’être. Type de disques franchement irritant. Supergrass a pourtant un passé flatteur. Des albums justement équilibrés entre punk mordant et mélodies consistantes, tout en élargissant au fil du temps leurs palettes d’influence. Jusqu’au dernier Road To Rouen en 2005, plus tempéré et progressif ; certes gentiment inégal, il n’en était pas moins envoûtant, différent. Pour un pas en avant (tout est relatif), Diamond Hoo Ha applique lui, un retour en arrière. On est jeunes pour toujours, on joue fort, clame, en substance, ce sixième opus. Et nous, on aurait adoré. Supergrass, se remettant au coeur du débat, en remontre à la nouvelle scène incapable de produire un tube fédérateur, déballe son savoir-faire, matraque sa power-pop enthousiaste et résolument travaillée. Sauvant nos vies de tous ces sons perfides et de ces groupes qui croient toucher l’absolu en un single à peine écrit ! Ça n’aurait peut-être pas marché, il faut être lucide. Ils n’auraient rien conquis mais auraient essayé, fait de leur mieux, et nous de nous délecter du résultat.

Pas du tout. Ils se fondent sans aucune combativité dans la masse uniforme. En 2008, Supergrass est anonyme, Supergrass pourrait se glisser n’importe où. Leur nouvel album sonne comme un produit conforme. Les canons de l’époque sont respectés : chansons transparentes, contours artificiels (la pochette en ce sens est adéquate, poseuse, « chic », insupportable), nappage dansant. Les compos, déjà. On cherche vainement quelque chose de fort et d’authentique. Le groupe privilégie des riffs supposés accrocheurs et mastocs ; ils ne sont que rebattus et impersonnels. On apprécie mollement Diamond Hoo Ha Man et Bad Blood, les deux premiers singles ouvrant l’album - guitares gonflées, Supergrass a décidé d’injecter un peu de la musculature des Queens Of The Stone Age. Pourquoi pas, mais pour l’efficacité il y a mieux, Little Sister. Enfin, le reste se révélera tellement commun qu’on se retrouvera à les apprécier, de manière un peu détachée il faut avouer, faute de mieux. Après eux, il n’y a plus rien si ce n’est la traque du tube passe-partout. Pas d’énergie, de rythmiques enlevées, de plaquages de guitares ébouriffants, de mélodies précises. Mais leurs pastiches. Leur représentation.

Voyons... Avec Rebel In You, on constate : Franz Ferdinand fait mieux que vous, clairement. Whiskey & Green Tea prête à sourire avec ses lancers de saxo 80s. Rough Knuckles laisse échapper des relents kitsch à la Gary Numan (charmant au demeurant) et des gimmicks tête à claques. On s’arrête, on s’ennuie. Y a-t-il une chanson qui témoigne d’une idée de composition, ou juste d’une consistance appréciable ? La production aggrave la situation. Clinquante, pétillante, elle mise généreusement sur une patine new wave. Les effets sont appuyés. Les guitares, polies à l’extrême, travestissent la fureur supposée en vrombissement inepte : ce calibrage est agressif à l’oreille. Au lieu d’exhaler la vigueur, rien n’émerge de ce plan lisse, anesthésié. C’est vilain.

Le constat est clair. Diamond Hoo Ha n’a pas d’âme, ni de direction. Il se contente d’empiler des titres censés marcher, pour tous les jeunes et les insolents. Pas le genre de disque à couler sans rémission la carrière d’un groupe, mais qui témoigne d’une panne d’inspiration conséquente. On sera prêt à l’oublier sans difficultés. Supergrass n’a qu’à reprendre la route, sans se sentir obligé de pointer vers les charts actuels.



Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom



Tracklisting :
 
1. Diamond Hoo Ha Man (3’26")
2. Bad Blood (3’03")
3. Rebel In You (4’41")
4. When I Needed You (2’31")
5. 345 (3’39")
6. The Return Of... (3’36")
7. Rough Knuckles (3’25")
8. Ghost Of A Friend (3’54")
9. Whiskey & Green Tea (4’16")
10. Outside (3’32")
11. Butterfly (5’11")
 
Durée totale : 41’12"