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Doo wop, freakbeat, garage... drôles de genres

Doo wop, freakbeat, garage... drôles de genres

par Emmanuel Chirache le 3 octobre 2011

Comment reconnaître un sous-genre du rock ?

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Un musicien apprécie rarement qu’un journaliste lui demande quel genre de musique il ambitionne de faire. Pour lui, les courants du rock sont juste des cases étriquées, des étiquettes pratiques pour critiques sans imagination. L’artiste crée ex nihilo - hum - et ne soucie guère de ces classements encyclopédistes sans âme. On dira même qu’il « s’émancipe des frontières », qu’il « repousse les limites » et « fusionne les genres ». Ainsi, à cette insidieuse question que faites-vous ?, bon nombre de musiciens ont recours à une réponse limpide en forme de dérobade : « du rock ». Parbleu, encore heureux !

Le critique comprend ces réticences et ne s’en offusque pas. Lui-même peut s’agacer du nombre croissant des genres en autant de bâtards qu’il existe de possibilités, comme on croise des races de chien. Entre new bidule, post machin et proto truc, c’est tout juste si chaque nouveau groupe ne charrie pas dans son sillon un genre inédit (cf. cet article sur « dix genres dont vous n’avez jamais entendu parler »). Le mélomane aussi préfère s’imaginer cœur pur, dévoué à la musique, rien que la musique, au-delà des clivages et des chapelles. Tout cela est fort bien. Mais les genres n’en restent pas moins des outils essentiels pour comprendre l’histoire du rock. Surtout, il formalise les goûts de chacun en fractions identifiables, ce qui permet de projeter une certaine personnalité sur la musique qu’on écoute en la déclinant par exemple en tribus (punk, rockab’, goths, etc.) et sert en même temps de référent dans cette activité essentielle du mélomane : la recherche de musique.

Car avouez-le : si vous n’aviez pas ces mots-clés pour chercher un morceau ou un groupe, la quête se révélerait vite beaucoup plus compliquée. Vous avez adoré une chanson et vous savez que c’est du rock psychédélique ? voilà un indice qui va grandement vous aider au moment de taper une recherche sur google/youtube, ou auprès de votre disquaire. C’est pourquoi il est important de pouvoir reconnaître un genre, un savoir-faire qui n’a rien d’inné. Ce n’est d’ailleurs pas non plus une science exacte, à tel point qu’un groupe peut faire l’objet de querelles et se trouver dans plusieurs catégories en fonction de la personne, journaliste, disquaire, bloggeur, qui le classe. Bref, si vous êtes novice, nous vous proposons ici quelques repères à ne pas négliger.

Comment reconnaître un morceau de :

Rock’n’Roll
 
Danse : Irrésistible. En couple. Ondulation du pelvis encouragée.
Production : son clair.
Humeur : Bonne, amoureuse, romantique, adolescente.
Suggestion de nom d’artiste : Un truc qui finit en « y », comme Billy Hunky (marche avec Bobby, Buddy, Berry, Jerry, Johnny, Nancy, Suzy, Jackie...)
Le détail qui tue : vous pouvez imiter Elvis dessus.
 
 
Rockabilly
 
Danse : hoquets.
Production : dans les chiottes.
Humeur : bonne, méchante, sauvage, sexy, cowboy.
Suggestion de nom d’artiste : Johnny and the Wild Possums (marche avec presque n’importe quel animal, tant qu’il est wild).
Le détail qui tue : la contrebasse. Attention, le rockabilly n’est pas le rock à Billy. Tout le monde peut en faire.
 
 
Doo Wop
 
Danse : simultanée.
Production : pourrie mais efficace. Voix mises en avant.
Humeur : guillerette, légère, romantique, rieuse, exploratrice, exotique.
Suggestion de nom d’artiste : s’inspirer d’une série d’Enid Blyton. Exemple : The Famous Five.
Le détail qui tue : ils sont plusieurs à chanter. Présence possible d’onomatopées dans les paroles (« Boom Boom Chicky Wah Wah » fait un bon titre de chanson). Vous aurez noté que le nom même du genre est une onomatopée.
 
 
Girl Groups
 
Danse : chorégraphiée.
Production : mauvaise en dépit d’efforts, sauf exception spectorienne. Orchestrale.
Humeur : cul-cul, chagrin d’amour, romantique, fêtarde.
Suggestion de noms d’artistes : quelque chose en « ettes ». The Rainettes, The Marie-Antoinettes, The Pierrettes (with the pot of milk).
Le détail qui tue : si des garçons chantent, catégorie à rayer tout de suite.
 
 
Surf Rock
 
Danse : rock’n’roll et twist.
Production : honorable et agressive. Nombreux effets sur la guitare, des chœurs, des cuivres.
Humeur : californienne, sportive, rapide, y a un rouleau ! western, hawaïenne.
Suggestion de nom d’artiste : The Pharaos. L’exotisme est bienvenu.
Le détail qui tue : les morceaux ressemblent parfois à un long solo de guitare. Finissent immanquablement sur une B.O. de Tarantino.
 
 
British Rhythm’n’Blues
 
Danse : hystérique.
Production : sèche et nerveuse. Harmonica, orgue Hammond ou Vox Continental chaudement conseillés.
Humeur : noire, sexuelle, testostéronée, arrogante, en quête de satisfaction.
Suggestion de nom d’artiste : récupérer la chanson d’un vieux bluesman noir américain ou s’abstenir. The Bright Lights, The Crawling Snakes, The Slim’s Things...
Le détail qui tue : a envahi l’Amérique. Les gens qui n’y connaissent rien appellent ça « du rock ».
 
 
Merseybeat
 
Danse : slow.
Production : emphatique, à l’ancienne.
Humeur : de lover, romantique, tristoune mais aussi enjouée.
Suggestion de nom d’artiste : mélanger rock’n’roll et surf rock. Ce qui peut donner : Derry & The Flamingos.
Le détail qui tue : si ça ressemble aux débuts des Beatles mais que ce ne sont pas les Beatles, alors c’est du Merseybeat. Nota bene : la Mersey est la rivière qui traverse Liverpool.
 
 
Garage rock
 
Danse : anarchique.
Production : dégueulasse, cradingue, amatrice. Bruit, fuzz, distorsion, rythmique tribale.
Humeur : gueularde, speed, stressée, énervée, pataphysique et presque punk.
Suggestion de nom d’artiste : forcément farfelu. The Fifteenth Street Traffic Lights Band conviendrait bien.
Le détail qui tue : est aussi appelé « protopunk » par certains critiques audacieux alors qu’en réalité il s’agit plutôt de post-Rhythm’n’Blues.
 
 
Freakbeat
 
cf. Garage rock.
Le détail qui tue : est la version anglaise du garage rock. Fait partie des nombreux genres dont la dénomination a été inventée a posteriori par un journaliste inspiré.
 
 
Nederbeat
 
Danse : sautillante.
Production : excellente pour les Shocking Blue. Garage pour le reste. Inspirée des Beatles et des Stones.
Humeur : batave, I’m your Venus, I’m your fire at your desire, joyeuse, dansante, garage.
Suggestion de nom d’artiste : utiliser un numéro en rapport avec l’année de formation. Exemple, Flupke2011.
Le détail qui tue : comme son nom l’indique, le Nederbeat est le freakbeat hollandais, qui connaît une belle floraison de groupes entre 1966 et le début des seventies, des Q65 à Shocking Blue en passant par Kek ’66.
 
 
Popcorn Oldies
 
Arrêtons pour finir cette ingénieuse nomenclature pour nous attarder sur le Popcorn. « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? » me demanderez-vous. Le Popcorn est né au début des années 70 dans une poignée de nightclubs flamands qui décidèrent de résister à l’envahisseur disco en ne diffusant que des perles rares des sixties : garage obscur, nothern soul mid et up-tempo, freakbeat sauvage, doo wop fifties, jungle R&B (une branche réservée aux sonorités de la jungle, aux singes, à Tarzan...) L’une de ces discothèques s’appelait The Popcorn et se trouvait à Vrasene dans le Waasland. Comme quoi nos amis belges ont du goût. Certains bars à Paris ou ailleurs continuent de faire vivre cette bonne vieille tradition. Si vous avez des adresses à recommander dans les commentaires, n’hésitez pas.
 


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