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Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

Don’t eat the yellow snow, or you’ll make bad music !

par Thibault le 22 août 2012

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Nos quelques fidèles lecteurs, les huit, subodorent probablement l’entourloupe en voyant Inside Rock faire un article sur Eskemo, et ils ont bien raison, car c’est pas banal de voir ce groupe dans nos colonnes. Quelques explications s’imposent. A Inside Rock, en tant que webzine ayant pignon sur rue, euh du fait de nos sept cents fans sur Facebook et de nos quelques contacts avec le monde professionnel de la musique, nous avons régulièrement des demandes d’articles sur tel ou tel sujet. Et pas plus tard qu’avant-hier, ce sont deux jeunes filles, Amély et Bérangère, qui nous ont envoyé de très gentils mots dans l’espoir de lire un article sur le nouveau clip d’Eskemo que voici.

Oui, ça surprend. On se demande pourquoi nous, peut être que Musique Actu est en vacances. Deuxième surprise, voilà que cette demande se transforme en cas de conscience pour bibi, dont les méninges subissent quelques loopings à la vision du clip de Dans Ses Rêves. Cette babiole de rock emo, pas vraiment recommandable, fait l’effet d’un dur retour de réalité dans la tronche.

Hé oui ! Alors qu’on est moelleusement avachi dans une vie de flemme confortable et de confit de canard, d’airs de Ravel et de hurlements de Mike Patton, voici qu’entre deux épisodes d’Oz se faufile la réalité du monde extérieur, comme ça, doucement, qui chante et pis crac, un bourre pif ! Et voilà que de fils en aiguilles, on s’égare, on navigue dans de troubles eaux… et ces trente minutes sur YouTube dans la sphère Eskemo (la banquise ? huhu) prennent des allures de boite de Pandore. Assailli par des trucs franchement navrants, on se demande, « sérieusement, comment parle-t-on de CA ? » C’est MTV qui revient faire coucou et ça fait bizarre après toutes ces années loin d’elle.

En fin de compte, c’est une facilité d’ignorer ce qui constitue quand même une part de la production musicale pas du tout négligeable si j’en crois le nombre de fans et de lectures sur YouTube. Il y a des gens qui écoutent et qui aiment ça, penchons nous donc sur la question, mais comment ? Mon crâne se transforme en meeting au sommet entre le moi-diplomate et le moi-condottiere, dans ce qui pourrait être un dialogue de Kaamelott où Arthur demande à Léodagan si « on avoine ou pas ? », ce dernier répondant forcément « on crame tout et on recommence », dans le doute c’est plus sain. 2012 oblige, celui qui l’emporte est le conciliateur.

Parce que a) se draper dans son bon goût autoproclamé en méprisant ou en ignorant toute production typée ado-emo est d’une condescendance pas vraiment finaude. On va éviter de se s’enfermer dans son coin en se disant « que ça ne sert à rien de parler d’eux puisque tout le monde sait que c’est pas bien », le tout le monde signifiant ici dans mon petit monde à moi. Evitons le snobisme de celui qui ne veut pas se mélanger ou perdre son précieux temps avec la vile plèbe musicale. De plus, peut être que les musiciens d’Eskemo ainsi qu’Amély et Bérangère sont des esprits ouverts à la critique et à la discussion.

D’où b) ça ne sert pas à grand-chose de tirer sur l’ambulance comme un crétin à grands coups de punchlines qui se veulent bien ourlées. J’ai récemment lu un entrefilet de Rock & Folk où un demeuré se donnait une petite contenance en écrivant que le dernier Linkin Park est un symptôme de la débilité indéfectible de la génération actuelle. Fanfaronner de la sorte sur deux feuillets en attendant une reformation des Libertines, bien joué les gars. Attention, ne soyons pas hypocrites pour autant. Ce n’est pas de la bonne musique Eskemo, et rigoler comme des baleines sur de mauvais groupes peut être une activité très sympathique, mais dans ces cas là, autant s’occuper de vraies punaises comme Bénabar, Saez ou Lou Reed.

Conclusion c) on va tenter une critique constructive, honnête, sans hypocrisie de mauvais aloi ni condescendance mais sans oublier de rigoler parce qu’il faut bien. Et puis nous vivons dans un pays libre, où les hipsters courent toujours, chacun a donc droit à un procès équitable. Sans compter que Manu a dit du bien des Plasticines sur ce site, et uniquement parce qu’il trouve la chanteuse mignonne, alors hein. Mais bon, ça va pas être simple cette affaire, car comme le dit justement Ellinoa :

En fait c’est chanson pop 101 ce truc. La chanson la moins originale du monde que je pensais pas que quelqu’un aurait eu les bollocks de l’écrire pour de vrai. 4 accords 101, rythmique et son de guitare 101, batterie 101, chant 101 (han, mais que vois-je, une tierce), structure 101, prod 101.

Bé oui, cette chanson et ce clip sont vraiment, mais alors vraiment pas terribles du tout. D’avance, venez pas m’emmerder avec le « non tu dois dire je trouve sinon tu manques de respect, espèce de salaud tueur de chats » ! D’ailleurs, tenez vous à carreaux dans les commentaires, on est pas chez Tata Fifine ici. Si vous aimez ce groupe et que vous savez pourquoi vous l’aimez, vous n’avez aucune raison de vous sentir heurtées par un avis contraire qui ne vous empêchera pas de dormir.

Attaquons. Dans Ses Rêves est une chanson qui aborde de manière un-peu-déguisée-mais-pas-trop le thème de l’anorexie, ce qui nous fait une belle jambe car le chanteur chante ça de manière plutôt impersonnelle et les musiciens se contentent de réciter leur première leçon de composition, et encore, uniquement le tout premier quart d’heure. Le texte, le voici :

Elle reste des heures dans le noir,
se nourrit de la peur,
qu’on la détruise en un regard.
un gramme de moins et une victoire,
elle ignore que le pire juge
est dans son miroir.
 
affaiblie, cernée, elle danse, elle danse
son coeur s’emballe en silence,
elle part.
 
elle vit dans ses rêves,
ce monde l’ennuie,
renie son corps autant que son esprit.
elle vit dans ses rêves,
pour mieux se fuir,
elle oublie la fin, elle oublie le pire,
quand elle vit dans ses rêves.
 
elle perd ses couleurs quand elle s’égare
creuse chacune de ses formes,
sculpter son corps est un art.
elle vomit sa rage, son désespoir,
déchire les belle images,
qui font histoire.
 
assombrie, vidée, elle danse, elle danse,
pour s’évanouir en silence,
trop tard.
 
elle vit dans ses rêves,
ce monde l’ennuie,
renie son corps autant que son esprit.
elle vit dans ses rêves,
pour mieux se fuir,
elle oublie la fin, elle oublie le pire,
quand elle vit dans ses rêves.
 
la belle s’en est allée ?
là-bas peut elle encore rêver ?
a-t-elle appris à s’aimer ?
la belle s’en est allée ?
mais pourquoi n’ai-je pas su l’aider ?? l’aider !!
 
elle vit dans ses rêves,
ce monde l’ennuie,
renie son corps autant que son esprit.
elle vit dans ses rêves,
pour mieux se fuir,
elle oublie la fin, elle oublie le pire,
quand elle vit dans ses rêves.

Sans être honteux comme du Saez en forme olympique, force est de constater que c’est pas folichon folichon… Néanmoins, on peut faire une chanson efficace et même touchante à partir d’un texte très simple, un peu simplet même, un peu lourd en clichés aussi, un peu réchauffé, un peu pas terrible... En soi, l’histoire d’une fille éthérée, mal dans sa peau, anorexique et perdue dans ses rêves, il faut que ça soit vraiment très bien raconté pour ne pas donner une impression de déjà vu et de facilité. Peut être que c’est un sujet qui tient à cœur au groupe, mais on a peut être intérêt à chanter sur des choses plus faciles à chanter quand on n’a pas une plume aguerrie. Mais bon, n’importe quel couillon peut avoir l’air classe en mettant un joli costume, alors étoffons ! En fait, les membres d’Eskemo ont loupé le coche. Le texte appelait un autre accompagnement - mais bon d’une certaine manière, aucun texte ne réclame cet accompagnement javel qui aseptiserait n’importe quoi.

Ce qu’il fallait faire ici, et pas besoin de sortir de Polytechnique ni du Conservatoire pour y penser, c’est probablement une mélodie accompagnée avec de nombreux arrangements de cordes. Regardez un peu ce premier couplet… quelque chose dans le noir qui craint son reflet… vous les entendez ?... les altos et les violoncelles secs et profonds, qui bruissent et s’entortillent dans la pénombre des sentiments noués avant le lever du voile ? On pourrait ménager une entrée en matière, espacer les mots, étirer les mesures… Installer le mystère et éviter d’engouffrer le pathos dans le bec de l’auditeur. Soyons fous, poussons la coquetterie avec un petit cling de triangle-verre brisé en guise de figuralisme sur le mot miroir.

Passée cette mise en bouche, les couplets et refrains appellent des pleins et des déliés, on reste donc dans les bonnes vieilles cordes romantiques, celles qui évoquent les choses brisées, la passion et le combat. Il serait d’ailleurs judicieux de prendre le contrepied de ces sombres méandres en chantant le texte d’une voix profonde mais distancée, pour donner au chanteur une position d’observateur avec plus de stature et d’épaules. Bon, vous avez placé quelques judicieuses pauses dans votre chanson, mis des arpèges sur le refrain, c’est un début, mais c’est un peu timide. Pensez qu’on doit SENTIR le texte, bordel ! Faut retrousser les manches, y aller à fond, y croire, ne pas rester le cul vissé sur son tabouret avec sa voix trainante.

D’accord, on ne peut pas tous avoir la voix de Sinatra, mais ce n’est pas une raison pour fredonner une mélodie aussi plate qui dessert à mal le personnage de la chanson. Cette fille n’existe pas dans l’oreille de l’auditeur, elle n’est jamais incarnée par la musique. Le texte est chanté comme une notice de médicament, ça ne peut pas susciter d’émotions ni d’intérêt, à moins d’être vraiment très bon public ou un peu chochotte.

Où sont ses rêves ? Ses pulsions ? Ses tourments ? On ne les entend pas et il faut les entendre ! La chanson parle de confusion, on pourrait donc s’orienter vers des accords un peu plus fournis, plus troublants, moins élémentaires. Les quatre accords utilisés ici, ce sont des accords pour dire que le soleil brille, pas qu’une fille est au bord du gouffre… Il faut s’y coller un peu ! Faut les faire rêver vos groupies, les faire tomber à la renverse, leur montrer que vous savez composer et que vous êtes vivants ! Vous voulez être Led Zep ou quoi ? Là, vous êtes tellement mous et impersonnels qu’on pourrait vous confondre avec Kyo (ce n’est pas un compliment, je précise car c’est en un dans les commentaires YouTube...) (décidément, les commentaires YouTube !)

Bien sûr, on ne juge pas la qualité de la musique à la quantité d’accords chelous qu’elle contient, on la considère selon l’homogénéité du tout et le bon ouvrage de son artisanat. Ici, on aurait aimer un brin d’harmonie, des couleurs prononcées, une narration plus soutenue, un peu d’allant mince ! Okay, la grave chanson à cordes sur un tel sujet, c’est un peu charger la mule comme un film d’Iñárritu, mais si vous avez d’autres idées allez-y, ne vous contentez pas de si peu !

Et ce clip… C’était enfin l’occasion de nous la montrer, cette fille ! A quoi bon se filmer avec des filtres bleus-noirs et de la fumée si c’est pour tirer la tronche pendant quatre minutes ? On comprend que les garçons aient envie de montrer leurs frimousses au public, mais là ça nous démange de leur faire la bite au cirage pour les dérider un peu ! Regardez le batteur, qui s’emmerde comme un rat crevé en dodelinant de la tête, assis sur un ampli comme un désœuvré ! Vous pensez à lui ? A son ennui qui saute aux yeux ? Se filmer en train de jouer, passe encore, mais à aucun moment la caméra ne vient souligner un geste particulier ou épouser la musique ! Bon après faut dire que les quatre accords ne facilitent pas la tache… Je ne sais pas si le groupe a un directeur artistique mais si c’est le cas, il est payé à rien foutre.

Voilà. Du calme dans les commentaires, hein. Et je précise que c’est pas parce qu’on l’a fait une fois qu’on va écrire sur tous les clips d’emo-rock que nous envoient de jeunes groupies/lectrices, hein.

Bonus : tous les jeux de mots débiles des rédacteurs d’Inside et d’autres loustics sur Eskemo. Faut dire qu’un tel nom de groupe est un appeau à amateurs de calembours.

Eskemo, eske c’est naze ?
Eskemo, le groupe qui jette un froid.
Un groupe Eskemotable
Où eskemo micro ? (honteux mais c’est mon préféré)
Ecce homo, eskemo


Vos commentaires

  • Le 22 août 2012 à 21:24, par Julie En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Merci pour l’article.
  • Le 22 août 2012 à 21:26, par Tiphaine En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Merci pour cet article !!
  • Le 22 août 2012 à 21:27, par Bérengère Lacoste En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Merci beaucoup pour votre article Sur Eskemo.

    J’aime ce groupe et leur dernier clip ’ dans ses reves ’ est vraiment magnifique *-* !!
    Hate de les revoir en live dans un mois le 22 septembre au divan du monde à Paris :) !!!

  • Le 22 août 2012 à 21:59, par Noémie En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    C’est sympa comme article...
    Je suis fan de ce groupe et très ouverte aux critiques, mais là vous allez un peu loin quand même. Chacun ses goûts et si vous aimez pas vous pouvez le dire sans pour autant les insulter !
    Franchement on dirait des gamins qui lancent des critiques à tout va dans la cour de l’école...

    Vous êtes tout simplement pitoyables !

    Merci pour cet article,
    en espérant que votre esprit évolue un tout petit peu.

    Noémie.

  • Le 22 août 2012 à 22:04, par Thibault En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    « C’est sympa comme article [...] Vous êtes tout simplement pitoyable [...] merci pour cet article »

    Il dit qu’il comprend pas.

    Sinon je n’insulte personne dans cet article.

  • Le 22 août 2012 à 22:12, par Petaire En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Oh les bécasses.
  • Le 22 août 2012 à 23:13, par Albane En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Super article, il y a de belles tournures de phrases !

    Je suis fan et ouverte à toute critique, certes tu ne les insultes pas, mais je trouve quand même qu’à quelques endroits tu leur manques limite de respect !

    Et puis, tu es campé sur tes préjugés, ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes, que c’est forcément un groupe « émo » à groupies.

    Oui, ils en ont, je ne le cache pas, mais ce n’est pas parce que deux fans te demandent de faire un article que ce sont forcément des groupies ! Heureusement pour eux, ils ont aussi des fans qui les soutiennent et qui veulent qu’ils avancent.

    Quand au nom du groupe, as-tu cherché à savoir ce qu’il signifiait ? Peut-être faut-il s’informer avant de critiquer ;)

    Sur ce, bonne soirée

  • Le 22 août 2012 à 23:18, par Bathilde L. En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Merci pour cet article. Même si celui ci n’est pas positif, vous parlez d’eux & peut-être que certain iront écouter leur musique s’attendant à ce que ce soit « mauvais » & seront agréablement surpris & se retrouveront à apprécier leur musique comme tous leurs fans déjà présents. De toute manière, aucun artiste, aucune musique ne pourra jamais plaire au monde entier, il existera toujours des critiques. Et je pense que c’est ça qui fera avancer le groupe. Même si vous n’appréciez pas, nous, nous croyions en eux. De plus même s’ils ont des groupies (comme tout artiste), ils n’ont pas que cela, ils ont aussi des fans prêts à beaucoup de chose pour les emmener très loin.
  • Le 23 août 2012 à 01:13, par Emploi fictif RPR En réponse à : Eskemo : le clip de Dans Ses Rêves

    Tiens, un troll en béton armé.

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